Presse US: rentrer dans la tête de Bolloré chez Vivendi, un sacré défi
Le défi de Vincent Bolloré est à l'image de celui de plusieurs autres grandes sociétés américaines à l'heure actuelle: que faire de tout ce cash? C'est ce que tente d'anticiper le Wall Street Journal dans un article de ce lundi. La partie sur la redistribution aux actionnaires ayant déjà été annoncée, la volonté du journal est d'essayer de comprendre le grand magnat français des médias, afin d'anticiper ses prochaines manoeuvres.
Vincent Bolloré est d'emblée défini comme un des hommes d'affaires avec le plus de "jugeotte" mais aussi imprévisible en France, qui sera le maître de jeu dans l'avenir de Vivendi, un grand conglomérat qui a été réduit depuis peu à deux activités médias: Canal Plus et Universal. Son emprise s'est encore raffermie depuis qu'il est monté à 8,2% du capital du groupe la semaine dernière, contre 5,2% auparavant. Or, en se séparant de plus de la moitié de ses revenus, à travers la vente d'Activision Blizzard, Maroc Telecom et SFR, le groupe s'apprête à disposer d'environ 10 milliards d'euros de cash, après retour aux actionnaires.
L'homme est secret: "il y a probablement une seule personne qui sait ce qu'il va faire, et c'est lui", analyse un de ses proches. "Je ne peux pas lire en lui, mais je suis convaincu qu'il a une idée très précise de ce qu'il veut faire". Publiquement, il n'a que très peu dévoilé ses plans, expliquant simplement en juin dernier, lorsqu'il a pris la présidence du conseil de surveillance de Vivendi, qu'il comptait faire coopérer ses filiales afin de créer un "grand groupe industriel de contenus intégré".
Il entend par exemple faire bénéficier Canal Plus de sa grande expérience en Afrique, et cela s'est déjà matérialisé avec la création d'une chaîne panafricaine à l'été dernier. Mais si le continent représente sans aucun doute une source d'opportunités pour la chaîne cryptée qui a des difficultés en France, cela suffira-t-il à générer une source importante de revenus à terme?, questionne le journal américain.
L'homme d'affaires breton a déjà déclaré qu'il voulait créer un Bertelsmann à la française mais n'est pas allé plus loin, et ce manque de clarté gêne certains analystes. "Il semblerait que Vivendi est maintenant généré d'une façon moins transparente, avec un investisseur qui prend des décisions sur la base d'informations que nous n'avons pas", juge Claudio Aspesi, chercheur media senior chez Bernstein Research. "Le track record de Mr Bolloré dnas les médias est excellent. Mais à l'heure actuelle, personne ne sait s'il aura du succès et d'ici combien de temps".
Le précédent Havas joue pourtant en sa faveur. "Veni, vidi, vici, c'est Bolloré", dit de lui Fernando Rodes, CEO d'Havas entre 2006 et 2011. Comme pour Vivendi, après avoir pris une petite part au capital en 2004, il en est devenu chairman et a restructuré l'activité. Il a signé des acquisitions, a réduit les coûts pour rembourser la dette, a fixé des objectifs précis, contrôlé tous les comités financiers et séduit les sociétés pour gagner de nouveaux clients, se rappelle-t-il. Résultat: Havas est revenu à la croissance, et le cours a doublé depuis 2004.
Aujourd'hui, Bolloré passe son temps sur Vivendi, où il s'implique dans toutes les parties de l'activité. Il tient des réunions mensuelles chez Canal Plus et a donné des "indications très fermes" au CEO d'Universal, Lucian Grainge, selon ses propres termes. Décrit comme charmant et malin, discipliné et dans le contrôle, il a un talent pour capter la psychologie des gens, s'entourer de fidèles soldats qui ne remettent pas en question sa stratégie et ne compte que quelques confidents. "Un guerrrier romain", selon Fernando Rodes.
"Mr Bolloré est connu pour prendre tout le monde par surprise, donc il ne sert à rien de tenter de deviner son prochain mouvement. Mais plus il est actionnaire mieux c'est, car il sera plus à même de créer de la valeur", analyse Charles Bonduelle, analyste chez BNP Paribas. Au final, ce sont peut-être les français qui en parlent le mieux.
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