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éditorial / Yves de Kerdrel

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La droite et la gauche prises en otage par la crise et la rigueur
par Yves de Kerdrel

La crise boursière, la crise financière, la crise des dettes souveraines et la crise de la gouvernance européenne ont rebattu les cartes de la rentrée politique qui sera marquée par une nécessaire rigueur budgétaire. Une rigueur aussi difficile à gérer par la droite qu'à refuser par la gauche.
14/08/2011 - 08:10 Temps Lecture 6 mn.
Après l'improbable semaine écoulée qui a vu les marchés "encaisser" la dégradation de la note attribuée aux Etats-Unis, les rumeurs les plus absurdes sur les banques françaises et un très mauvais chiffre de la croissance, les jours qui viennent ne seront pas plus calmes pour les dirigeants français. Nicolas Sarkozy, qui a déjà fait un aller-retour à Paris, depuis sa résidence du Cap Nègre, revient, mardi, accueillir Angela Merkel, pour un sommet franco-allemand destiné à faire le point sur les propositions communes afin d'améliorer la gouvernance européenne. L'annonce de ce sommet, par l'Elysée, a fortement déplu à la chancelière allemande, dans la mesure où il était convenu de longue date, alors qu'à Paris on a volontiers laissé croire qu'il était lié directement aux troubles financiers de ces derniers jours. Le gros problème surtout, c'est qu'il y a désormais, autour de cette rencontre du 16 août un phénomène d'attente qui s'est créé. Et le pire serait de décevoir tous ceux - notamment les investisseurs - qui anticipent des mesures concrètes. ANGELA MERKEL MALMENEE Côté français, rien n'a filtré sur le contenu de ces propositions communes, qui ont été notamment examinées par les experts de Bercy, mais aussi par Xavier Musca, le Secrétaire Général de la Présidence. Paris plaide fortement pour la mise en place d'euro-obligations ou "euro-bonds", et donc pour la création d'une sorte d'agence du trésor européen, voire s'il le faut d'un poste de ministre des finances pour la zone Euro. Angela Merkel ne serait pas totalement opposée, dans son for intérieur, à cette avancée fédéraliste. Le gros problème réside dans sa propre coalition gouvernementale. Le FPD ne veut pas entendre parler de cette mutualisation de la dette européenne. Et une bonne partie de la CDU également. Les plus proches des propositions françaises sont les verts et le SPD, c'est-à-dire les adversaires politiques d'Angela Merkel. Or tout cela arrive à un moment où la Chancelière bat des records d'impopularité auprès de ses propres concitoyens. 48 % des allemands estiment que leur dirigeante ne fait pas du bon travail dans sa manière de gérer l'euro. Seuls 25 % lui font confiance. DIX JOURS POUR REFAIRE LE BUDGET Le deuxième gros chantier qui monopolise le président de la République pendant ses vacances tient à la préparation du projet de loi de finances pour 2012. Un budget rendu beaucoup plus complexe à préparer depuis la publication, vendredi d'un chiffre de croissance nulle pour le deuxième trimestre. Dans ces conditions, ce ne sont pas 3 milliards d'euros de réductions de niches fiscales (dont 2 milliards sont déjà votées) qui sont nécessaires, ni même les 5 milliards sur lesquels travaillait Gilles Carrez, mais 6 milliards. Sans compter un effort sur les dépenses publiques. En principe toutes ces mesures doivent être examinées mercredi 24 août, lors d'une réunion qui se déroulera à l'Elysée et qui réunira les mêmes participants que ceux qui ont assisté à la réunion de crise de cette semaine. En fait, au cours des dix prochains jours, ce sont surtout Didier Banquy, le directeur de cabinet de François Baroin, Sébastien Proto, celui de Valérie Pécresse, Xavier Musca et Emmanuel Moulin pour l'Elysée, ainsi que Marie-Anne Barbat-Layani, pour Matignon qui vont étudier toutes les économies possibles, et surtout les différents scénarios pour établir un budget crédible, en fonction des différentes hypothèses de croissance pour 2012. Ce changement brutal d'environnement économique affecte le gouvernement et la majorité bien sûr, mais aussi les socialistes, à un mois du début des primaires. Pour l'heure seuls Manuel Valls et François Hollande semblent avoir pris la mesure de ce qui se passait et surtout de l'importance que l'ensemble des français attachent au triple A, et à la solidité du système financier français. En ce sens les propositions faites, la semaine passée, dans les Echos, sur une "règle d'or bis" par le député de Corrèze sont importantes, car elles lui permettent de se démarquer d'un programme socialiste d'ores et déjà archaïque sur le plan de son financement. Martine Aubry, en vacances au Canada, n'avait pas prévu d'intervenir avant une rencontre (programmée le 26 août) avec son équipe économique, que dirige Daniel Cohen, membre du conseil de surveillance du journal Le Monde, mais ses communicants l'ont convaincue à sortir de son silence. Ce qui explique l'interview parue dans Le Journal du Dimanche de ce matin, où l'ex-première secrétaire n'apporte aucune réponse crédible au problème de la réduction des déficits et de la dette publique. Naturellement l'actualité économique va continuer d'animer les prochains jours, même s'il s'agit, en principe de la semaine la plus creuse de l'année. A la Banque de France, on surveille de très près les grippages qui ont affecté ces derniers jours le marché interbancaire. Notamment dans le sillage des rumeurs absurdes qui ont circulé sur les banques françaises. Mais certains établissements français se sont tirés une balle dans le pied en allant déposer leur cash auprès de banques américaines plutôt que de le prêter à l'une des cinq banques françaises dites "systémiques". LAUVERGEON VERSUS AREVA Sur le marché, le recul de 20 % de l'indice CAC 40 enregistré au cours du mois écoulé, commence d'ores et déjà à faire revenir certains acheteurs. Des seuils ont été franchis à la hausse lors des dernières séances, sur certaines sociétés, et vont être déclarés dans les jours qui viennent auprès de l'Autorité des Marchés Financiers. Enfin, la chronique des indemnités de non-renouvellement de mandat réclamées par Anne Lauvergeon, se poursuit. Selon les informations de WanSquare, il existe une différence de près de 400.000 euros entre ce qu'elle réclame (près de 2 millions) et ce que l'Etat-actionnaire d'Areva est prêt à lui accorder. Jean-Cyril Spinetta avait, un moment mis sa démission dans la balance afin que sa protégée soit indemnisée largement. Mais devant l'obstination des représentants de l'Agence des Participations de l'Etat, elle aurait décidé d'entamer une procédure judiciaire.
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