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Régulation / Concurrence / Régulation / Gouvernance - rémunérations / Banque-assurance

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Rémunérations : le gouverneur de la BoE propose une révolution

Dans un discours, Mark Carney a émis l’idée de transformer une partie des salaires fixes en rémunérations liée au risque, ce qui pourrait prendre la forme de «performance bonds ». Une idée qui a ses limites.
Banque d'Angleterre (BoE) - Londres
Banque d'Angleterre (BoE) - Londres

C’est une proposition assez inattendue de la part d’un dirigeant britannique. Le gouverneur de la Banque d’Angleterre, le Canadien Mark Carney, a émis l’idée dans un discours prononcé aujourd’hui à Singapour de transformer une partie des salaires fixes des banquiers en rémunérations liées au risque. Il s’agirait ainsi de réduire les tentations de comportements imprudents et pousser l’industrie à ne plus avoir de vision court-termiste. Une annonce qui suit de quelques jours la sanction de 3,26 milliards d'euros infligée à six banques internationales pour manipulation de marché, la énième du genre. « La nature récurrente de ces amendes montre que les pénalités financières seules ne suffisent pas à régler les problèmes soulevés. Un changement fondamental est nécessaire pour la culture institutionnelle, pour les régimes de compensation et pour les marchés », a expliqué le gouverneur.

La City -où la culture du bonus est pourtant très ancrée- se retrouverait ainsi à devoir répondre à des règles supplémentaires. En juillet, les autorités ont déjà annoncé que les banquiers qui ne respecteraient pas les règles de bonne conduite pourront être forcés de restituer leurs bonus jusqu’à sept ans après leur attribution. Les varialbes sont actuellement versés sur une période de trois à cinq ans et peuvent déjà être confisqués durant ce laps de temps. Et pour ne pas arranger les affaires des banquiers, ce dimanche un groupe d’anciens membres de la Commission britannique sur les normes bancaires a estimé dans un rapport que ces règles ne devaient pas seulement s’appliquer aux « preneurs de risques ».

Néanmoins, et bien que ces normes soient plus strictes que ce que prévoit Bruxelles, les Britanniques continuent d’être vent debout contre l’encadrement des variables acté l’an dernier par l’Union européenne. Le texte du Vieux Continent prévoit un plafonnement des bonus à une fois le fixe, voire deux en cas d’approbation des actionnaires. C’est pourquoi le gouvernement de l’Ile a amené l’affaire devant la justice de l’UE. Parmi les conséquences négatives de cet encadrement : les banques augmentent les salaires –et donc les coûts fixes- pour compenser la baisse des bonus et ainsi garder leurs meilleurs employés. « Il est regrettable (que ces règles) aient comme effets secondaires indésirables de réduire la portée des rémunérations qui peuvent être recouvrées », a ajouté ce lundi Mark Carney.

C’est pourquoi le gouverneur estime que l’« on pourrait avoir besoin de développer des normes pour mettre en place des salaires fixes ou sans participation à risque. Ce qui pourrait potentiellement se faire via des moyens de paiements autres que le cash ». C’est ainsi que le patron de la Banque d’Angleterre a fait référence à une solution citée en octobre par Bill Dudley, de la Réserve fédérale de New York. Ce dernier avait proposé de mettre en place une « garantie de bonne exécution » (performance bonds/obligations de performance), qui fonctionnerait comme une part de rémunération différée. En cas d’amende, une partie de l’émolument qui prendrait la forme de dette –plutôt que d’actions- serait prélevée de manière à ce que le dirigeant partage la facture avec l’actionnaire. « La proposition récente de Bill Dudley pour que certains employés soient payés en ‘garanties de bonne exécution’ mérite d’être étudiée comme une solution potentiellement élégante ».

Quelles sont les limites de ce système ? La première, qui saute aux yeux, est qu’une rémunération « au risque » est par définition un variable. Un salaire fixe qui pourrait varier serait donc un non-sens complet. Ensuite, si les banquiers ne venaient à être payés qu’en fonction des résultats et de la bonne santé de la banque sur le long terme, cela pourrait avoir l’effet pervers inverse de finalement accroître la prise de risques. Tout ce qui veulent éviter les gouvernements.

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