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Croissance française : arrêtons d'accuser le voisin !

Le ministre du Redressement Productif a blâmé l'Allemagne pour son dumping social sur l'agroalimentaire, qui nuirait à la croissance du reste de l'Europe. Mais les responsabilités sont ailleurs.
Alors que le Haut Conseil des Finances publiques s'apprête à rendre son avis sur les prévisions macroéconomiques du programme de retour à l'équilibre français, le gouvernement continue de se trouver des excuses pour ne pas appliquer l'austérité. Le ministre du Redressement Productif, Arnaud Montebourg, qui avait déjà déclaré la semaine dernière que celle-ci menait à la débâcle, a trouvé aujourd'hui un nouveau bouc émissaire pour justifier la stagnation de la croissance française : l'Allemagne, qui selon lui pratique "le dumping social sur l'agroalimentaire" ! Et d'ajouter qu'il fallait que l'Allemagne prenne des initiatives de croissance, notamment en augmentant ses salaires. Il est tout de même un peu facile d'accuser notre voisine des maux européens, plutôt que de prendre les mesures de politique économique nécessaires au rétablissement de notre trajectoire budgétaire et de notre croissance. Et d'analyser quels en sont les principaux freins. Le rapport du Centre d'Observation Economique Coe-Rexecode paru vendredi était pourtant sans ambage : le décalage du redémarrage français par rapport au reste de la zone euro s'explique en grande partie par le choc fiscal imposé aux acteurs de l'économie française depuis l'arrivée du nouveau gouvernement. Et ce matraquage fiscal devrait continuer à peser sur la croissance l'année prochaine selon les économistes: ainsi, l'institut prévoit une baisse de 0,2% du PIB en 2013, en raison d'un recul des dépenses de consommation de 0,5% et un recul des dépenses d'investissement des entreprises de 3,7%. Hier, le ministre de l'Economie Pierre Moscovici assurait sur BFMTV que la France ramènerait son déficit "nettement sous les 3%" l'an prochain, mais sans pour autant mener de politique d'austérité ! "Le rythme de la consolidation budgétaire doit être compatible avec la préservation de la croissance en France, c'est ce qu'on appelle laisser jouer les stabilisateurs automatiques quand la croissance est faible en Europe", a argumenté Pierre Moscovici. Mais l'équation apparaît bien difficile à résoudre dans les conditions actuelles : comment refuser l'austérité et la baisse des dépenses publiques comme l'ont fait la plupart de nos voisins, et promettre dans le même temps le rétablissement du déficit budgétaire exigé par la Commission ? Les experts de Bruxelles ne seront pas dupes : s'ils acceptent de donner un an de plus au gouvernement pour rétablir son déficit, ils comptent bien vérifier que l'Etat fera suffisamment d'efforts sur les dépenses. Selon les promesses du gouvernement, le redressement devait porter aux deux tiers sur des économies à partir de 2014. Mais d'ici là, les prélèvements obligatoires continueront d'augmenter : la hausse pourrait atteindre 0,2 point de PIB soit l'équivalent de 4 milliards d'euros. Sachant que, selon des informations des Echos, le niveau de prélèvements obligatoires atteindra 46,3% cette année soit un nouveau record depuis 1999. De quoi plomber davantage la propension à consommer et investir des ménages et entreprises. La croissance de l'Hexagone en souffrira sans doute davantage que de la concurrence salariale de sa voisine allemande !
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