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Rencontre Merkel-Macron : "de bons échanges, jusqu'à nouvel ordre..." 

La presse allemande salue la rencontre entre le nouveau Président français et la chancelière, estimant que la visite augure d'une nouvelle relation franco-allemande et d'un approfondissement du projet européen. Mais les journaux estiment que Merkel attendra aussi que Macron fasse ses preuves, en appliquant ses réformes en France.
Merkel Macron
Merkel Macron

Emmanuel Macron s’est donc rendu à Berlin hier, pour sa première journée en tant que chef d’Etat et sa première visite à l’étranger, tout comme François Hollande il y a cinq ans. Sauf que les journaux outre-Rhin sont nettement plus élogieux à son égard et célèbrent déjà le renforcement de l’amitié franco-allemande ce matin.

« La joie, belle étincelle du début », titre ainsi le Zeit, qui estime que les deux chefs d’Etat sont unis par un même but, « sauver l’Europe » même si le moyen d’y arriver doit encore être approfondi. Le courant est en tout cas clairement passé entre les deux personnalités hier à Berlin, estime le quotidien. « Après un Nicolas Sarkozy souvent présenté comme soumis à Angela Merkel et un François Hollande dont on avait le sentiment qu’il portait en permanence des lunettes ternies par la pluie, la Chancelière a dû pousser un ouf de soulagement avec l’arrivée de Macron », commente avec humour le journaliste. Qui ajoute que la première conférence de presse commune de Merkel et Macron à la chancellerie a donné le sentiment qu’ils se côtoyaient depuis leurs plus jeunes années, tant le contact était bon.

Mais Angela Merkel et Emmanuel Macron savent également que le salut de l’Europe dépendra d’eux et qu’une position unifiée entre la France et l’Allemagne sera la condition sine qua non pour que l’Europe franchisse une étape supplémentaire, au lieu de s’effondrer, continue le journaliste du Zeit. « Pour Angela Merkel, Emmanuel Macron pourrait être le candidat idéal, tout simplement parce qu’il a été si vague pendant sa campagne. Déterminé mais malléable », poursuit le quotidien non sans cynisme. Selon le journaliste, Macron possède une qualité d’écoute extraordinaire qui devrait aider la chancelière à se faire entendre. Le nouveau Président devrait ainsi permettre d’établir « une nouvelle relation franco-allemande pour remplacer l’hégémonie allemande ».

Le Spiegel est de son côté moins euphorique que le Zeit au sujet de la rencontre et estime que si les deux chefs d’Etat ont échangé « des mots gentils », et que la nouvelle relation franco-allemande a plutôt bien commencé, « la chancelière attendra de voir comment le Président français parviendra à mettre en place les réformes au sein du pays ». Le journal reconnaît cependant que la rencontre d’hier n’était pas une simple visite de politesse ou de routine, la chancelière ayant d’ailleurs affirmé que le moment était  « critique pour l’Europe » et que la France et l’Allemagne étaient conscientes de « leurs responsabilités en ce moment sensible pour l’UE ». Mais, poursuit Der Spiegel, Merkel a fait ce qu’elle a toujours fait, « ne pas se précipiter ». Elle a ainsi donné rendez-vous à Macron au prochain conseil économique franco-allemand, en juillet, afin de se mettre d’accord sur une feuille de route commune concernant les réformes les plus urgentes pour l’UE. Le journaliste explique par ailleurs qu’Emmanuel Macron a su contourner un sujet sensible côté allemand, pendant la conférence de presse qui a suivi sa rencontre avec Angela Merkel : celui des eurobonds. Interrogé sur le sujet, le Président français a déclaré qu’il n’était pas favorable à mettre en commun les dettes des Etats, ce qui conduirait à des politiques irresponsables, mais qu’il soutiendrait en revanche des programmes d’investissements européens communs.

WirtshatftsWoche consacre un article à Air France, symbole des problèmes de la France auxquels Emmanuel Macron sera rapidement confrontés. Le journal rappelle l’épisode des négociations sociales au sein de la compagnie aérienne, à l’été 2015, qui avaient tourné au fiasco avec la fuite d’un des DRH dont la chemise avait été arrachée par les syndicats. Emmanuel Macron, à l’époque ministre de l’Economie, avait qualifié les syndicats de ‘stupides’. « On ne peut s’empêcher de repenser à cet épisode ces jours-ci puisque les difficultés de la compagnie aérienne sont exactement le type de blocage que le nouveau Président veut tenter de résoudre », souligne le journaliste. La compagnie qui était autrefois un des succès de l’économie française, a progressivement perdu des parts de marché et s’est faite doublée par la mondialisation. Ce qui souligne l’urgence pour le nouveau Président de relever son pays, selon le quotidien économique.

Le Frankfurter Allgemeine Zeitung consacre de son côté un article aux relations entre le parti allemand social-démocrate, le SPD et le nouveau Président de la république français. Selon le journal de Francfort, le parti concurrent d’Angela Merkel, espère qu’Emmanuel Macron parviendra à former une coalition de gauche à l’Assemblée nationale lors des législatives de juin. Son leader Sigmar Gabriel, qui a appelé à soutenir Emmanuel Macron, sera effectivement le principal opposant à Angela Merkel lors des élections allemandes de septembre. Une coalition de gauche en France l'aiderait pour sa propre campagne, estime le quotidien. "L'appel du SPD à soutenir le programme de réformes de Macron est non seulement une expression de l'amitié franco-allemande et de l'esprit européen. Il est aussi une pique adressée à Angela Merkel en pleine campagne électorale", note ainsi le journaliste. 

Le site Tagesschau revient quant à lui sur la nomination du Premier ministre Edouard Philippe dans un article intitulé "le constructeur de ponts d'Emmanuel Macron". Le média souligne en effet que l'ancien maire du Havre est membre du parti républicain et pourra donc aider le nouveau Président à nouer des alliances avec le parti de droite. La journaliste souligne par ailleurs que le Premier ministre fraîchement nommé est, tout comme Emmanuel Macron, un bourreau de travail et que, tout comme Macron, il a essayé d'ouvrir les postes au sein de la mairie du Havre, à la société civile. Les journaux allemands se félicitent également de ce Premier ministre germanophone, qui a passé son bac à Bonn lorsque ses parents enseignaient là-bas.

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