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Macron tient bon sur l’ISF
par Yves de Kerdrel

Au cours de son intervention de dimanche dernier, le Chef de l'état a réaffirmé sa détermination à baisser les impôts des épargnants et à supprimer l’ISF. Un choix courageux qui a été entériné par l’Assemblée nationale vendredi mais qui reste très impopulaire.

22/10/2017 - 07:56 Temps Lecture 13 mn.

C’est la partie de l’interview donnée par le Chef de l’État dimanche dernier à TF1 et à LCI qui avait été le plus préparée par Emmanuel Macron et ses conseillers. Attaqué sur l’étiquette de « Président des Riches » le locataire de l’Élysée a d’abord fait acte de pédagogie en montrant que les hausses fiscales du quinquennat Hollande n’avaient rien rapporté. Même si, en tant que secrétaire général adjoint de la présidence de 2012 à 2015 il a largement œuvré et prêché pour un alignement de la fiscalité de l’épargne sur celle du travail. S’il s’est curieusement démarqué de la très libérale – mais incontestée - théorie du ruissellement qui veut que les cadeaux faits aux riches profitent à toute la société, il a préféré retenir l’image des « premiers de cordée », qui était astucieuse mais sans doute trop élitiste pour les 9 millions de français qui ont regardé cette interview/

C’est sans doute ce qui explique que plus de six Français sur dix (61%), disent ne pas avoir été convaincus, à l'issue de son interview télévisée dimanche soir sur TF1 et LCI, selon un sondage Harris Interactive pour RMC. Emmanuel Macron, dont la cote de popularité a chuté de 15 points en moyenne entre juin et octobre, n’a satisfait que 39 % des français. Ce qui, au bout de cinq mois demeure une proportion bien faible par rapport à celles enregistrées, en leur temps, par François Hollande ou Nicolas Sarkozy. Cela va même plus loin puisque 24% des sondés se disent pas du tout convaincus et 37% plutôt pas convaincus.

MACRON PARLE DE PLUS EN PLUS À LA DROITE

Indépendamment du jugement global, 50% des Français déclarent avoir été convaincus lorsque le président a évoqué les sujets internationaux, 40% lorsqu'il était question de la politique économique et 35% de la politique sociale. Enfin, toujours dans ce sondage, 56% des Français estiment que le projet d'Emmanuel Macron est à la fois de gauche et de droite. 38% pensent que le projet du chef de l'État correspond à une politique de droite et 6% à une politique de gauche. Cela prouve que les cartes sont largement brouillées puisqu’il y a encore un mois, 72 % de français jugeaient sa politique comme étant clairement de droite.

C’est d’ailleurs à nouveau vers la population de droite qu’il s’est adressé de nouveau en assumant et en renouvelant ses propos sur les fainéants ou sur ceux qui ne cherchent pas d’emploi. De la même manière, c’est toujours vers cette population qu’il s’est tourné en formulant, cette semaine son discours sécuritaire, avec l’affirmation claire et nette de la reconduite à la frontière de tous les clandestins. Un discours que n’aurait pas renié Nicolas Sarkozy et complété par des annonces de hausses d’effectifs en matière de police de proximité.

LES REVELATIONS DE LE MAIRE SUR L’ISF

Pour bien montrer que les mots doivent être suivis d’effet la discussion budgétaire qui a débuté au pas de course, a déjà conduit, dés cette semaine à l’abrogation de l’ISF, en dépit des critiques sur le nouvel impôt sur la fortune immobilière qui va frapper majoritairement des classes moyennes plutôt que des français fortunés. Très attaqué sur l’impact de cette mesure, Bruno Le Maire a fini par indiquer, à contrecœur, vendredi dernier, que les 1.000 premiers contributeurs paient 400 millions d’euros d’ISF et il a précisé que les 100 premiers contributeurs à l’ISF paient 126 millions d’euros. Il a ajouté que les 100 premiers patrimoines s’acquittaient de seulement 73 millions d’euros d’ISF, une partie d’entre eux jouant sur l’optimisation fiscale pour payer moins d’impôt.

Aux yeux de Bruno Le Maire, la différence entre les deux chiffres cités est une raison de plus de réformer l’ISF. Selon lui, cela montre que l’ISF est inefficace et injuste car le plus gros des patrimoines français ne paie pas l’ISF. Avec la réforme du gouvernement, les contributeurs à l’ISF n’auront plus à s’acquitter de ces sommes, à l’exception de la partie immobilière. Cette précision de Bruno Le Maire visait à répondre à la demande de l’ex-rapporteur générale du budget, Valérie Rabault (PS), un peu plus tôt, et d’une centaine de parlementaires de gauche, qui ont signé un appel, lancé par Libération, au gouvernement pour qu’il publie l’impact de ses mesures sur les 100 Français les plus riches. Il reste que Bruno Le Maire a seulement communiqué les chiffres pour ce qui concerne l’ISF. Mais les plus gros patrimoines français vont également bénéficier de la « flat tax » de 30 % sur les revenus du capital.

PROBLEME CROISSANT AVEC LES TERRITOIRES

Autant dire que, même votée, cette mesure n’a pas fini de faire parler d’elle. Les sénateurs vont sans doute ne surtout rien modifier à cette suppression de l’ISF pour que le débat en deuxième lecture fasse ressurgir les débats internes à la gauche qui appellent à leur rescousse Thomas Piketty, le journal Le Monde, très en pointe sur ce sujet de même que Libération. Il reste maintenant à préciser les contours du nouvel impôt sur la Fortune immobilière et le sort qui sera réservé aux murs d’usine, aux murs de boutiques et au patrimoine historique en milieu rural. Car le bon sens et les lobbys militent activement afin qu’ils ne figurent pas dans l’assiette de ce nouvel impôt.

A droite, la situation reste toujours difficile, surtout après le discours sécuritaire du Chef de l’État. C’est la raison pour laquelle les vrais tenants de l’opposition restent, pour l’heure, les responsables des territoires (régions ou départements) qui mènent une guerre de tranchée face aux privations financières du nouveau gouvernement. Dans ce combat, dont Laurent Wauquiez est curieusement absent, ce sont Valérie Pécresse, Xavier Bertrand et François Baroin qui gagnent leurs galons de premiers opposants de France. Et ce combat risque de durer, selon les informations recueillies par WanSquare auprès des intéressés.

WALL STREET DOPEE PAR TRUMP

Au chapitre économique, la plupart des investisseurs avaient les yeux tournés vers l’autre coté de l’Atlantique, cette semaine, en raison du trentième anniversaire du krach de 1987 et des nouveaux records franchis par Wall Street. La Bourse américaine a de nouveau ouvert en hausse vendredi, avec de nouveaux records pour le S&P-500 et le Dow Jones, le vote du Sénat américain sur le budget ayant ravivé les espoirs d'adoption de la réforme fiscale de Donald Trump, une perspective bien accueillie par les investisseurs alors que la publication des résultats se poursuit. Le Dow a atteint un plus haut historique à 23.244,65 et le S&P 500 a fait de même à 2.570,60.

Le Sénat a adopté à une voix près une résolution budgétaire qui va accélérer l'examen parlementaire de la réforme de la fiscalité voulue par Donald Trump et pourrait permettre sa promulgation d'ici la fin de l'année. Cette perspective, principal argument du thème de la "Trumpflation" qui a porté les marchés pendant une bonne partie de l'année écoulée, profite entre autres au dollar: l'indice qui mesure sa performance face à un panier de devises de référence gagne 0,43%. Le rendement des Treasuries à 10 ans, lui, a franchi le seuil de 2,37% et le deux ans évolue au plus haut depuis près de neuf ans. De fait, sur le marché actions, le secteur financier n’arrête pas de progresser soutenu entre autres par JPMorgan, qui a atteint un record.

DIX JOURS AVANT LA NOMINATION DU PATRON DE LA FED

Par ailleurs, Donald Trump a déclaré dans une interview diffusée vendredi par Fox Business qu'il envisageait de confier des fonctions élevées au sein de la Fed à l'actuel gouverneur de la Réserve fédérale Jerome Powell et à l'économiste John Taylor, professeur à l'université de Stanford. Mais le président américain n'a pas fermé la porte à une éventuelle reconduction de Janet Yellen, l'actuelle présidente de la Fed dont le mandat arrive à échéance en février prochain. Donald Trump, qui l'a reçue jeudi dans le cadre de ses consultations, a confié qu'il l'appréciait beaucoup et qu'il étudiait ces trois possibilités. Interrogé sur la possibilité de nommer Powell et Taylor l'un à la présidence de la Fed, et l'autre à la vice-présidence, il a cependant répondu que c’était dans sa réflexion.

A la Maison blanche, la porte-parole de la présidence, Sarah Sanders, a déclaré que Trump travaillait bien sur un scénario qui verrait Jerome Powell et John Taylor occuper les deux principales fonctions de la Fed mais que d'autres options étaient sur la table. C'est une chose qui est à l'examen mais il n'a pas exclu un certain nombre d'options. Il fera bientôt une annonce, dans les prochains jours, a-t-elle ajouté. Le président américain a établi une liste de cinq personnes pressenties, qu'il a reçues à tour de rôle à la Maison blanche. Outre Janet Yellen, Powell et Taylor y figurent aussi le conseiller économique de la Maison Blanche Gary Cohn et l'ancien gouverneur de la Fed Kevin Marsh. Les annonces devraient intervenir avant son départ pour une tournée en Asie, le 3 novembre.

CONSENSUS OPTIMISTE POUR LA FRANCE

S’agissant de la France, les perspectives économiques s’éclaircissent progressivement. La croissance de l'économie française devrait accélérer à 1,7% cette année et l'an prochain, après 1,1% en 2016, puis s'effriter à 1,6% en 2019, estiment les économistes interrogés par Reuters. Les prévisions médianes de l'enquête trimestrielle sur l'économie française publiée mercredi sont en hausse de 0,2 point par rapport au précédent sondage publié en juillet. Elle se situe pour 2017 légèrement en deçà de la dernière prévision de l'Insee (1,8%). Quant à 2018, le gouvernement a également retenu cette même anticipation de croissance de 1,7% pour la construction de son budget. S'agissant du déficit public, qui s'élevait à 3,4% du PIB fin 2016, les économistes le voient revenir à 3,0% de la richesse nationale en 2017, puis 2,8% en 2018. Pour 2019, année marquée par la transformation du CICE (Crédit d'impôt compétitivité emploi), qui impactera les finances publiques de près d'un point entier de PIB, le déficit public remonterait à 3,0%, une prévision partagée par les économistes et le gouvernement.

Du côté du business, quelques jours après le décès de Madame Francis Bouygues, on a appris que le concert constitué des frères Olivier et Martin Bouygues a renforcé sa participation au capital du groupe Bouygues fondé par leur père dont ils sont désormais le premier actionnaire au capital. Selon un avis de l’AMF, la hausse de la participation des frères Bouygues dans le groupe de BTP, de télécoms et de médias résulte de l'acquisition de titres hors marché. Le concert contrôle désormais 20,91% du capital devant les salariés du groupe dont la participation représente 20,01%. La holding familiale, qui était déjà devenue le premier actionnaire en droits de vote en 2016, a par ailleurs porté cette part à 29,59%. Le concert semble envisager de poursuivre l'achat d'actions Bouygues mais n'a pas l'intention de prendre le contrôle du propriétaire de l'opérateur Bouygues Telecom et du groupe de télévision TF1, est-il précisé dans l'avis de l'AMF.

SPITZ FAIT CARTON PLEIN

De son côté, Jean-Paul Agon, PDG de L'Oréal , a déclaré vendredi ne pas voir de changements dans l'actionnariat du géant mondial des cosmétiques dans les mois à venir, réagissant ainsi aux interrogations à ce sujet depuis la mort, fin septembre, de Liliane Bettencourt, fille du fondateur du groupe. La famille Bettencourt-Meyers est le principal actionnaire de L'Oréal avec 33% du capital, devant le groupe Nestlé qui en détient 23%. Les deux parties sont liées par un pacte d'actionnaires qui leur interdit d'accroître leur part dans L'Oréal jusqu'à six mois après le décès de Liliane Bettencourt. Prié de dire s'il y avait des discussions avec Nestlé, Jean-Paul Agon n'a toutefois pas voulu répondre.

Enfin vendredi prochain, la Fédération Française de l'Assurance, que préside Bernard Spitz, organise sa 9ème conférence internationale sur le thème "L'assurance dans un monde en disruption". Les principales autorités françaises, européennes et internationales en matière d'assurance, des dirigeants de grands groupes ainsi que des spécialistes reconnus seront réunis pour une journée de débats. L’introduction sera faite par François Villeroy de Galhau. Et l’on annonce la venue de Matheo Renzi, de même que l’espagnole Ana Palacio et Angel Gurria, le secrétaire général de l’OCDE.

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