Rémi Lorrain : un profil hybride chez Darrois Villey Maillot Brochier
Depuis juillet, Rémi Lorrain ne s'est octroyé qu'un week-end et n'a d'ailleurs pas posé de congés au mois d'août. "Cette situation n’est pas spécifique à mon cabinet. L’objectif est d’apprendre le plus rapidement possible et lorsque le métier vous plait, il ne s’agit pas véritablement d’une contrainte", commente ce bourreau de travail qui œuvre au sein de Darrois Villey Maillot Brochier depuis 2014. Passionné par son métier, il a la particularité d'avoir un profil hybride, puisqu'il a commencé en M&A chez Lazard et qu'il sévit dorénavant en contentieux, en particulier en droit pénal des affaires. "Il s'agit d'une synthèse entre barreau traditionnel et barreau d'affaires", explique Rémi Lorrain du haut de ses 31 ans.
Ce goût du métissage, notre avocat l'a développé depuis quelques années déjà puisqu'il a suivi une double formation, l'une en droit des affaires avec un master 2 DJCE de Nancy couplée à un master 2 de gouvernance économique européenne de l'IEP de Grenoble. Rémi Lorrain n'a d'ailleurs pas tout à fait quitté les bancs estudiantins. Il enseigne à l'université Paris 1, à l'université de Lorraine ou encore à l'Ecole de Formation du Barreau de Paris.
Une expérience en banque d'affaires
Ce sont ses premières expériences qui l'ont emmené vers la capitale. Il y a commencé par les fusions et acquisitions, d'abord chez Sullivan & Cromwell mais aussi Bredin Prat, avant de rejoindre le fonds stratégique d'investissement (FSI). "Il a fait des merveilles d'intelligence et d'adaptation dans un contexte qu'il ne connaissait pas", indique Guillaume Hecketsweiler, ancien directeur juridique du FSI avec lequel Rémi Lorrain dispense chaque année des cours à Nancy. Et d'ajouter : "Il est capable de convaincre très directement tout en étant très professionnel. Il est à la fois solide et 'low profile'". L'avocat de Darrois a également connu Lazard, où il a travaillé sur les OPA. "Découvrir le métier de banquier d’affaires dans cette structure a été une chance ; ça a été l’opportunité de découvrir le M&A sous un autre angle : tant d’un point de vue chronologique (très en amont des opérations) que thématique (stratégie, communication financière, etc.)."
En 2012, année au cours de laquelle il prête serment, Rémi Lorrain passe le concours de la conférence, qu'il a préparé de façon quasi militaire. Ladite institution, qui rassemble 12 avocats élus par leurs pairs pour assurer la défense pénale d'urgence, a le monopole en matière criminelle dès lors que le client n'a pas les moyens d'assurer sa défense. "J'étais pressé de passer ce concours (…). L’une des difficultés de cette année a été d'assurer à la fois le M&A en cabinet et les affaires pénales à la Conférence. C’était deux mondes très différents…", précise Rémi Lorrain, plus jeune secrétaire, qui est ainsi passé quotidiennement des arcanes du pouvoir à de la délinquance de rue. Il a par exemple été l'avocat du "tireur fou", Abdelhakim Dekhar, qui en 2013 a semé la terreur chez BFMTV et Libération. "C'est une école d'apprentissage hors pair, notamment de la procédure pénale. On dit souvent qu'une année de conférence équivaut à 4/5 ans de pénal dans un cabinet tellement le rythme est soutenu", ajoute notre avocat ambitieux au bon sens du terme.
Darrois ou la discrétion
A l'issue de cette année à 100 à l'heure, Rémi Lorrain intègre Darrois. Il n'y met toutefois pas moins d'énergie. Il estime que de la même manière qu'un médecin doit répondre présent à ses patients quelque soit la période, l'avocat doit être là pour ses clients, notamment en cas de garde à vue ou de perquisition. Il travaille essentiellement avec Christophe Ingrain, ancien conseiller de l'Elysée sous Nicolas Sarkozy, ou encore Cyril Bonan, associé-contentieux. "Il y a des profils très différents. Le cabinet exploite le meilleur des avocats et le meilleur de chaque avocat peut être différent. A leur contact, cela me permet d’apprendre beaucoup", explique Rémi Lorrain. Ce dernier admire également les fondateurs que sont Jean-Michel Darrois et Alain Maillot, connus pour avoir un talent proportionnel à leur discrétion. Discrétion qui est l'un des mots d'ordre de la maison.
Malgré cette marque de fabrique, avec les affaires sur lesquelles travaille la boutique, notre avocat retrouve parfois son nom sur la place publique. Ainsi, Rémi Lorrain a-t-il pu apporter sa pierre au dossier EADS aux côtés de Nicolas Mennesson, qui avait fait grand bruit pour sa question prioritaire de constitutionnalité sur le principe non bis in idem. Il a également travaillé avec Christophe Ingrain sur la Banque Postale, dans une affaire d’escroquerie dans laquelle 16 personnes ont été condamnées en 2016. Les deux confrères défendent par ailleurs Michèle Alliot-Marie ou encore Guillaume Lambert dans le cadre de Bygmalion. Ces affaires, notre interlocuteur ne les commentent évidement pas. Ce dernier a plutôt choisi d'évoquer avec nous un cas "anecdotique". Celui d'une femme, condamnée en première instance à de la prison avec sursis et à 400 000 euros de dommages et intérêts, laquelle avait été conseillée par son notaire d'appeler le cabinet. Cette affaire, finalement remportée, et commencée par un coup de fil au standard, est très loin de ce qui se pratique habituellement chez Darrois et de la manière dont il s'est construit sa clientèle. "Cela montre la liberté de ce cabinet."
Quelles sont les aspirations de Rémi Lorrain ? A l'avenir, il souhaite prendre plus part au débat public. Outre ses publications, l'avocat a des convictions qu'il défend. Il estime ainsi que lorsque les personnes sont mises hors de cause dans un dossier qui a fait les grands titres, il faudrait que les médias s'intéressent autant au non-lieu qu'à la mise en examen. "En cette matière (pénal), on partage de véritables expériences de vie avec les clients qui durent parfois des années entre le début de l’enquête et l’audience finale. La plupart ne sort pas indemne, même en cas de mise hors de cause !", poursuit Rémi Lorrain. Il milite également pour un meilleur dialogue entre avocats et magistrats. Il a par ailleurs suivi avec attention les débuts du Parquet national financier, qui a frappé fort en décembre dans le dossier Cahuzac. "C’est la qualité des enquêtes, la justesse des réquisitions et… le temps qui feront la légitimité de ce parquet et non pas uniquement l’importance des peines requises", précise-t-il néanmoins.
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