Macro-économie / Taux / Macro-économie
Macro-économie / Taux
Macro-économie
Le départ de Schaüble est-il une menace pour le projet européen de Macron ?
Le célèbre ministre des finances allemand et fidèle soutien d'Angela Merkel, a annoncé hier sa démission du gouvernement, afin de pouvoir présenter sa candidature à la présidence du Bundestag. Cet ingénieur de formation et homme politique de 75 ans, a donc accepté de laisser sa place après 8 ans de mandat, ce qui devrait au passage faciliter la tâche de la chancelière, pour la composition de son nouveau gouvernement. Celle-ci aurait en effet promis ce portefeuille au parti libéral, arrivé quatrième aux élections, avec 10,6% des voix, et qui devrait entrer dans la nouvelle coalition au pouvoir.
Si le départ de Schäuble est une bonne nouvelle pour Merkel, il l'est un peu moins pour Emmanuel Macron, qui pouvait compter sur ce ministre pour soutenir son projet de renforcement de l'intégration européenne. Pendant la campagne du président français, le ministre allemand n'avait pas caché son soutien à Emmanuel Macron. Selon l'Opinion, Schäuble doit d'ailleurs rencontrer le président français lundi prochain, à l'occasion de son "installation" comme "membre associé étranger" à l'Académie des sciences morales et politiques à Paris. Pour certains cependant, le départ de ce ministre, chantre de l'orthodoxie budgétaire et du respect des critères de Maastricht, pourrait redonner un peu d'air dans l'interprétation des traités. Pour l'instant, la chancelière n'a pas commenté le discours du président français à la Sorbonne, tenu volontairement deux jours après le résultat des élections allemandes, où il a présenté 27 mesures concrètes pour faire avancer l'intégration européenne.
Certains membres du parti de la chancelière n'ont en revanche pas manifesté un grand enthousiasme : "Les projets de M.Macron conduisent à faire de la zone euro une union de transferts (financiers) illimitée et à dissoudre le pacte de stabilité," a ainsi affirmé le député conservateur de Bavière Hans Michelbach, membre de la commission des finances au Bundestag. Et d'accuser le président français de chercher des moyens de "faire porter la dette publique française par d'autres"! Sans surprise, le parti libéral, dont le programme est nettement moins pro-européen que celui des conservateurs a également critiqué les propositions d'Emmanuel Macron : "En Europe, le problème n'est pas le manque de fonds publics, mais le manque de réformes. Un budget de la zone euro induirait précisément les mauvais stimulants", a affirmé Alexander Graf Lambsdorff, vice-président du Parlement européen.
Pourtant, estiment Carsten Brzeski et Julien Manceaux, analystes chez ING, le président français n'a pas tellement insisté dans son discours sur les mesures les plus "touchy" vis-à-vis de l'Allemagne, comme le budget européen ou le ministre des finance européen, mais plutôt mis l'accent sur une Europe de la défense (avec la proposition d'une académie militaire secrète, une cour européenne de justice chargée particulièrement des questions terroristes) et sur les questions migratoires (renforcement du contrôle aux frontières, passeport biologique pour les migrants...), sachant que ces deux questions sont au coeur des priorités des conservateurs allemands.
D'ailleurs, selon les deux analystes, ce sont ces idées qui ont le plus de chances d'aboutir durant le nouveau mandat de Merkel : "une union de transfert, un fonds d'aide pour les période de récession ou même un petit budget européen, n'ont aucune chance d'être mis en oeuvre sous un gouvernement CDU/FDP/Verts", estiment ainsi les analystes. Et de rappeler que le FDP souhaite progressivement démanteler le fonds de solidarité existant MES, tandis que les Verts lui reprochent son manque de représentativité. "Il n'y aura pas de notre point de vue d'approfondissement de l'intégration européenne sous le nouveau gouvernement Merkel", concluent les analystes.
Un facteur extérieur devrait pourtant continuer de soutenir l'UE : l'accélération des coupes fiscales, souhaitée par les Verts et les Libéraux, qui soutiendra la croissance allemande et par extension celle de la zone euro, estime pour sa part George Buckley, chef économiste chez Nomura. La formation du futur gouvernement allemand pourrait en tous cas être longue, sachant que le SPD a annoncé qu'il ne souhaitait pas renouveler l'alliance avec le CDU, ce qui aurait permis à la chancelière d'avoir une majorité. Mais, estime George Buckley, les options sont limitées pour Angela Merkel, puisqu'elle a de son côté exclu de gouverner avec le parti d'extrême droite AfD. Il ne reste donc que les Verts et les Libéraux avec qui s'allier. Le temps nécessaire pour composer le gouvernement dépendra plutôt des négociations liées à la répartition des ministères.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

