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"Fillon, est-il vraiment thatchérien ?"

La presse britannique suit avec inquiétude la dernière ligne droite de la campagne française, prédisant de fortes turbulences sur les marchés en cas de victoire des extrêmes. Celle du candidat des Républicains est toujours possible selon certains médias.
Fillon
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Si ce matin les grands titres de la presse anglaise portent principalement sur l'annonce surprise des élections anticipées par Theresa May, les journaux consacrent tout de même de nombreux articles à la dernière ligne droite des élections françaises. Le phénomène Mélenchon intrigue et inquiète bien sûr les médias britanniques, comme The Week Magazine qui lui consacre un long portrait aujourd'hui. Le journal se demande comment un "gauchiste vieillissant" a-t-il pu si rapidement monter dans les sondages. "L'élection française est inhabituelle à plus d'un titre", estime l'hebdomadaire. D'une part parce qu'aucun des partis traditionnels qui ont dirigé le pays depuis 1975 n'est en tête des sondages, mais également parce que les mouvements politiques de deux des potentiels vainqueurs ont été créés il y a moins d'un an. Selon le journaliste le succès de Jean-Luc Mélenchon correspond à une montée de la gauche radicale constatée dans de nombreux autres pays européens, comme en Grèce avec Syriza, en Espagne avec Podemos ou en Italie avec le Mouvement des cinq étoiles. "Cette montée en puissance de la gauche radicale est une des conséquences de la crise de 2008, dont aucun des pays occidentaux ne s'est jamais vraiment remis", explique The Week. L'hebdomadaire souligne que les partis traditionnels n'ont pas réussi à remettre les pays en ordre de marche depuis la crise, décevant les électeurs. "Podemos, Syriza ou Mélenchon se sont engouffrés dans la brèche ouverte par l'effondrement des partis traditionnels".  

L'incapacité des sondages à prédire quels seront les potentiels vainqueurs du premier tour intéresse également les journaux outre-Manche. Selon EU Observer, les sondages sont tellement serrés qu'il est impossible de se faire une idée des résultats, ces élections représentant pour la France "la plus grande incertitude politique depuis des décennies". Le site d'information financière Cityindex.com souligne cependant combien les enquêtes se sont trompées lors des dernières élections, et prend l'exemple du scrutin hollandais de mars, où le parti d'extrême droite a finalement fait un score bien en-dessous des attentes. La France pourrait elle aussi être agréablement surprise de ce point de vue là, estime le site. Selon Cityindex, François Fillon, a peut être été un peu trop vite délaissé comme vainqueur potentiel en raison des affaires dont il est accusé, alors qu'il possède un bloc d'électeurs les plus solides. Sachant que selon le journaliste, les Français sont finalement assez "insensibles aux scandales" lorsqu'il s'agit de voter.

Quelles seraient les conséquences pour les marchés de la victoire de tel ou tel des quatre candidats, s'interrogent également les médias financiers britanniques? Selon le Financial Times, les élections françaises ouvrent la porte à de violentes réactions sur les Bourses européennes. "Pour la troisième fois en moins d'un an, les investisseurs sont confrontés à un nouveau rendez-vous avec des électeurs capricieux et difficiles à cerner, qui pourraient perturber les marchés", explique ainsi le quotidien financier. Le résultat le plus risqué pour les marchés serait une victoire de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen au premier tour, malgré des sondages qui donnent plutôt Macron et Le Pen en tête pour le moment. "La mesure implicite de la volatilité de l'euro est plus élevée qu'au lendemain des résultats sur le Brexit et a atteint des niveaux inégalés depuis la crise de la dette européenne en 2011", preuve de l'inquiétude des marchés, souligne le quotidien.

Selon Cityindex, un duel Macron/Fillon serait le plus favorable aux marchés et entraînerait immédiatement un rallye sur l'euro, le Cac mais également le Dax et l'Eurostoxx, qui ont tous progressé de façon assez corrélée depuis le début de l'année. "Le Pen est la plus 'euro-toxique'. Si elle est éliminée au premier tour, l'euro devrait sensiblement monter". Selon le Financial Times la volatilité de l'Eurostoxx 50 est tout de même bien inférieure aux niveaux post Brexit, ce qui montre aussi que les inquiétudes liées aux élections françaises sont peut être exagérées. "Les électeurs français pourraient finalement être plus raisonnables que prévu et voter pour le candidat centriste, optant pour un statut quo comme les citoyens des Pays-Bas en mars dernier", espère le quotidien. 

Le site Slate a clairement choisi son candidat et redoute ainsi "trois scénarios cauchemars", avec une France qui pourrait être dirigée par un communiste auto-proclamé, un conservateur mis en examen ou une leader à tendance fasciste. Le site du Financial Times consacre de son côté un article à François Fillon et se demande si le candidat, qui revendique un programme de redressement français à la Thatcher parviendra réellement au même résultat que la Dame de fer. Du point de vue des dépenses publiques, le candidat républicain entend les diminuer de 8% sous son mandat, soit dans les mêmes proportions que Thatcher certes, mais en deux fois moins de temps, puisque la Dame de fer est restée onze ans au pouvoir. Quant au rétablissement du déficit, François Fillon entend le ramener aux alentours de 0% d'ici 2022, contre une Angleterre en excédent budgétaire à la fin du mandat Thatcher. Le journaliste rappelle d'ailleurs que le pays avait dû demander un prêt de plusieurs milliards au FMI en 1975 avant l'arrivée de la Premier ministre conservatrice, et était dans une piètre situation économique.

Fillon se rapproche de la Dame de fer du point de vue de son programme "pro-business", souligne le FT, puisqu'il entend réduire l'impôt sur les sociétés et le faire passer de 33% à 25%. Thatcher l'avait de son côté passé de 52% à 34% et avait augmenté le taux de la TVA pour financier cette baisse d'impôt, ce que souhaite également faire François Fillon. Enfin, Fillon, tout comme Thatcher à l'époque, compte combattre le blocage des syndicats. Mais, souligne le FT, si la Dame de Fer avait remporté la bataille, François Fillon risque d'avoir plus de mal, bien que les syndicats français ne représentent que 8% de la force de travail, contre 25% en Angleterre.  

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