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Sur les marchés
Le "mur de la dette" du midcap européen : 2800 milliards d’euros d’ici à 2018
Le financement des PME est un cheval de bataille régulièrement adressé par les politiques, mais le besoin est toujours là. Selon Standard & Poor’s, jusqu’à 2100 milliards d’euros de prêts aux entreprises midcap en Europe arrivent à échéance d’ici à 2018 et doivent être refinancés. A cela s’ajoutent les nouveaux besoins de financement des entreprises qui génèrent entre 100 millions et 1,5 milliard d’euros dans le Vieux Continent, que l’agence de notation estime entre 350 et 730 millions d’euros dans les cinq prochaines années.
Ces investissements seront cruciaux pour préserver la compétitivité de ces corporates à l’international, alors qu’elles ont fait le dos rond en limitant leurs capex pendant la crise. Ainsi, les capex des entreprises européennes ne représentent que 24% de leurs revenus, contre 10 points de plus pour leurs pairs américaines. Et les émissions nettes de prêts aux PME en Europe ont été négatives en 2013 pour la deuxième année consécutive, selon la BCE.
Certes, la situation des prêts bancaires n’est pas aussi préoccupante en Allemagne (-0,22% en 2013) et en France (-0,3%) qu’en Italie (-3,25%), en Espagne (-9,9%) et même en Grande-Bretagne (-2,99%). Mais pour remédier à cela, les PME doivent impérativement diversifier leurs sources de financement et moins dépendre des banques, plaide S&P. La France a su développer son marché du placement privé, soit essentiellement des obligations cotées, qui représente 3,9 milliards d’euros en 2013, contre 3,2 milliards un an plus tôt. Il est certes composé à 84% de gros émetteurs, mais en baisse de 12 points sur un an.
Par ailleurs, la France peut se targuer d’être innovante sur le financement des PME: depuis août 2013, les assureurs peuvent investir jusqu’à 5% de leurs actifs en prêts aux sociétés non cotées, en direct ou à travers des fonds, soit 90 milliards d’euros de financement potentiel. C’est sans conteste le pays le plus actif en Europe, même si la Grande-Bretagne et l’Allemagne s’y mettent, et le plus profond, ouvert à des notations allant jusqu’à BB. Quant aux Etats-Unis, son marché du placement privé reste réservé à de grandes entreprises, disposant d’une solide notation, qui peuvent remplir d’importantes documentations et se couvrir sur un change en dollars.
Par ailleurs les initiatives de partenariats entre des prêteurs directs et des banques se multiplient en Europe. Société Générale ont initié le mouvement en juin 2012 rappelle S&P, suivi par Amundi et Unicredit en début d’année, pour le financement des PME allemandes. A noter également les lancements de plateformes obligataires pour les PME en Allemagne et en Grande-Bretagne en 2010, suivi par la France, l’Espagne et l’Italie, mais les volumes restent faibles : 2 milliards d’euros outre-Rhin, 1 milliard outre-Manche et seulement 43 millions d’euros sur Enternext l’an passé en France.
Pour faciliter des opérations transfrontalières, S&P recommande également la standardisation des documentations en Europe et une meilleure transparence. Sur le premier point, la France a lancé en février une charte des meilleures méthodes pour le placement privé, une première qui fait des émules puisque la Commission compte se pencher sur la question en fin d’année. Sur le second, S&P a lancé à l’été dernier un service d’évaluation du crédit du midcap européen, mais il faudrait aussi que des données plus complètes soient disponibles sur les taux de défaut et de retournement des PME en Europe, et enfin lancer le chantier de l’harmonisation des régimes de faillite. Cela faciliterait les opérations transfrontalières, la liquidité, la transparence, les coûts de financement et de transactions… Le financement des PME a beau être une priorité, un tel chantier signifie d’immenses clivages politiques à surmonter à l’échelle européenne.
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