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Hollande a démonétisé sa parole au moment où il en a le plus besoin
par Yves de Kerdrel

En annonçant le 14 juillet dernier que la reprise était bien là, après avoir déjà parlé en mai d’un retournement, le Chef de l’État s’est trouvé désavoué par les derniers chiffres concernant la croissance française. Non seulement sa parole est démonétisée. Mais lui et Manuel Valls ne disposent d’aucune marge de manœuvre pour cette rentrée budgétaire qui se présente comme la quadrature du cercle.

17/08/2014 - 00:00 Temps Lecture 9 mn.

Au milieu d'une journée du 15 août dédiée au 70e anniversaire du débarquement allié en Provence, François Hollande et Manuel Valls se sont réunis pour un déjeuner de travail au fort de Brégançon. Les ministres présents aux commémorations varoises n'ont pas été conviés, mais des collaborateurs du président et du premier ministre devaient les rejoindre pour le café. C’était le cas de Sylvie Hubac, la directrice de cabinet du chef de l'État, et de Gilles Gateau, le directeur adjoint du cabinet et conseiller social du Premier Ministre.

Cette rencontre, au lendemain de la publication des chiffres terribles concernant l’absence de croissance en France, visait à démontrer que les relations Hollande-Valls sont toujours au beau fixe. Ensemble, ils se sont donc penchés sur les textes qui doivent traduire leurs trois priorités de la rentrée: l'investissement, l'emploi et le pouvoir d'achat. Des assises sur le financement de l'investissement ont été programmées cet automne dans le cadre de la conférence sociale. À l'Élysée, on annonce de nouvelles mesures pour le logement spécifiquement destinées à relancer la construction. En ce qui concerne l'emploi, l'accent sera mis sur l'apprentissage, dont le budget avait été fortement réduit dans la loi de finances 2014. L'exécutif étudie aussi les moyens de restaurer deux dispositifs censurés la semaine dernière par le Conseil constitutionnel: les allégements de cotisations salariales du pacte de responsabilité et les allégements fiscaux sur les emplois à domicile.

LES FRONDEURS PREPARENT LA RENTREE

Le président et le chef du gouvernement ont également commencé à arrêter un calendrier des réformes et à élaborer une stratégie de communication qui leur évite de se retrouver en concurrence sur le terrain médiatique. Mais selon les informations de WanSquare, c'est Michel Sapin qui pourrait s'exprimer dès le 19 août, veille du Conseil des ministres de rentrée où certaines des mesures actuellement en préparation seront présentées. Il devrait préciser quelles seraient les baisses d’impôts promises pour 2015 et dont personne ne sait encore comment elles pourront être financées.

D'autres projets seront dévoilés plus tard, notamment ceux qui seront inscrits dans le budget 2015. Le 30 août, un sommet européen se réunit pour entériner la nouvelle Commission et pour évoquer un éventuel plan de relance de l'investissement au niveau des 28. François Hollande a bien besoin de l’aide de Bruxelles pour répondre à la gauche de la gauche qui demande la suspension immédiate du pacte de responsabilité et la mise en place d’une vraie réforme de l'impôt. Selon les frondeurs, c'est toute la stratégie économique et sociale du gouvernement qu'il faut aujourd'hui redéfinir en s'appuyant sur trois piliers : une stratégie de relance de la croissance au service de l'emploi, la refonte de l'architecture de notre fiscalité et des prélèvements sociaux ainsi qu'une politique industrielle volontariste. La gauche du PS attend une réponse rapide de Manuel Valls. Elle est de toute façon déterminée à remettre la question sur la table à l'Université d'été du PS » à la Rochelle. Interrogés par l’Ifop pour Le Journal du Dimanche, les Français n’ont absolument pas confiance dans la capacité du gouvernement à retourner la situation économique. Seuls 18% d’entre eux estiment que l’exécutif peut réduire les déficits publics, 16% améliorer la croissance économique et seulement 15% inverser la courbe des chiffres du chômage. A noter que seulement 42% des électeurs socialistes y croient encore. Voilà qui place le gouvernement dans une situation très compliquée alors que tous les clignotants économiques sont au rouge.

L’INCROYABLE PANNE TRICOLORE

A droite, les mauvais chiffres concernant la croissance et le déficit ainsi que les hésitations diplomatiques sur une éventuelle intervention afin de venir au secours des Chrétiens d’Irak a ressoudé les différents courants de l’UMP. Si plus personne n’a de doute sur le retour de Nicolas Sarkozy, qui sera probablement annoncé vers le 6 ou 7 septembre, les différents ténors de la droite essaient maintenant de rouler dans sa roue. Sauf François Fillon qui menace toujours de quitter le parti. Il reste que cette fois-ci le scrutin du 29 novembre sera incontestable. Et l’ancien Premier Ministre, s’il agissait ainsi, pourrait apparaître comme le seul facteur de division à droite.

Concernant l’économie française, les chiffres publiés cette semaine sont, en tous points, pires que ceux qui avaient été anticipés. Au deuxième trimestre l’économie française a, encore une fois, marqué le pas, enregistrant une croissance nulle de 0 %. Un deuxième trimestre consécutif de stagnation, qui compromet définitivement l’objectif de 1 % de croissance en 2014 inscrit en loi de finances. Tout comme s’éloigne l’objectif de ramener le déficit public à 3,8 % du produit intérieur brut à la fin de l’année, conformément aux engagements affichés dans le programme de stabilité transmis à la Commission européenne. Les hypothèses sur lesquelles avait été établie la loi de finances pour 2014 seront révisées à l’occasion du prochain projet de loi de finances présenté à l’automne.

LA ZONE EURO DANS LE ROUGE

Le ministre des finances et des comptes publics assume ce mauvais résultat et en a tiré les conséquences dans le journal Le Monde. « Avec une croissance zéro au deuxième trimestre, notre pays est au ralenti et n’atteindra donc pas le 1 % de croissance du produit intérieur brut, reconnaît-il. Cette année, la croissance du PIB devrait être de l’ordre de 0,5 %, et rien ne nous permet à l’heure actuelle de prévoir, pour 2015, une croissance très supérieure à 1 %. » Deuxième conséquence : le déficit public, quant à lui, sera, selon le ministre, « supérieur à 4 % du PIB en 2014 », alors que la loi de finances prévoyait de le ramener à 3,8 %. Tout autant que les prévisions pour 2014, ce sont celles pour 2015 qui sont remises en question et, par conséquent, le « sacro-saint » 3 % de déficit.

Contrairement aux prévisions, le produit intérieur brut de la zone euro a, pour sa part, stagné au deuxième trimestre. Après une progression de 0,2 % au premier trimestre, les analystes tablaient sur une croissance identique au deuxième, et non sur une croissance zéro. Au niveau de l'Union européenne, en revanche, le PIB croît de 0,2 % pour la même période, selon Eurostat. Ce chiffre n'est cependant pas une surprise après la publication des PIB allemand et français et celui de l'Italie, retombée en récession la semaine dernière. L'Allemagne a en effet vu son activité se contracter de 0,2 % sur la période, un recul plus fort que prévu même si ce passage à vide ne devrait être que temporaire.

INCERTITUDES SUR LE CLUB MED

Du coté des affaires, c’est le calme plat en cette période. Le conglomérat chinois Fosun et la société française d'investissement Ardian ont annoncé, dans un communiqué publié jeudi 14 août, qu'ils retiraient leur offre publique d'achat conjointe sur le Club Méditerranée, après que l'Autorité des marchés financiers a déclaré conforme, mercredi 13 août, l'offre concurrente de l'homme d'affaires italien Andrea Bonomi. Mais la bataille n’est peut-être pas terminée. Car si Ardian (ex Axa Private Equity) semble échaudé par cette opération ratée qui dure depuis quinze mois, le chinois Fosun n'a peut-être pas dit son dernier mot. Il dit en effet continuer à réfléchir à ses options. Seul ou en partenariat, Fosun devra déposer, le cas échéant, sa nouvelle offre dans un délai de cinq jours de bourse avant la clôture de l'offre d'Andrea Bonomi.

Comme nous le laissions envisager la semaine dernière, Vincent Bolloré a très bien su utiliser ses connexions italiennes pour provoquer de possibles surenchères autour de GVT, l'opérateur brésilien de téléphonie fixe détenu par Vivendi. Après avoir reçu, le 4 août, une offre engageante de l'espagnol Telefonica, qui lui propose 6,7 milliards d'euros pour reprendre l'entreprise spécialisée dans l'Internet à haut débit, le conglomérat français négocie actuellement avec Telecom Italia, qui pourrait rapidement présenter une contre-offre. Une rencontre entre Vincent Bolloré, le nouveau président du conseil de surveillance de Vivendi, et Marco Patuano, le PDG de l'opérateur italien, se serait tenue mercredi 13 août à Paris.

Certains s'étonnent que Vincent Bolloré mène lui-même ces négociations, compte tenu de ses intérêts en Italie. L'homme d'affaires français est le deuxième actionnaire de Mediobanca, dont il détient 7 % du capital. Et la banque transalpine a été mandatée par Telecom Italia pour l'aider à monter son dossier de reprise de GVT, au côté de l'américain Citigroup et du brésilien Banco Bradesco. Au siège du groupe, on assure que Vincent Bolloré est en contact étroit avec tous les membres du conseil de surveillance de Vivendi, depuis son yacht, en attendant la réunion prévue le 26 août pour faire un point sur l’avancement des offres.

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