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"Maintenant ou jamais", l'ultime appel du pied de Le Maire à Merkel

Le ministre de l'économie était aujourd'hui à Berlin à l'occasion de la "Journée de l'entreprise familiale allemande". Il a tenu à répondre à l'interview de la chancelière dans le FAZ dimanche dernier, et essayé une nouvelle fois de convaincre du projet européen de Macron.
Bruno Le Maire
Bruno Le Maire

"Maintenant ou jamais", tel était le titre, on ne peut plus explicite, de l'allocution de Bruno Le Maire ce matin à Berlin devant un parterre d'entreprises allemandes et de représentants politiques du pays. A l'occasion de la journée de l'entreprise familiale allemande, le ministre de l'économie française a effectivement tenté de convaincre une fois encore de la nécessité absolue pour la France et l'Allemagne, de faire avancer le projet européen. Un discours fleuve censé être une réponse à l'interview de la chancelière dans le FAZ dimanche dernier, où elle s'était exprimée sur les différentes mesures européennes souhaitées par Emmanuel Macron. Comme l'écrivait WanSquare il y a quelques jours, Angela Merkel a clairement balayé les idées du président français et notamment celles de créer un fonds monétaire européen et un budget commun. Ce qui n'a visiblement pas découragé le ministre de l'économie ce matin, qui a repris son bâton de pèlerin pour prêcher la bonne parole européenne de son Président outre-Rhin. 

Bruno Le Maire a naturellement fait comme si la chancelière avait accepté les propositions d'Emmanuel Macron. Selon lui, les déclarations d'Angela Merkel ont démontré que la France et l'Allemagne "partagent le même diagnostic sur la nécessité de réformer la zone euro pour en faire une véritable union économique et monétaire". "Elles montrent également que nous partageons la volonté de créer un budget de la zone euro". Sans préciser pour autant que le montant auquel la chancelière a consenti dimanche est largement inférieur à celui prôné par le président (10 milliards d'euros contre 10 000 milliards initialement proposé par Emmanuel Macron). Mais le travail est loin d'être achevé a rappelé le ministre de l'économie, qui planche depuis plusieurs semaines avec le vice-chancelier Olaf Scholz sur une feuille de route franco-allemande pour l'Europe, et qui devrait être dévoilée d'ici la fin du mois. 

Afin de rappeler l'urgence de remodeler le modèle européen, le ministre a brandi la menace des nationalismes politiques, estimant qu'ils avaient l'ambition de détruire le rêve européen. "Aucune construction politique ne survit sans mesurer la détermination de ses adversaires, extérieurs mais aussi intérieurs" a averti Bruno Le Maire. Ce qui lui a permis de ramener le sujet du budget européen sur le tapis. Et de réfuter au passage les arguments de l'Allemagne, qui craint que l'approfondissement économique de la zone euro ne mène à une union de transfert, dont elle serait la seule à subvenir. "Oui les Etats doivent commencer par faire le ménage chez eux", a reconnu Bruno Le Maire. "Mais la discipline sans la solidarité est dangereuse", a-t-il immédiatement poursuivi. Et de citer les exemples espagnol et irlandais, qui malgré leur apparente vertu budgétaire ont subi de plein fouet la crise de 2008. La raison? Des déséquilibres macroéconomiques importants que la sacro sainte discipline strictement budgétaire de Maastricht n'a pas permis de déceler à temps. 

Afin de contenter la chancelière, Bruno Le Maire a tout de même affirmé que la France ne souhaitait pas elle non plus d'une union de transfert et qu'elle ne soutiendrait jamais une mutualisation des dettes passées. "Solidarité ne veut pas dire laxisme. Construire la solidarité européenne ne veut pas dire accepter des passagers clandestins au sein de la zone euro", a tenté de rassurer le ministre.

Le budget européen défendu par la France aura deux fonctions selon le ministre: garantir d'une part le rattrapage de compétitivité des Etats membres et favoriser une plus grande convergence économique d'une part. Et d'autre part, lors de chocs économiques, de permettre à un pays de résister en maintenant ses investissements dans la formation et l'innovation. Le ministre enfin, a terminé son propos par un message directement adressé à la politique protectionniste de Trump, invitant ses partenaires européens à défendre leurs intérêts économiques collectivement. En les négociant individuellement, les pays auront la certitude de les affaiblir a averti Bruno Le Maire. "Les Etats européens ont un choix historique à faire : réagir ou subir. (...) Construire un ordre économique plus juste et plus efficace, fondé sur la régulation multilatérale ou se laisser broyer entre la Chine et les Etats-Unis"a prévenu le ministre français. 

La presse allemande en tous cas, a réagi de façon dispersée au discours volontariste de Bruno Le Maire ce matin. Pour le FAZ, le ministre a appelé au renforcement de la zone euro "de toute urgence", et formé "une sorte de troc avec l'Allemagne". Troc qui consisterait selon le journal, à ce que la France s'allie avec l'Allemagne dans la défense des intérêts commerciaux allemands contre la politique américaine, mais que l'Allemagne en échange accepte l'union de solidarité voulue par le président français. Tous les médias ont en tous cas souligné l'accélération des réformes souhaitée par le ministre, le site finanzen.net ayant affirmé que Le Maire avait exhorté l'Allemagne "à plus d'ambition au sujet de l'Europe".

"Le discours du ministre a été largement applaudi par l'auditoire allemand", poursuit le site internet d'informations financières, qui a également affirmé que la secrétaire générale de la CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer, avait tenu le même type de discours sur le risque de voir l'Europe s'effondrer, lors de la matinée. "La secrétaire générale a rappelé que l'Europe marchait sur un fil", note le média. "L'UE risque de s'écrouler en deux, avec un groupe de pays qui continuent à se concentrer sur l'intégration européenne, et un autre qui se replie sur ses intérêts nationaux", a affirmé Annegret Kramp-Karrenbauer, selon finanzen.net. Bruno Le Maire a également trouvé un allié en Brun-Hagen Hennerkes, à la tête de la fondation des entreprises familiales allemandes et qui s'est aussi exprimé ce matin, poursuit le média. "L'Union européenne est menacée de défaillance d'organes multiples. La communauté européenne pourrait échouer à cause des nombreuses crises dans le monde. Nos représentants doivent montrer un moyen de sortir de cette situation". Brun-Hagen Hennerkes a pour sa part estimé que les propositions de Merkel dimanche dernier n'apportaient «pas de réponse satisfaisante» à la crise européenne. Des propos dont Bruno Le Maire a dû se féliciter intérieurement !

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