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Johnson & Johnson qui rit, Sanofi qui pleure
C'est un peu ici Jean qui rit et Jean qui pleure. Jean qui rit, c'est l'américain Johnson and Johnson qui vient de s'entendre avec la direction et les actionnaires du laboratoire suisse Actelion, la plus grosse société bio-pharmaceutique européenne pour débourser la somme de 30 milliards de dollars. Jean qui pleure, c'est Sanofi qui fin décembre semblait pourtant bien placé pour emporter le morceau en ayant fait, lui aussi une offre à 30 milliards de dollars mais qui se fait donc coiffer sur le poteau.
Soit une très mauvaise nouvelle pour le groupe français, désespérément à la recherche d'une opération de croissance externe structurante depuis l'arrivée de son nouveau patron, Olivier Brandicourt, il y a deux ans. Après l'échec de l'acquisition de Medivation au printemps dernier, Sanofi espérait bien mettre la main sur Actelion qui avait, le 13 décembre, rompu les négociations avec Johnson and Johnson. Le fondateur de ce laboratoire mondialement reconnu pour la qualité de sa recherche, Jean-Paul Clozel est Français, tout comme le président de l'entreprise (Jean-Pierre Garnier). Détail qui pouvait assurément donner un avantage à l'entreprise d'Olivier Brandicourt. D'autant que cette dernière était prête à mettre le paquet pour convaincre dirigeants et actionnaires de la cible.
Que s'est-il donc passé ? L'américain bien conscient de la volonté de Clozel de conserver une recherche indépendante a concédé un montage sur-mesure lui permettant de rester maître à bord et de conserver tous ses collaborateurs. L'opération prévoit en effet de scinder les activités de recherche et développement d'Actelion pour les placer dans une nouvelle entité qui sera nommée R&D NewCo et cotée à la Bourse suisse. Cette nouvelle entité, qui sera dirigée par Jean-Paul Clozel, englobera également les activités liées aux médicaments encore au début de la recherche clinique. Johnson and Johnson détiendra initialement 16% des parts de cette nouvelle entité et disposera d'une option pour grimper dans son capital et en acquérir 16% supplémentaires. Autre avantage qui a sûrement pesé dans la balance : l'opération est on ne peut plus simple, rapide et envisage un paiement en cash, l'OPA devant débuter mi février.
Sanofi va donc maintenant devoir aller chercher une nouvelle pépite. Et de l'avis d'experts du secteur, cela ne devrait pas être une mince affaire. D'abord parce qu'en Europe il n'existe pas de cible suffisamment grosse (le Français vise un groupe d'une taille comprise entre 5 et 10 milliards d'euros). Il va donc devoir résolument regarder de l'autre côté de l'Atlantique et vu l'évolution du dollar ces derniers mois, cette quête risque de lui coûter très cher, au bas mot 30% plus cher qu'il y a deux ans. Avec dorénavant une course contre la montre, toutes les annonces faites par le nouveau président Trump contribuant à renforcer la vigueur de la devise américaine. Evolution qui fait donc dire à ces experts qu'actuellement, le Français ne peut plus rien payer à bon prix. Sauf à aller chasser sur d'autres terres que celles de la pharmacie.
Cette mauvaise nouvelle industrielle et stratégique n'est pourtant pas vécue comme telle par les marchés financiers, l'action Sanofi reprenant du poil de la bête ce jeudi avec une hausse de près de 2%. Les analystes et investisseurs estiment que le groupe pharmaceutique n'aura donc pas à débourser la somme record de 30 milliards de dollars pour emporter Actelion. Ils trouvaient effectivement la note un peu salée pour des synergies lointaines. Dont acte. Du coup, la firme pharmaceutique retrouve sa deuxième place au palmarès des plus fortes capitalisations françaises, LVMH lui ayant soufflé cette médaille d'argent hier. Mais ce jour Sanofi regagne du terrain alors que l'entreprise de luxe s'essouffle à quelques heures de la publication de ses résultats annuels.
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