Femmes dans les organes de gouvernance et de direction: l'Europe peut mieux faire
Les femmes sont encore sous représentées au sein des organes de gouvernance et structures de direction en Europe et dans le reste du monde. Tel est le constat dressé par l'agence de recherche et services ESG Vigeo Eiris, qui a passé en revu les conseils et comités exécutifs de 3.800 entreprises cotées dans le monde entre 2014 et 2017, au sein de 60 pays et 41 secteurs. Selon cette étude publiée à l'occasion de la journée de la femme, à l'échelle mondiale, les entreprises et leur gouvernance restent donc encore majoritairement une affaire d'hommes. L'enquête souligne ainsi que moins d'une fonction de direction sur cinq est occupée par une femme. Elles ne représentent ainsi que 18% des membres de conseils d'administration et ou de surveillance, et 16% des postes de direction exécutive.
Certes, l'Europe fait un peu mieux, avec 24% "d'Eves" au sein des CA et conseils de surveillance, mais cette proportion reste encore très loin de la parité, défendue par la Commission européenne. En 2012, une proposition de directive visant à instaurer un quota de 40% de femmes dans les CA avait tout d'abord été rejetée, mais une nouvelle proposition allant dans ce sens a été introduite l'an passé. En Europe, la France peut se vanter d'être le pays où la féminisation des conseils d'administration est la plus élevée, grâce à la loi Copé-Zimmermann de janvier 2011, qui a contraint les grandes sociétés de l'Hexagone à se doter au 1er janvier 2017 d'un conseil comprenant au moins 40% de femmes. Une loi efficace puisque fin février de cette année, les conseils d'administration et de surveillance des entreprises du CAC 40 comprenaient 42,3% de femmes et ceux du SBF 120 42,6%, selon les chiffres d'Ethics & Boards, cités par Les Echos.
De l'autre côté de l'Atlantique, les Etats-Unis ne font, eux, pas figure d'exemple en matière de parité, puisque le taux moyen de femmes administratrices dans les entreprises nord-américaines est de 19% seulement. Pire encore au sein des entreprises asiatiques, où les femmes ne représentent que 10% des membres des conseils.
S'agissant de la représentativité des femmes au sein des équipes dirigeantes en revanche, les Etats-Unis sont en tête du classement, avec 17% de femmes dirigeantes en moyenne dans cette zone, contre 16% en Europe. De ce point de vue, la France, qui n'a pas légiféré sur le sujet, est encore très en retard. Au sein des comités exécutifs, elles ne représentent ainsi que 14,7% pour les entreprises du CAC 40 et 15,3% au sein du SBF 120. Pire, un quart des sociétés du SBF 120 ne possèdent pas une seule femme au sein de leur Comex, toujours selon Ethics & Boards. La France fait donc moins bien que le Chili ou l'Afrique du Sud, où la part des femmes aux fonctions de direction atteint respectivement 29% et 28%
En termes de représentation des femmes par secteurs, au niveau mondial, celui des biens de luxe et cosmétiques compte le plus de femmes au sein des conseils d'administration et de surveillance (28%), suivi de l'édition (27%) et de l'audiovisuel (26%). Les secteurs de l'automobile, des équipements de santé et de l'édition sont pas ailleurs ceux qui comptent les taux les plus élevés de femmes dans les fonctions de direction. En France, les Comex les plus féminisés au sein du CAC 40 sont assez variés en termes de secteur, avec Publicis (37,5%), Danone, L'Oréal et Orange (33,3%) en tête de classement. L'industrie figure en revanche parmi les mauvais élèves, Airbus, Arcelor Mittal, Solvay, STMicroelectronics, et Vinci ne possédant aucune femme au sein de leur organe de direction. Vivendi et Bouygues, dans les télécommunications, n'ont également aucune femme au Comex.
Le gouvernement français, qui présente aujourd'hui un grand plan de bataille pour lutter contre l'inégalité salariale entre les hommes et les femmes, devra donc sans doute également s'attaquer dans un second temps, à la sous représentation des femmes dans les organes de direction. Car la parité dans ces organes permettra également d'améliorer le gap salarial de 9% actuellement constaté entre les deux sexes.
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