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Les plus grands noms de l'économie se livrent sur WanSquare

Nous avons demandé aux plus grandes personnalités du monde de l’économie, de la finance et de l’industrie française mais aussi internationale comment elles avaient vécu l’année sur le point de s’écouler et ce qu’elles attendaient de 2016. Parce que 2015 a réservé un très grands nombre de surprises difficiles à interpréter pour les conjoncturistes et analystes du monde entier, il nous a semblé très intéressant d’avoir la lecture de ces acteurs majeurs. Conscients de la gravité de ce qui s’est passé à Paris le 13 novembre mais soucieux d’apporter une grande diversité dans les réponses, nous avons demandé à toutes les personnes interrogées de ne pas évoquer les attentats, même si celles-ci ont toutes mis en avant l’ignominie de ces événements.
Renminbi - Chine - monnaie chinoise
Renminbi - Chine - monnaie chinoise

Nous publierons ces différents verbatim tous les jours à 10 heures jusqu’au 30 décembre.

Les questions posées sont les suivantes (sachant que nous avons demandé à chacun d’être le plus bref possible) :

1/ Quel événement vous a le plus surpris en 2015 ?

2/ Comment voyez-vous 2016 ?

Stanislas de Bentzmann, président de Croissance Plus et Devoteam

1 / La montée en puissance de la première licorne française Blablacar. Une start-up de quelques centaines de salariés valorisée plus d'un milliard de dollars qui annonce le décollage de l'économie collaborative et j'espère la première d'une longue série.

2/ 2016 va être une année d’accélération fantastique de l’économie digitale et l'appropriation de nouveaux usages par les utilisateurs. 2015 a vu l'ensemble des grandes entreprises basculer dans le déploiement de l'économie digitale et l'apparition de start-up à très fort potentiel d'innovation. Cette conjugaison va faire de 2016 une année de basculement dans un nouveau monde digital.

Stéphanie de Boüard Rivoal, directrice générale de Château Angélus

1 / L’incapacité des Etats à concevoir des projections fiables et le pilotage à vue, dicté par une politique de court-terme réglée sur des calendriers électoraux et modulée selon le facteur émotionnel du moment. La réalité est que nous vivons une époque de grande instabilité, que ce soit au plan économique comme au plan politique.

2/ Bien que d’une nature optimiste, un ensemble de facteurs me laisse penser que 2016 sera une année difficile, qui verra probablement un accroissement des tensions internationales, et qui sera économiquement une année de fortes turbulences.

Antoine Gosset-Grainville, associé du cabinet d’avocats BDGS

1/ Le repli national généralisé en Europe, et l'effacement tragique des institutions européennes tant en matière politique que diplomatique.

2/ Le sursaut en France avec l'émergence de dirigeants politiques porteurs d'un véritable projet de réformes et d'espoir. Le réveil des Européens face aux menaces communes.

Virginie Maisonneuve, ex-Pimco et founder et managing director de Maisonneuve Global Advisory

1/ L’intégration du yuan dans le panier de devises du FMI a été une grande surprise pour les marchés : c’est une bonne chose pour la Chine car elle va l’amener à un niveau monétaire plus global. Autre surprise : l’alliance de la Russie avec les Etats-Unis et la France pour bombarder l’Etat islamique. En janvier 2015, avec les événements ukrainiens, personne n’aurait imaginé un tel scénario.

2/ 2016 sera la première année depuis la crise Lehman où les Etats-Unis et l’Europe divergeront du point de vue de leur politique monétaire. Trois thématiques continueront de constituer le principal cadre économique à moyen terme : le changement climatique, la démographie et l’arrivée à maturité du cycle de croissance économique dans les émergents.

Colette Neuville, présidente de l’ADAM

1/ Le plus étonnant a été de voir à quel point les marchés sont restés déconnectés des mauvaises nouvelles géopolitiques, macro-économiques et du faible niveau d'investissement des entreprises. Pendant ce temps, ils ont effectivement enregistré d'assez belles performances qui ont du mal à trouver des raisons objectives.

2/ Pour l'année qui vient, je ne vois pas cet écart perdurer en l'état. Soit les marchés continueront à progresser mais en raison d'une amélioration du contexte économique mondial, soit ils se replieront sous le poids de nouvelles mauvaises nouvelles. L'ajustement sera inévitable.

Danièle Nouy, Présidente du conseil de supervision au sein de la Banque centrale européenne

1/ 2015 a marqué la première année d’existence de la surveillance bancaire européenne. En dépit de l’ampleur du projet et de la courte durée de la phase préparatoire, le démarrage s’est fait en douceur et nous avons obtenu de bons résultats au cours de cette première année ! Nous avons accordé la priorité à l’harmonisation des méthodologies de contrôle bancaire. En outre, nous avons commencé à harmoniser l’interprétation et l’application des exigences réglementaires dans l’ensemble du système. On peut déjà dire qu’il s’agit d’une avancée majeure.

2/ En 2016, nous accorderons moins d’importance à la structure et aux méthodologies de la surveillance bancaire et mettrons davantage l’accent sur son contenu. Nous appuyant sur une analyse approfondie des principaux risques pour le secteur bancaire européen, nous avons défini cinq priorités en matière de surveillance prudentielle qui guideront notre action tout au long de l’année à venir. Notre principale priorité concerne les modèles d’activité et les facteurs de rentabilité des banques. L’un et l’autre sont remis en cause en raison de la période prolongée de taux d’intérêt extrêmement bas. Les autres priorités ont trait au risque de crédit, à l’adéquation des fonds propres, à la gouvernance du risque et à la liquidité.

Frédéric Oudéa, directeur général de Société Générale

1 /2015 fut une année de plus forte turbulence que prévu avec un renforcement des incertitudes sur tous les fronts : économique, avec une inversion des perspectives de croissance entre les pays émergents qui ralentissent et les pays développés sur la voie d’une reprise modérée. Géopolitique, avec un regain de tensions et de menaces terroristes. Financier, avec la fébrilité des marchés liée aux attentes vis-à-vis des politiques monétaires des banques centrales.

2/ Les tendances 2016 resteront contrastées avec le rebalancement entre pays émergents et pays développés. L’environnement économique mondial devrait être marqué par la poursuite d’une reprise économique modérée et une situation prolongée de taux bas en Europe, le début de la normalisation de la politique monétaire aux Etats-Unis. Deux échéances importantes sont attendues : les élections américaines et le référendum sur le Brexit.

Xavier Rolet, président directeur général du London Stock Exchange

1/ 2015 a surtout été une année où l'instabilité politique a continué de grandir dans le monde entier. Et contre toute attente, malgré l’ajustement des marchés chinois cet été, les marchés ont montré une belle résilience après une période d'adaptation. La politique accommodante menée par les banques centrales y a fortement contribué, passant outre certaines tentations protectionnistes.

2/ Nous espérons pour 2016 que les gouvernements de l'UE accéléreront le recalibrage de l'environnement fiscal et réglementaire européen pour faciliter le travail des créateurs d'entreprises et des entrepreneurs, soutenir le secteur de l'innovation et créer les 25 millions d'emplois qui nous manquent. Les propositions du Commissaire Hill sur l'union des marchés de capitaux sont en ce sens une opportunité unique pour permettre à l'Europe de fortement réduire sa dépendance à la dette, aujourd’hui excessive.

Bernard Spitz, président de l'Association française de l'assurance

1/ Deux décalages m'ont frappé en 2015 : en Europe, les gigantesques efforts fournis par tous les responsables des principaux Etats à traiter jour et nuit de la crise financière grecque tandis que la crise des migrants -tellement plus essentielle aux yeux des populations- ne suscitait que quelques rencontres, d'ailleurs sans portée. Et en France, l'incapacité collective à moderniser le marché du travail pour le plus grand malheur de notre jeunesse, confrontée au chômage de masse.

2/ Pour 2016: l'important sera de tout faire pour retrouver confiance. En Europe par une initiative franco-allemande à partager avec nos partenaires, en faisant tout pour que le Royaume-Uni reste à bord. En France en lançant la réforme du marché du travail, en développant massivement l'apprentissage, en renouvelant l'offre politique et en retrouvant une priorité collective autour de la jeunesse. Et si les Bleus pouvaient en prime gagner l'euro...

François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France

1/ La capacité de la France à capter encore la solidarité du monde : 2015 s’est ouverte avec le rassemblement en janvier des leaders de la planète place de la République, et s’est terminée par le succès de la COP 21 en décembre. D’une certaine façon, nous comptons plus pour les autres que pour nous-mêmes. Nous sommes certes un pays fatigué, qui souffre du manque de réformes ; mais nous demeurons aux yeux de nos voisins un pays important, qu’ils attendent et dont ils ont besoin.

2/ Il faut échapper à la tentation de l’année de transition : en France, avant l’élection présidentielle ; en Europe, où chacun se replierait sur ses priorités domestiques. La reprise est résiliente mais insuffisante pour créer des emplois, avec 1,4 % de croissance prévue en France. La politique monétaire continuera à faire beaucoup, mais elle n’a son plein sens que si elle est accompagnée de réformes anti-chômage. J’en cite trois, accessibles cette année : l’apprentissage pour les jeunes ; la décentralisation du dialogue social vers les entreprises ; une coordination des stratégies économiques en zone euro, actant les efforts et relances de chacun.

Keith Wade, chef économiste chez Schroders

1/ Nous avons été surpris par l’impact de la baisse du prix du baril sur les entreprises productrices de matières premières et les pays qui en sont très dépendants, qui ont réduit les coûts plus rapidement que ce que nous anticipions. Du coup, la reprise que nous attendions pour cette année a été décevante.

2/ Nous pensons que les Etats-Unis pourraient avoir quelques difficultés en raison de l’appréciation du dollar, qui devrait également peser sur la Chine dont l’évolution de la devise est très corrélée à celle du billet vert. La zone euro devrait en revanche tirer parti de cette situation.

Serge Weinberg, président du conseil d’administration de Sanofi et de Weinberg Capital Partners

1/ Malgré la conjugaison unique de facteurs extrêmement favorables (prix du pétrole, taux d’intérêt, change euro/dollar) la croissance européenne et singulièrement française a été très faiblement stimulée soulignant ainsi la nécessité d’approfondir les réformes et de préparer nos organisations au développement de l’économie collaborative.

2/ Un monde moins prévisible où la poursuite des risques géopolitiques, du développement des forces centrifuges en Europe (Brexit, populismes), le découplage encore plus net des économies nord-américaines et européennes, les incertitudes sur la croissance des émergents, avec leurs conséquences éventuelles sur les marchés des actions et des changes vont peser, entraînant un risque pour la croissance mondiale.

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