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René Ricol : un socio-professionnel dévoué à la nation

René Ricol a deux casquettes. Cet expert-comptable s’occupe de son cabinet Ricol Lasteyrie Corporate Finance, qui s’est rapproché d’EY en 2015. Celui qui murmure à l’oreille des patrons est également engagé pour son pays et croit en la capacité des corporates à redresser la barre hexagonale.
René Ricol
René Ricol

A 66 ans, René Ricol est toujours très actif. L’associé-fondateur de Ricol Lasteyrie Corporate Finance partage sa vie professionnelle entre ses cabinets et des missions d’intérêt général. Sa dernière grande actualité corporate en date ? Le rapprochement de sa firme avec EY, annoncé en 2015. La maison qu’il a montée au début des années 80 avec deux fidèles amis ne se repose pas sur ses lauriers. Depuis son rapprochement avec la multinationale, Ricol Lasteyrie a pu développer ses domaines de compétences, que ce soit en matière de M&A, d’activité numérique ou encore de funding. L’alliance est également bénéfique dans l’autre sens, le cabinet de 70 personnes ayant, entre autres, apporté sa vision de l’intérêt général au géant. Ricol Lasteyrie aura entre juin et décembre pour dire s’il souhaite terminer de concrétiser cet « intéressant choc des cultures ». René Ricol, qui semble assez positif sur la question, va donc continuer à arbitrer et à travailler sur les dossiers qui lui tiennent à cœur.

Et il y en a, pas seulement en matière d’entreprises. Pensant à ses « enfants et petits-enfants », notre expert défend une sortie du nucléaire, mais pas de n’importe quelle manière. « Il faut faire évoluer les centrales, en les faisant tourner avec du plutonium dont on doit apprendre à gérer les déchets. Pendant ce temps-là, il faudrait développer les énergies renouvelables », explique celui qui a été coprésident du comité d’audit d’Areva entre 2010 et 2011. René Ricol estime également qu’il est nécessaire pour la pérennité de la France qu’elle réussisse à garder ses fleurons corporates, lesquels sont un véritable atout pour notre pré-carré. « Notre pays est petit et les Français ont du mal à l’accepter. Ils attendent trop de leurs Présidents. Cela ne sert à rien de faire des politiques macroéconomiques vu notre taille. On ne sauvera en réalité pas ce pays sans l’aide des grands groupes », martèle-t-il.

René Ricol, qui porte différentes casquettes, se « revendique comme un socio-professionnel ». Il a travaillé avec tous les gouvernements. S’il n’est pas encarté, jeune, il avait tout de même monté son propre parti avec des amis. Une entité joliment baptisée « Performance et Partage ». L’homme, qui a probablement refusé le plus de postes de ministre dans sa vie, a œuvré aux côtés d’Edith Cresson sur le premier plan PME. Surnommé le « pompier de Nicolas Sarkozy », il a également remis un rapport sur la crise financière en 2008 à l’ancien chef d’Etat. Il avait alors alerté le Président de la République sur le risque que le gouvernement américain ne lâche Lehman Brothers. Ce qui précipitera en effet la crise. René Ricol a en outre été médiateur du crédit mais a aussi planché sur les investissements d’avenir ou encore la crise du lait.

Notre interlocuteur n’a néanmoins jamais voulu faire de la politique une profession. « Je le fais bénévolement. Si vous en faites un métier, vous perdez votre indépendance et votre liberté », explique-t-il. Sur le papier, René Ricol est expert-comptable. Poussé par son père et par la nécessité de gagner sa vie, ce papa de six enfants d’origine lyonnaise, est rapidement monté à Paris. Il y a notamment rencontré deux figures de la compagnie nationale des commissaires aux comptes : Jean Sigaut et Napoléon Susini, qui le pousseront à 29 ans à candidater pour la présidence. Et ce, bien que les hommes n’aient pas partagé les mêmes idées. Il s’agit d’ailleurs là de l’un des enseignements que René Ricol a pu tirer de ses aînés. « J’ai une peur panique des gens qui vous cirent les pompes. Quand c’est le cas, je me dédouble pour prendre du recul », souligne celui qui a bel et bien réussi à ravir le poste convoité. « Se prendre au sérieux, c’est le contraire de ce qu’il faut faire. Il faut travailler sérieusement », ajoute René Ricol qui est en effet resté très humain et accessible.

Si notre homme ne rechigne effectivement pas à la tâche, il a conscience de ce qu’il peut ou non apporter à une organisation. « Je sais bien présider, au sens de définir une stratégie. Je suis un bon consultant, mais un moins bon  gestionnaire. C’est pour cela que j’ai toujours fonctionné avec un binôme, pour la complémentarité », précise-t-il. Au sein de Ricol Lasteyrie, il est entouré de ses deux acolytes : Jean-Charles de Lasteyrie et Gilles de Courcel, dont l’amitié n’a pas faibli avec le temps. Tous les trois ont fait grandir leur cabinet, qui a connu sept vies (commissaire aux comptes, évaluation financière etc.), un peu à la manière des chats. Il sera finalement devenu leader dans l’évaluation financière indépendante. René Ricol aura travaillé pour tous les grands groupes. Il a parallèlement enchaîné les postes à responsabilité visant son cœur de métier. Il a ainsi présidé l'International Federation of Accountants. « Quand on a le choix, il faut essayer de ne pas être malheureux au travail. Le drame, c’est les gens qui ne peuvent pas choisir », résume le dirigeant.

Pour la suite, René Ricol pense au développement de ses affaires mais aussi à sa France et à la nécessité d’avoir un Etat impartial. Cet idéal qu’il porte aujourd’hui avec conviction lui est notamment venu de Raymond Barre, avec qui il a été très proche. « Il avait une vision de la France qui est différente de l’Etat, qui est une nation (…). Il m’a impressionné par son exigence dans le travail et par sa vision de l’Etat impartial », raconte-t-il. René Ricol croit en la capacité de l’Hexagone à se redresser. Pour lui, le gouvernement doit écouter les experts de chaque segment de la société. Et de rappeler qu’entre le moment où Georges Pompidou a pris l’habit de Premier ministre et sa mort, notre pays est passé devant le Royaume-Uni et l’Allemagne en termes de PIB et de niveau de vie. Le chemin de la France devrait donc continuer à croiser celui de René Ricol pendant encore quelques années !

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