Vivendi/Elliott : la hache de guerre est déterrée
L’investisseur activiste Elliott est réputé pour sa pugnacité dans ses campagnes quelle que soit la taille de sa cible, comme lorsqu’il a mené une bataille de front contre l’Argentine. Aujourd’hui, il a décidé de faire monter la pression d’un cran dans un de ses nouveaux dossiers, Telecom Italia, et en particulier envers Vivendi, premier actionnaire très influent dans le groupe italien. Après avoir annoncé être entré au capital du groupe de télécoms italien il y a dix jours, Elliott n’a pas tardé à dégainer : il a envoyé une lettre aux actionnaires dans laquelle il indique détenir désormais plus de 5% du groupe et qu'il souhaite nommer six administrateurs, en remplacement de ceux représentant Vivendi à l’heure actuelle.
Car pour Elliott, le constat est implacable. « La mauvaise gestion du board contrôlé par Vivendi a donné lieu à des problèmes de gouvernance particulièrement troublants, une décote de valorisation et des échecs stratégiques. Elliott pense qu’un conseil vraiment indépendant est requis pour améliorer la gouvernance comme la performance chez TIM », fait valoir la lettre, qui conclut : « La société est gérée au bénéfice de Vivendi et au détriment des autres actionnaires de TIM ». Elle détaille ensuite les failles du groupe, qui sont de trois ordres. D’une part, une sous-performance durable du titre en Bourse, car l’action a perdu 35% de sa valeur depuis l’entrée de Vivendi au conseil en décembre 2015, et cela malgré l’amélioration des fondamentaux et le retour dans le vert des revenus et de l’Ebitda. Ensuite, des échecs stratégiques : une structure de capital obsolète qui favorise Vivendi avec davantage de droits de vote, ce dernier n’ayant toujours pas acté la conversion des actions sans droit de vote, mais aussi le spin-off du réseau fixe NetCo ou la réintroduction du dividende, pour optimiser le rendement aux actionnaires.
Enfin, Elliott adresse l’uppercut final dans son dernier point, « les échecs de gouvernance et conflits d’intérêts ». Il liste les éléments qui mettent en doute l’impartialité de Vivendi, dont la joint-venture entre TIM et Canal Plus, un contrat publicitaire de 100 millions d’euros alloué par TIM à Havas début 2017, les nominations d’exécutifs (Michel Sibony) et d’administrateurs indépendants (Félicité Herzog), le non-respect de la loi Gasparro italienne avec ses parts dans TIM et Mediaset, ce qui « a dégradé la relation de Vivendi avec le régulateur et les autorités italiennes » etc. Ce contexte est très dommageable pour la société, qui est dans un secteur très régulé et dépend beaucoup de l’organe public, si bien qu’Elliott affirme ne pas vouloir prendre le contrôle de TIM mais « servir de catalyseur pour s’assurer que la société est gérée pour l’ensemble des actionnaires ».
Vivendi a été piqué au vif, et n’a pas tardé à répondre par voie de communiqué. S’il promet de « regarder avec un esprit d’ouverture les commentaires d’Elliott », il souligne qu’Elliott est « connu pour ses initiatives court-termistes » et pointe que sa montée au capital est liée à « des instruments financiers dont la nature exacte n’est pas encore connue ». Enfin, il déplore ce « plan de démantèlement et de déstabilisation » du groupe de télécoms italien, alors même que le nouveau CEO, Amos Genish, a proposé un plan stratégique « solide et prometteur ». En tout état de cause, le dossier italien s’envenime un peu plus pour Vincent Bolloré, qui a déjà échoué à trouver un compromis avec Mediaset après son renoncement à racheter sa filiale de télévision payante, qui l’entraîne vers un procès long et pénible. La passe d’armes devrait être intense lors de la prochaine AG de Telecom Italia, à Milan le 24 avril prochain.
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