WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Géraldine Sundstrom (Pimco), la gestion d'actifs version féminine

Managing Director chez Pimco depuis 2015, où elle est également gérante de portefeuilles multi-actifs, cette femme passionnée par les marchés, a su se faire une place et un nom dans une profession encore majoritairement masculine.
Géraldine Sundstrom
Géraldine Sundstrom

Après 21 ans dans la gestion d'actifs, dont une grande partie passée au sein de hedge funds, Géraldine Sundstrom a vu sa profession se transformer, au gré des changements de régulation et de l'évolution de la structure des marchés boursiers. Mais loin d'être lassée par ses deux décennies de gérante, celle qui est désormais Managing Director chez Pimco est toujours aussi passionnée par son métier. "Même si les choses ont tendance à rimer sur les places financières, elles ne se répètent jamais complètement, et c'est relativement fascinant", explique l'intéressée. 

Si elle est aujourd'hui considérée comme l'une des gérantes européennes les plus en vue, qualifiée de "star des hedge funds" par les quotidiens britanniques Evening Standard et Financial Times, elle est pourtant entrée dans le milieu "un peu par hasard". Après un Bac scientifique, Géraldine Sundstrom choisit l'économie plutôt qu'une classe préparatoire MathSup MathSpé, où elle redoute de se retrouver la seule fille. Elle opte donc pour Dauphine et une licence en économie puis choisit la spécialisation banque, finance et assurance pour son magistère, qui lui permet d'obtenir un double diplôme de l'université de Londres, où elle réalise sa dernière année d'étude. Elle décide de rester dans la capitale britannique, qui lui apparaît comme le lieu idoine pour commencer une carrière dans la finance et entre chez Skandinaviska Enskilda Banken (SEB) au trading du Forex. "Moi qui ne voulais pas faire de prépa scientifique par peur d'être la seule femme, je me suis finalement retrouvée l'une des uniques filles de SEB", plaisante Géraldine Sundstrom.

Deux ans plus tard, elle rejoint l'entreprise de capital risque Pareto, dans la partie recherche fixed income, avant de partir chez Citigroup Global Investment où elle exerce également des fonctions d'économiste/analyste. Elle passera les 15 années suivantes dans l'industrie des hedge funds chez Moore Capital tout d'abord, comme gérante de portefeuilles pendant quatre ans, puis chez Brevan Howard où elle est recrutée pour lancer un fonds Emerging Markets. Géraldine Sundstrom se souvient de la visite chez elle un soir d'Halloween, du co-fondateur Alan Howard,  qui la convainc de rejoindre le fonds d'investissement. "Les choses se sont faites rapidement. Je suis arrivée chez Brevan Howard en mars 2007, le fonds Emerging Markets a été lancé en avril 2007, ouvert aux institutionnels extérieurs en janvier 2008 et fermé l'année suivante car il avait atteint notre objectif de 3 milliards de dollars sous gestion", explique ainsi la gérante. 

Chez Pimco, Géraldine Sundstrom considère qu'elle a atteint "le point culminant de sa carrière" : "Après être passée par le Forex, les pays développés, puis les émergents, aujourd'hui mon poste me permet de pouvoir marier toutes ces classes d'actifs et d'avoir un point de vue global sur les marchés", explique celle qui se décrit comme une spécialiste de la transversalité, capable de s'imprégner de la recherche produite par les plus de 250 spécialistes que possède Pimco. Chargée de créer un fonds multi-actifs au moment où le géant obligataire la recrute, le véhicule, lancé il y a deux ans représente désormais 900 millions de dollars d'actifs sous gestion. Investis selon quelle stratégie ? "La prudence", répond Géraldine Sundstrom, qui applique cette philosophie de façon rigoureuse depuis le début de sa carrière. "Minimiser les regrets plutôt que de maximiser les profits", telle est la façon dont la gérante résume son style de gestion , dont le but est de capturer le plus de bénéfices, en prenant le moins de risques possible. Un mode de gestion hérité à la fois de l'un de ses anciens patrons chez Citigroup dont le mot d'ordre était "don't loose the f**** money" et qui la suit encore aujourd'hui. Mais qui résulte également de la façon féminine d'envisager son métier.

"Même s'il ne faut pas généraliser, les femmes ont souvent un style de gestion plus prudent que les hommes. Elles ne vont pas forcément briller dans un bull market mais vont en revanche faire la différence dans l'adversité", explique la gérante, qui fait partie des rares Ève de l'industrie. Seules 15% des gérants de portefeuilles dans le monde sont des femmes, et cette proportion est encore plus faible au sein des hedge funds, où elles ne représentent que 3%. Une rareté dont la gérante a su se servir comme d'un atout au fur et à mesure des postes qu'elle a occupés : "Il y a encore un a priori négatif au niveau des femmes dans le milieu des traders par exemple. Mais au lieu d'essayer de me fondre dans la masse et de masquer ma différence, je me suis servie de cela pour apporter un point de vue différent et créer mon propre style de gestion. Un certain nombre de personnes ont apprécié ces idées nouvelles et y ont vu quelque chose d'enrichissant", explique la gérante. 

La preuve, puisque chez Pimco, entre le fonds multi-assets qu'elle a créé et les mandats dédiés qu'elle exerce, la Managing Director s'est vue confier près de 9 milliards de dollars sous gestion. Et elle compte bien continuer de grossir, notamment auprès des clients européens, qui ont selon elle une approche multi-asset très différente des Américains : "Les Etats-Unis ont une quasi religion en termes d'actions et de long terme. Les Européens veulent une approche avec plus de flexibilité et très portée sur le risque à la baisse", poursuit ainsi la gérante.

Si elle est mère de deux garçons âgés de 13 et 11 ans, elle estime que sa vie de famille ne l'a jamais empêchée d'exercer son métier, plus flexible que d'autres, et ayant eu la chance de travailler avec des employeurs très compréhensifs. "Il est étrange qu'il y ait si peu de femmes dans la gestion, car c'est finalement un métier où il est possible d'avoir accès à une certaine flexibilité, du moment que l'on produit les résultats attendus et même qu'on les surpasse", raconte la gérante, qui se souvient de moments privilégiés passés avec ses enfants, dans son bureau, où elle leur expliquait à quoi correspondaient tous les graphes et les courbes de son écran d'ordinateur ! Celle qui a passé la quasi totalité de sa vie professionnelle à Londres, n'est pourtant pas fermée à un déménagement en Europe, notamment si le Brexit impliquait un rapatriement d'une partie des activités de Pimco. "Je suis Française, mais à moitié Italienne et mes enfants sont Suédois, donc je me sens véritablement européenne", conclut la gérante.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article