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Macron, "le jeune Napoléon accueilli avec le sang froid britannique"
La visite du Président Emmanuel Macron outre-Manche, n'a pas manqué de faire parler les journaux britanniques, qui se sont tout d'abord enthousiasmés que le chef d'Etat accepte de prêter la célèbre tapisserie de Bayeux à leur pays. "Dans un acte théâtral, le Président a annoncé que la broderie, vieille de 941 ans et retraçant la conquête par les Normands de l'île britannique, serait prêtée à la ville de Londres", raconte ainsi le site TheLocal.
"Emmanuel Macron, maître du geste diplomatique", titre de son côté le Guardian, estimant que la tapisserie de Bayeux est le dernier exemple en date de l'utilisation de symboles forts par le Président, pour redorer le blason de son pays. Depuis l'ère anglo-normande justement, la tradition de remettre des cadeaux de valeurs a toujours été au coeur de l'art diplomatique, rappelle l'éditorialiste anglais Patrick Wintour. Certains présents étatiques relèvent toutefois parfois du mauvais goût comme l'ouvre-lettre et stylo en argent d'une valeur de 56.729 dollars, offerts par le roi d'Arabie saoudite au Président Obama, ou le T-shirt signé par Lionel Messi et offert par le Président argentin à l'ex-chef d'Etat américain. "Macron au contraire, se distingue par l'utilisation de symboles beaucoup plus nobles. Son portrait officiel est d'ailleurs chargé de plus de symboles qu'un tableau de cour de la Renaissance", poursuit l'éditorialiste avec humour. Qui rappelle que Donald Trump fut invité au défilé militaire du 14 juillet surtout afin de garantir le maintien des USA dans le traité de l'OTAN et que le Président s'était également installé en face de l'Acropole à Athènes pour prodiguer un discours fleuve sur l'importance de l'Europe.
"Derrière le symbolisme, se cache un activisme frénétique et une volonté opportuniste", estime l'éditorialiste. En effet, alors qu'Angela Merkel est en grande difficulté pour former un gouvernement, que Theresa May lutte pour maintenir son autorité, et que Donald Trump divise les Etats-Unis, la France a l'opportunité de se transformer en grand leader européen, selon le Guardian. Et le Président français a déjà fait ses preuves , en effectuant 5 voyages en Afrique depuis le début de son mandat, quand aucun Premier ministre britannique ne s'est rendu sur le continent depuis 2013. Le Président Macron entend aussi aller au-delà du positionnement historique de ses prédécesseurs, qui ont balancé entre l'atlantisme et le gaullisme. Le journaliste estime ainsi qu'Emmanuel Macron souhaite faire entendre la voix de la France par delà cette opposition diplomatique classique (ndlr.rapprochement avec les USA, ou isolationnisme).
Sur le Brexit, le Guardian estime que le Président français fera tout pour récupérer une partie du gâteau britannique, une fois le pays sorti, même s'il a affirmé hier à Sandhurst que la Grande-Bretagne resterait au coeur de la politique européenne de défense et de sécurité. "Après tout, le prêt de la tapisserie de Bayeux est une façon élégante de rappeler à la Grande-Bretagne ce qui risque de lui arriver, si elle s'éloigne trop de l'UE", plaisante Patrick Wintour.
Si Theresa May et Emmanuel Macron ont signé hier le traité de Sandhurst, pour compléter les accords du Touquet, en vertu desquels la frontière britannique est gérée côté français, c'est un tout autre sujet, qui occupe les grandes lignes des journaux anglais ce matin. Le ministre des Affaires étrangères Boris Johnson aurait en effet évoqué lors du sommet la possibilité de construire un pont pour traverser la Manche. "Boris Johnson a lancé l'idée d'un pont de 22 miles entre la France et la Grande-Bretagne afin d'améliorer les transports entre les deux pays". Dans les faits, le ministre anglais a été moins explicite, en affirmant seulement qu'il était "ridicule que deux des plus grandes économies soient seulement reliées par une voie de chemin de fer"! Le Président Macron aurait d'ailleurs répondu positivement et aurait déclaré qu'un accord pour la construction d'une seconde voie de communication devrait être conclu. Sa réponse a visiblement plu au ministre des Affaires étrangères britannique, qui a twetté plus tard dans la soirée : "En Marche ! Super rencontre avec nos homologues français aujourd'hui" ! Et d'ajouter sur le site de microblogging que le succès économique des deux pays dépendait de bons moyens de transports et de bonnes connections. "Le Tunnel sous la Manche serait-il seulement une première étape ?" Il n'en fallait pas plus pour emballer la presse britannique, qui imagine déjà un pont reliant les deux pays dans les prochaines années !
Enfin, dans un long éditorial, le Times revient sur le 35ème sommet franco-britannique et souligne comment les pouvoirs se sont inversés entre les deux pays, et ce, en un an à peine. "Il y a douze mois, Theresa May était présentée comme la nouvelle dame de fer, capable de parler avec Bruxelles, tandis qu'Emmanuel Macron n'était qu'un jeune candidat à la présidence française, encore peu connu". "Mais qui peut encore prédire la politique de nos jours", s'interroge le journaliste du Times : ainsi, le favori à la présidence française François Fillon s'est retrouvé empêtré dans une affaire de corruption, tandis qu'un mois plus tard, la Première ministre britannique organisait des élections anticipées qui lui firent perdre sa majorité : "La revanche de Waterloo". "le nouveau Napoléon, contre la vieille peau", plaisante l'éditorialiste ! Et si la Première ministre a déclaré : "je swee tre orreurs de vooz a-quee", se moque le journaliste, "elle n'avait en réalité pas eu l'air heureuse du tout"! "La Première ministre a rappelé la relation unique qui unit les deux pays et souligné que de nombreux Britanniques résidaient dans l'Hexagone", commente le journaliste. A commencer par les députés conservateurs Lord Lawson et Peter Lilley, qui possèdent tous deux une résidence secondaire en France et ont activement milité pour le Brexit, plaisante le journaliste.
Selon lui, si la Première ministre a dix ans d'expérience politique derrière elle face au jeune Macron, elle a cependant montré hier qu'elle n'était plus en position de force, notamment sur le Brexit. Interrogé sur le sujet, Macron a d'ailleurs répondu sans détours : "Il ne peut pas y avoir un accès différencié pour les marchés financiers alors qu'ils sont dans le marché unique. Vous voulez y participer ? 'Be my guest' ! Il existe deux options : un accès sur le modèle norvégien ou alors être Etat membre de l'UE, c'est un statut qui existe également" ! Pas sûr que la Première ministre ait beaucoup apprécié ce brin d'humour, alors que le sujet d'un second référendum est revenu dans le débat dans son pays...
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