Haro sur les niches pour épargnants
Un rapport de l'Inspection générale des finances pointe du doigt le coût exorbitant de certaines mesures fiscales en matière d'épargne.
Cela allait sans le dire, comme disait Talleyrand. Mais cela va encore mieux en le disant. Un rapport de l'Inspection générale des finances sur l'évaluation des niches fiscales et sociales, révélé ce matin par Les Echos, montre que les aides fiscales en matière d'épargne coûtent cher et ne sont pas très efficaces.
Pour 200 milliards d'euros mis de coté en un an par les français, le coût pour la collectivité est de près de 6 %, soit au total 11,5 milliards d'euros. Principale accusée : l'assurance-vie, à laquelle on reproche, à juste titre, de ne financer ni l'économie ni l'Etat.
Il faut être bien naïf pour avoir cru, depuis cinquante ans, qu'existent les aides à l'assurance-vie et qu'elles pouvaient avoir un vrai sens économique. Le but était seulement d'aider les français à constituer une cagnotte aux mains d'assureurs alors publics. Cagnotte qui servait à financer le déficit budgétaire. Par ce système diabolique l'économie française se tirait une balle dans chaque pied. L'Etat sponsorisait les souscripteurs de contrats d'assurance-vie, qui achetaient tous les emprunts d'Etat émis au fil de l'eau. Ce qui incitait une France dispendieuse à ne pas se soucier de son endettement. Second effet : l'argent ainsi collecté était détourné de l'épargne à risque, au moment même où celle-ci était meurtrie de toutes les flèches fiscales possibles.
Dans une économie vertueuse, un Etat, s'il avait voulu utiliser la fiscalité pour modifier les comportements des ménages, aurait au moins cherché à amener l'argent privé vers les entreprises et à faire en sorte que l'endettement public reste sous contrôle. Le pire, c'est que les 1 425 milliards d'euros placés en assurance-vie ne rapportent plus rien aux épargnants, avec un rendement des emprunts d'Etat revenu à 2,7 %. Il couvre à peine les frais de gestion léonins des assureurs, les frais d'entrée ou de sortie
Du coup les assureurs-vie se mettent à proposer des taux garantis pendant une période d'appel. Mais ce système "madoffien" est désormais sous étroite surveillance de Bercy. Heureusement !
Restent les placements réglementés, comme le Livret A, auxquels l'Etat ne veut pas toucher. Il faut dire qu'actuellement, accepter de posséder un livret rouge, c'est accepter de perdre chaque mois un peu d'argent.
Ce rapport bien tardif, mais pas moins utile, de l'Inspection générale des finances dit tout haut, ce que tout le monde pensait jusqu'ici tout bas. Il montre surtout, en filigrane, que la fiscalité ne doit en aucun cas être un moyen pour agir sur le comportement des ménages. En matière écologique - avec la défunte taxe carbone - ou en matière d'épargne, au risque de produire des effets secondaires indésirables.
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17/09/2021 - 10:31

