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Yves de Kerdrel
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Comment la Droite vient au secours de Macron
par Yves de Kerdrel
Le Chef de l’État continue de voir sa popularité plonger, après avoir perdu 19 points en six mois, soit autant que François Hollande en 2012. Heureusement il peut compter sur l’excessivité de Laurent Wauquiez pour conserver un soutien chez les électeurs de droite.
Depuis quelques jours le Chef de l’État et l’ensemble du gouvernement donnent le sentiment d’être sur un faux-plat. Les ordonnances concernant la loi-travail ont été adoptées sans que la rue se déchaine. La loi sur le terrorisme est passée comme une lettre à la poste. Et la discussion budgétaire se passe de manière plutôt fluide grâce au talent de Gérald Darmanin, le ministre des comptes publics, qui se révèle à la fois bon technicien et orateur de talent. Malgré tout, le Chef de l’État conserve son étiquette de « Président des Riches » qui va lui coller comme un sparadrap jusqu’à la fin du quinquennat. Surtout, il peine toujours à inscrire ses prochaines réformes dans une perspective qui fait sens.
A cela s’ajoute, depuis, son intervention sur TF1, une nette tendance au repli sur l’Élysée et une allergie aux rencontres avec les français. D’où le sentiment d’une hyper-présidentialisation qui se renforce chaque jour. Il y a eu l’épisode malheureux de la désignation de Christophe Castaner pour être candidat à la Présidence de la République En Marche. Selon certains de ses proches, il n’y aurait plus grand monde pour exercer auprès de lui un devoir d’alerte. Certains ministres que nous avons rencontrés avouent s’autocensurer lors de leurs rencontres avec le Chef de l’État. De surcroit un bon nombre d’entre eux, notamment issus de la société civile, n’ont toujours pas eu d’entretien en tête-à-tête depuis leur nomination. Idem pour les parlementaires qui sont invités à le rencontrer par groupes thématiques mais dans le cadre d’entretiens préparés à l’avance et où il n’y a aucune place pour la spontanéité.
NOUVELLE BAISSE DANS LES SONDAGES
Toute cette façon jupitérienne d’exercer le pouvoir et de communiquer est de plus en plus mal perçue par les français qui reprochent à Emmanuel Macron de privilégier l’autoritarisme à l’autorité. Après sa grande intervention sur TF1 et LCI qui avait eu une très forte audience, 61 % de nos compatriotes avaient affirmé ne pas avoir été convaincus selon un sondage Harris Interactive pour RMC. Indépendamment du jugement global, 50% des Français ont déclaré avoir été convaincus lorsque le président a évoqué les sujets internationaux, 40% lorsqu'il était question de la politique économique et 35% de la politique sociale. Enfin, toujours dans ce sondage, 56% des Français estiment que le projet d'Emmanuel Macron est à la fois de gauche et de droite. 38% pensent que le projet du chef de l'État correspond à une politique de droite et 6% à une politique de gauche.
L’opinion publique reste très sceptique à l’égard de l’action du chef de l’état. Selon un sondage KantarSofres-Onepoint pour Le Figaro Magazine publié ce vendredi, depuis juin 2017, l'actuel locataire de l'Élysée a vu sa cote de confiance chuter de 57 % à 38 %. Soit une dégringolade de 19 %. Exactement similaire à celle enregistrée par François Hollande à l'automne 2012. La baisse de ce mois-ci vient principalement de la défiance des sympathisants de droite en raison de la transformation de l'ISF en impôt sur la fortune immobilière. Du coup, ces catégories n'ont plus confiance en Macron. Tout comme les sympathisants LR, qui ne voient plus en lui un Président de droite: - 10 points en un mois.
WAUQUIEZ CLIVE PLUS QU’IL NE RASSEMBLE
Il reste que l’approche de l’élection à la tête des Républicains de Laurent Wauquiez, qui sera sans doute élu au premier tour face à Florence Portelli et à Maël de Calan commence à ramener vers Emmanuel Macron un grand nombre de libéraux de droite qui ne supportent pas les déclarations excessives du Président de la Région Rhône-Alpes-Auvergne. De plus en plus d’électeurs de droite ne se reconnaissent pas dans cette personnalité qui clive pus qu’elle ne rassemble. De fait il semble devenu probable qu’après quinze ans d’expérience désastreuse d’un parti unique créé par Jérôme Monod et voulu par Jacques Chirac, un nouveau parti de droite libérale, européenne et ouverte sur la mondialisation se constitue avec des personnalités comme Xavier Bertrand et Valérie Pécresse. Même si pour l’heure, personne ne veut apparaître comme le responsable de la division.
A gauche les grandes manœuvres agitent de plus en plus les ténors de la Nouvelle gauche et anciens du Parti Socialiste qui défilent de manière presque quotidienne Rue de Rivoli. Celui qui aujourd’hui semble le plus déterminé à présenter sa candidature lors du prochain Congrès, c’est Stéphane Le Foll, homme d’appareil par excellence, qui a été directeur de cabinet de François Hollande, lorsque ce dernier régnait sur la Rue de Solferino. Mais les quadras ruent dans les brancards, notamment Olivier Faure qui dirige le groupe parlementaire ou Boris Vallaud, ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée et mari de Najat Belkacem. De ce point de vue l’intervention de Ségolène Royal, au Grand Jury RTL-Le Figaro de ce jour sera intéressante à suivre.
UN CENTRISTE A LA FED
Au chapitre économique de la semaine, le fait marquant a été la nomination de Jérôme Powell à la tête de la Réserve Fédérale, ainsi que nous le laissions envisager il y a une semaine. Considéré comme un centriste en matière monétaire, il succèdera donc en février prochain à Janet Yellen. Agé de 64 ans, ce juriste devenu banquier d'investissement - il fut associé du puissant gestionnaire de fonds Carlyle de 1997 à 2005 - a en effet occupé l'un des plus hauts postes du Trésor américain pendant la présidence de George Bush avant d'être nommé par Barack Obama en 2012 à l'un des sept postes de gouverneur de la Fed. Il n'a depuis jamais pris de position opposée à celle de la présidente de l'institution, qui défend une politique de relèvement très graduel des taux d'intérêt tant que l'économie continue de croître et l'inflation de remonter.
Ces dernières années, il a jugé à plusieurs reprises que la faiblesse persistante de l'inflation justifiait la poursuite d'une approche prudente en matière de hausse des taux. Il tranche de ce point de vue avec l'économiste John Taylor, qui fit un temps figure de favori pour remplacer Janet Yellen, à l'origine d'une règle censée fixer le niveau idéal des taux d'intérêt dont l'application accélérerait sans doute la remontée des taux. Jérôme Powell apparaît donc comme un choix moins risqué pour prendre en main la politique monétaire de la première banque centrale du monde. En juin, il avait ainsi déclaré que la Fed a été patiente dans le relèvement des taux d'intérêt et que ce relèvement a payé.
L’INCONNUE DE LA REGLEMENTATION FINANCIERE
En matière de réglementation financière, l'autre prérogative de la Fed, sur laquelle Donald Trump ne cache pas souhaiter un assouplissement du cadre mis en place après la crise de 2007-2009, Jérôme Powell est un choix logique pour le locataire de la Maison blanche. Lui-même partisan d'un allègement des contraintes de la loi Dodd-Frank de 2010 encadrant les activités des institutions financières, il a évoqué la possibilité de revoir la règle Volcker, qui interdit aux banques de réaliser des transactions pour leur compte propre. Il est ainsi allé plus loin que la plupart de ses collègues de la Fed et il peut compter, pour engager des réformes, sur Rand Quarles, le nouveau vice-président de la banque centrale en charge de la supervision, nommé par Trump et qui a pris ses fonctions le mois dernier. Jérôme Powell devrait donc obtenir, sans encombre, la confirmation du Sénat, indispensable à sa nomination définitive, grâce à son passé de juriste comme de financier, à sa connaissance des marchés, à son expérience au sein de la banque centrale et à ses liens avec le Parti républicain.
Toujours aux Etats-Unis, la fin de semaine a été marquée par la hausse historique de l’action Apple. Si bien que l’entreprise dirigée par Tim Cook est devenue la première à avoir franchi le seuil des 900 milliards de dollars de capitalisation boursière. A ce prix, la société vaut à elle seule le même prix que la moitié du Cac 40. Elle vaut autant que 31 de ses membres, si l’on exclut les 9 plus gros. Ce nouveau record a été franchi grâce à la publication de comptes trimestriels supérieurs aux attentes la veille. Alors que le marché l’attendait à 1,87 dollar, le bénéfice par action d’Apple a atteint 2,07 dollars. C’est presque 11% de plus, pour l’indicateur le plus suivi par les analystes de Wall Street. A 52,6 milliards de dollars, ses revenus ressortent également bien au-delà de ce qu’avait prévu le marché (50,7 milliards). Ces bons chiffres tombent à pic, alors que l’iPhone X a été mis en vente ce vendredi et dont le niveau de commande est très élevé. A noter que BofA Merrill Lynch a récemment calculé que les valeurs technologiques sont à l’origine de 75% de la hausse de Wall Street au mois d’octobre.
RENAULT VOIT L’ETAT S’ELOIGNER
En France deux sociétés ont été sur le devant de la scène. La première, c’est Renault. Car l'Agence des participations de l'État, que dirige Martin Vial (surnommé Parly 2, du fait de son alliance avec la ministre des armées) a annoncé jeudi soir la cession d’un bloc de 1,4 million de titres. La transaction, sous forme d'un placement institutionnel avec constitution accélérée du livre d'ordres, rapporte à l'État 1,21 milliard d'euros. Cette opération permet au Trésor d’engranger une plus-value de plus de 55 millions d'euros. L’État a opportunément profité de la remontée progressive de l'action Renault en septembre, puis d'un ultime rebond depuis le 25 octobre.
A l'issue de cette transaction, l'État reste le premier actionnaire de Renault, avec 15,01% des parts. Il avait acquis 4,73% supplémentaires pour s'assurer de ne pas voir ses droits de vote double - instaurés par la loi Florange de 2014 - retoqués en assemblée générale. Au-delà de ces considérations, l'État poursuit son programme de cession de 10 milliards d'euros d'actifs détenus dans des entreprises françaises, annoncé en juillet, afin de financer le fonds pour l'innovation voulu par le président Emmanuel Macron. Renault, dans le cadre de son programme de rachat d'actions, a acquis 10% des titres cédés jeudi pour les proposer ultérieurement à ses salariés et anciens salariés.
INQUIETUDES SUR LA GENERALE
L’autre entreprise qui a déchainé les passions boursières cette semaine, c’est la Société Générale après la publication de ses résultats du troisième trimestre qui ont été accueillis par une forte baisse du titre. Il faut dire que la banque a publié vendredi des résultats trimestriels inférieurs aux attentes, pénalisés par ses activités de marché et par une nouvelle provision pour litiges. Son résultat net, part du groupe, a plongé de 15,2% à 932 millions d'euros, un chiffre inférieur au consensus Reuters/Inquiry Financial de 1,0 milliard, sur un produit net bancaire en repli de 0,9% à 5,96 milliards (pour un consensus 6,04 milliards). Dans le même temps, elle a annoncé avoir passé une provision supplémentaire de 300 millions d'euros sur le trimestre pour faire face à plusieurs litiges en cours aux Etats-Unis.
Ces chiffres, publiés à l'approche de la présentation d'un plan stratégique prévu le 28 novembre, ont été sanctionnés par le marché. Le titre Société générale a, de fait, accusé la plus forte baisse du CAC-40 et sous-performé l'indice Stoxx des banques européennes. La banque dirigée par Frédéric Oudéa cumule le triple handicap de perdre des parts de marché dans la banque de financement et d'investissement de sous-performer en France et de faire face à des risques juridiques très importants. Alors que le montant total des provisions pour le litige américain, qui s'élève désormais à 2,2 milliards d'euros, soulève des inquiétudes sur l'évolution du dividende, la banque s'est voulue rassurante en estimant être capable de préserver un dividende de bon niveau.
La banque a précisé être en discussion avec les autorités américaines en vue du règlement de deux grands dossiers. Le premier concerne le volet pénal aux Etats-Unis d'un différend commercial avec la Libyan Investment Authority (LIA), qui a fait l'objet en mai dernier d'un règlement amiable se traduisant par le versement par la banque de 963 millions d'euros au fonds souverain. Le deuxième litige porte sur l'affaire du Libor où plusieurs banques, dont la Société générale, sont soupçonnées de manipulation des taux interbancaires. Dans ces deux dossiers, la SocGen espère que les discussions aboutiront dans les prochaines semaines ou les prochains mois. L'issue d'un troisième contentieux avec les Etats-Unis sur des soupçons de violation d'embargo paraît quant à elle plus lointaine.
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Éditorial / Yves de Kerdrel
Éditorial / La discussion budgétaire polluée par l’affaire de la taxe dividendes
29/10/2017 - 07:18

