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En Europe, plus de sociétés vont bientôt quitter la Bourse qu'y entrer

Grâce au « dry powder » record et aux financements à bas coûts, le private equity a racheté plus de 30 milliards de dollars de sociétés cotées en Europe cette année. Un montant qui se rapproche du total des capitaux levés en Bourse, et montre à quel point le pouvoir d’achat a changé de mains.
Bourse de Paris - Palais Brongniart
Bourse de Paris - Palais Brongniart

Après avoir passé les années post-Lehman Brothers à promettre qu’on ne les y reprendrait plus, les fonds de private equity repartent à la chasse aux sociétés cotées. Trois transactions record annoncées récemment en Europe en témoignent : cet été, Bain Capital et Cinven ont dû renchérir avant d’obtenir l’accord des actionnaires du laboratoire pharmaceutique allemand Stada, avec une offre révisée à 4,3 milliards d’euros -dont un montage de dette à 2,8 milliards d’euros- soit le plus gros LBO européen en quatre ans. Fin septembre, c’est un consortium emmené par le fonds américain Hellman & Friedman qui a signé le prestataire de services de paiement danois Nets A/S pour un total de 4,4 milliards d’euros. Enfin, CVC et Blackstone viennent de boucler un accord sur leur offre à 3,3 milliards d’euros sur le groupe britannique de paiement en ligne Paysafe.

Ces méga deals, les multiples atteints -presque 15 fois l’Ebitda 2017 pour Nets A/S- et les montages de dette accordés par des banques aux aguets ont relancé les plus vives inquiétudes sur le retour d’une bulle sur le non coté. Et les dernières statistiques sorties par Dealogic ne sont pas pour rassurer : selon la base de données, les sorties de cote en Europe ont atteint 30,9 milliards de dollars depuis le début de l’année, principalement tirés par des LBO, tandis que les sociétés cotées ont levé un total de 34,5 milliards de dollars en 2017, à peine davantage.

Cette tendance est liée non seulement aux montants record de « dry powder » détenus par les fonds de private equity : 963 milliards de dollars selon Preqin, ce qui les oblige à diversifier leurs cibles afin de ne pas céder à une bataille sur les prix. Déjà, les multiples moyens d’acquisition retrouvent des niveaux jamais atteints depuis 2007, à plus de 10 fois l’Ebitda. En outre, les financements sont particulièrement faciles à obtenir en cette période de rendements moribonds, et à des coûts très attractifs. Selon S&P LCD, les prêts à effet de levier se montent à 85 milliards d’euros sur les neuf premiers mois en Europe, soit plus que les 71 milliards levés sur l’ensemble de 2016 et un record depuis 2007.

Les taux des obligations high yield en euros touchent des points bas historiques : 2,3% en moyenne selon l’indice de Bank of America Merrill Lynch, alors qu’ils étaient encore à 6% début 2016. Le private equity est le premier bénéficiaire de cette course au rendement et peut compter sur plusieurs sources de financements : les leveraged loans fournis par les banques mais aussi de plus en plus d’institutionnels, les CLO, mais aussi les émissions high yield qui suscitent l’appétit de marchés surliquides.

Cette tendance n’est pas nouvelle aux Etats-Unis, où les fonds de private equity ont des moyens décuplés et, faute d’une offre suffisante dans le privé, sont revenus à la chasse aux actifs cotés. L’an dernier, les 50,8 milliards de dollars de sorties de cote ont représenté plus du double de l’argent levé via des IPO (24,2 milliards de dollars).


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