Bonus : Osborne a-t-il bien choisi son timing ?
L'annonce du recours en justice contre le plafonnement des bonus a eu lieu alors même que le parti de l'opposition, le Labour, a annoncé un projet politique qui n'est pas à forcément l'avantage des affaires.
Il fallait oser. En contestant le plafonnement des bonus devant la Cour européenne de justice, le chancelier de l'Echiquier, George Osborne a créé la surprise. Car même si la City a toujours fulminé contre la règle de limitation des variables à une fois le salaire fixe, peu s'attendaient à ce que le gouvernement prenne le risque de s'attirer les foudres des Européens -qui ont porté cette loi- mais aussi des citoyens -auxquels il a été demandé des sacrifices pendant la crise. L'opposition s'est d'ailleurs immédiatement engouffrée dans la brèche. Pourquoi George Osborne a-t-il décidé de sortir du bois maintenant ?
Il y a d'abord les raisons officielles. Le Trésor anglais explique par exemple que "ces nouvelles règles de l'UE sur les bonus, passées hâtivement sans évaluation de leur impact, vont saper tout cela en poussant les salaires fixes des banquiers à la hausse, ce qui rendra les banques plus dangereuses au lieu de les rendre plus sûres". Mais aussi que l'encadrement des bonus va au-delà de ce que permet le traité européen.
Cette contestation britannique n'était un secret pour personne. Mais ce qui étonne est que le chancelier ait pris la décision d'aller devant la justice et donc de monter à tous sa détermination. Les explications fleurissent. Parmi ces dernières, les récentes victoires des anglais dans des dossiers européens, qui leur tiennent à coeur et qui semblent leur avoir donné des ailes.
En effet, ce mois-ci, les conclusions préliminaires d'un avocat général de la CEJ ont donné raison aux anglais dans leur combat contre l'Esma (Autorité européenne des marchés financiers) sur les ventes à découverts. Le juriste conteste les pouvoirs exceptionnels qui ont été conférés au régulateur dans ce cadre. Autres succès : un rapport du Conseil européen non contraignant a invalidé le projet de taxe sur les transactions financières et Michel Barnier, commissaire européen au Marché Intérieur, a renoncé à donner à l'Esma le pouvoir de superviser le Libor, ce qui se serait fait au détriment de Londres.
Mais la confiance du chancelier retrouvée ne va-t-elle pas lui jouer des tours ? Rappelons le contexte : le congrès des travaillistes s'est tenu entre dimanche et mercredi à Brighton. Sous la houlette de son chef, Ed Miliband, et à près de 20 mois des élections législatives, le Labour a notamment proposé de taxer davantage les banques et les grandes fortunes pour financer des projets tels que le plan d'emploi pour les chômeurs de longe durée. C'est ainsi qu'un éditorialiste de la BBC, Robert Peston, commente : "un nombre assez important de dirigeants de grandes entreprises, sympathisants du Labour inclus, m'ont dit qu'ils s'étaient sentis profondément mal à l'aise (...) car il (Miliband) les a désignés comme l'ennemi". Ca nous rappelle quelqu'un...
Sans grande surprise, les conservateurs ont immédiatement surfé sur le sentiment ambiant pour répliquer. Mais "l'efficacité de l'attaque des Tories envers le Labour en tant qu'ennemi de la création de richesse peut être limitée s'ils sont vus comme trop proches d'un visage du capitalisme qui est perçu par beaucoup comme inacceptable". Le chancelier fantôme, Ed Ball a également rappelé que pendant que les travaillistes oeuvraient pour le pouvoir d'achat, David Cameron envoyait son chancelier à Bruxelles pour défendre les banques. Et bien que le Labour soit à la baisse dans les sondages, le contexte dans lequel s'est déroulé son congrès lui est plutôt favorable: entre l'amende de près de 74 millions d'euros dont a écopé Icap dans l'affaire du Libor et l'annonce du recours anglais devant la CEJ. "Pour Ed Miliband, le timing ne pouvait pas être meilleur", écrit Larry Elliott sur le blog du Guardian.
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