La pugnacité de BASF
Après deux tentatives passées et de longues discussions, le chimiste allemand parvient à racheter Cognis, restructuré, à ses actionnaires financiers. Et s'engage dans la temporaire reprise de la chimie européenne.
Ne pas parvenir à réserver la surprise d'une opération n'est pas synonyme de son échec. Déjà pressenti depuis trois semaines pour reprendre son compatriote Cognis, le chimiste allemand BASF avait vu son cours grimper de 11% sur la période, soit déjà un gain de 4 milliards d'euros de capitalisation boursière.
Ce tapage n'a pas calmé les ardeurs de celui qui avait déjà tenté par deux fois, en 2006 et 2008, de mettre la main sur ce précieux actif. L'effort est aujourd'hui bien récompensé: BASF s'adjuge le groupe, propriété de Permira et de Goldman Sachs, pour 3,1 milliards d'euros. Mieux: grâce au rapport de long terme établi avec les vendeurs, il a pu finaliser l'opération malgré une surenchère de dernière minute de l'américain Lubrizol, qui offrait 100 millions d'euros de plus.
Même si le prix est raisonnable - 7,3 fois l'Ebitda -, l'effort financier n'est pas sans conséquence. BASF s'acquitte de 700 millions d'euros pour reprendre l'equity, et récupère 2,4 milliards d'euros de dette, qu'il faudra refinancer dès que le deal sera approuvé. Et ce ne sera pas une mince affaire, quand on sait que l'acquéreur croule déjà sous presque 15 milliards d'euros de dette financière.
Mais le jeu en vaut la chandelle. Car, depuis qu'ils ont racheté Cognis à Henkel pour 2,5 milliards d'euros en 2001, Permira et Goldman Sachs se sont livrés aux tâches ingrates de la restructuration. Les cessions des activités de traitement du cuir et des acides gras ont pemis de dégarnir les effectifs, passés de 9 000 en 2001 à 5 500 aujourd'hui. Or, BASF a déjà dû faire le sale boulot, et affronter les amères critiques sociales qui vont avec, après avoir repris le suisse Ciba, l'an dernier. Cette fois-ci, il arrive après ces désagréables décisions.
Déjà mastodonte valorisé plus de 43 milliards d'euros en Bourse, BASF prend également une longueur d'avance dans un marché de la chimie en rebond, qui devrait croître de 9,5% en Europe en 2010 - même si les prévisions sont nettement moins euphoriques après. Surtout, il diversifie encore un peu plus ses activités, et réduit la cyclicité problématique de ce secteur. On comprend pourquoi Cognis représentait l'actif rare, et nécessaire, dans une industrie de la chimie en pleine reconfiguration.
Suivant cette même logique, Permira et Goldman Sachs n'ont pas eu trop de scrupules à céder leur participation. Ils évitent ainsi de débourser davantage pour ce poids lourd capitalistique et récupèrent, notamment grâce à l'endettement, trois fois leur mise. Un argument que pourra faire valoir Permira auprès de ses investisseurs, qui avaient réduit de 1,5 milliard d'euros leur engagement dans son dernier fonds.
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17/09/2021 - 10:31

