Olivier Millet : marathonien du capital-investissement
Olivier Millet serait-il tombé tout petit dans le private equity comme Obélix dans la potion magique ? Celui qui se voit comme « l’enfant du capital-investissement » a en tout cas très rapidement goûté aux plaisirs de l’entrepreneuriat en créant à 22 ans Capital Finance, magazine dédié au monde du private equity alors naissant, aventure qui le tient en haleine durant 4 ans, avant de passer le flambeau en 1990 aux Echos. Il intègre ensuite 3I, « l’IBM du capital-investissement », dédié aux stratégies de long terme, où il fera ses gammes. Il en garde un excellent souvenir. Puis c’est au tour de Barclays Private Equity de le faire venir. Il y restera 11 ans.
Le virus de l’émancipation et de l’entrepreneuriat le rattrape ensuite bien vite. C’est là qu’il crée avec l’appui d’Ofivalmo, devenu Ofi, et de la Macif, la société d’investissement Ofi PE en 2005. L’aventure est une telle réussite qu’il programme sa cotation en Bourse en juillet… 2007, quinze jours avant la crise des subprimes. Inutile de dire que cette introduction ne se révélera pas un grand succès. Mais la Macif avec 50% du capital, fera preuve d’une belle persévérance avant de décider de sortir en 2011. Deux candidats sont alors en lice : Idinvest et Eurazeo. Ce dernier aura finalement le dernier mot pour récupérer l’entreprise à la tête d’un portefeuille de 150 millions d’euros, aujourd’hui valorisé 1,4 milliard d’euros. C’est à cette occasion qu’Olivier Millet entre par la grande porte chez Eurazeo pour y développer une activité small et mid cap, la société de capital-investissement étant jusque-là focalisée sur les large cap. Ironie de l’histoire : Idinvest, un temps à l’affût pour reprendre l’entreprise d’Olivier Millet vient de se faire croquer par lui.
« Après avoir connu 30 années géniales, je m’apprête à vivre les 10 années les plus passionnantes de ma carrière », se plaît à lancer ce féru de pêche au gardon dans sa maison solognote, également président de l’Afic-France Invest. Et pour qui il reste « tant de choses à faire » dans le domaine du private equity. « Le secteur est à une période charnière. De grandes firmes de capital-investissement vont éclore au côté d’acteurs de niche. Elles seront plus puissantes et plus efficaces », ajoute-t-il et ce, alors qu’en 2017 déjà pas moins de 2.000 entreprises ont tissé des liens avec le capital-investissement français. « On est sorti de l’anecdote et pourtant personne ne s’en est encore véritablement rendu compte. »
Olivier Millet s’est d’ailleurs fixé pour mission de faire évoluer les esprits. « Grâce à la libération de la contrainte que faisait peser l’ISF sur l’ouverture du capital, on devrait voir fleurir de nombreuses opérations car les entreprises auront moins de réticence pour franchir le pas. Et là où les patrons entrepreneurs ne voulaient pas vendre leur société de peur d’être insupportablement taxés, ils vont se sentir plus libre de le faire. » Et pour lui, le private equity est aujourd’hui investi d’une double mission : accompagner les start-up et permettre aux TPE de devenir des mid cap. « Sur les 7 dernières années il y a eu 300.000 emplois créés dans les entreprises accompagnées par le capital-investissement français. On n’a pas le droit de rater cette élévation de la taille des entreprises à laquelle nous contribuons activement », assure ce passionné de montres qui anticipe d’ores et déjà un doublement du marché français d’ici à 2020 pour atteindre 20 milliards d’euros de levées annuelles, en pole-position européenne.
« Mais un tel essor n’a aucun intérêt s’il n’est pas accompagné d’une double exigence : rentabilité et honorabilité. Car il est évident que la préservation de l’environnement, le maintien d’un climat social constructif dans les entreprises et une gouvernance équilibrée…. sont devenus indispensables pour accompagner la modernité du monde de l’entreprise. Il faut être dans le mouvement ! », juge Olivier Millet.
Son objectif aujourd’hui ? Celui qui en a marre des acronymes vient de lancer un nouveau nom pour l’Afic devenue « France Invest », plaçant la France et le mouvement au centre de ses préoccupations. Ce qu’il veut aussi, c’est toucher un nombre croissant de parties prenantes, y compris politiques et locales. « Il nous faut un corpus commun et un projet collectif. Enclencher un mouvement économique d’accompagnement de la transformation et de la croissance des entreprises », lance-t-il. Un challenge de plus pour ce père de 5 enfants qui n’en n’est plus à un défi près après avoir déjà couru 4 marathons (New York, Rome, Berlin, Chicago) et qui prépare le triathlon d’Arcachon en avril prochain avec les équipes d’Eurazeo PME. « Ce sport nécessite les mêmes qualités que dans ma vie professionnelle : discipline et autonomie dans la gestion. »
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