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Tapering : les émergents risquent-ils un nouvel "effet tequila" ?

L'annonce d'un éventuel tapering en juin dernier par Bernanke a entraîné un effondrement des devises émergentes et un retrait de capitaux cet été. Les Etats émergents sont-ils à l'abri d'une nouvelle fuite des capitaux ou risquent-ils le même "effet tequila" qu'en 1994 ?
L'annonce par Bernanke début juin, d'un potentiel tapering en automne a entraîné un effondrement des devises émergentes cet été, les investisseurs préférant replacer leurs billes aux USA et dans les pays cores, anticipant une hausse des rendements dans ces Etats. Si le président de la Fed a finalement reporté le ralentissement des achats de titres à bien plus tard, ce qui a permis d'apaiser les marchés émergents, la mini crise de cet été a fait ressurgir la crainte d'un nouvel "effet tequila". En février 1994, Allan Greenspan, alors président de la réserve américaine, avait déclaré que les taux d'intérêt étaient anormalement bas et qu'un ajustement était nécessaire. Après cinq ans de taux bas, la Fed avait alors décidé de les relever progressivement de 3% (un plus bas depuis 1964) à 6%. Le resserrement monétaire américain avait fait l'effet d'une bombe en Amérique latine où les Etats s'étaient progressivement retrouvés à court de liquidité, avec le Mexique qui, le premier, avait fait défaut sur sa dette. Près de dix ans plus tard, quels sont les risques d'un nouvel assèchement des liquidités lorsque débutera le tapering ? Des similitudes évidentes existent entre les deux situations selon le rapport du FMI sur les prévisions de croissance mondiale, paru en octobre : tout d'abord dans les deux cas, les émergents ont connu des afflux de capitaux très importants avant le resserrement monétaire américain, qui ont entraîné une forte baisse des rendements et une hausse des marchés actions de ces pays. Ensuite, en 1994 comme aujourd'hui des divergences de cycles économiques existent entre les deux zones, avec une très forte croissance des émergents et une reprise modeste aux Etats-Unis. Après l'annonce de Bernanke en juin, les taux dix ans US ont fortement augmenté (ils sont passés de 1,63% début mai à 2,64%) tout comme ils avaient monté en flèche en 1994. Enfin, dans les deux cas, les conditions financières dans les émergents se sont fortement détériorées après le discours des présidents de la Fed, avec une chute des cours boursiers émergents et une hausse du rendement de leurs obligations. Le dix ans mexicains s'échangent actuellement à un taux de 4,20% contre 2,6% avant les annonces de la Fed. Si Bernanke décide de ralentir le programme de rachats de titres, sans doute plutôt à partir du printemps prochain, les analystes craignent d'assister à une nouvelle hausse du rendement des TNotes. Ce qui risque de nouveau d'entraîner une fuite des investisseurs des émergents vers les titres cores, plus sûrs et dont le rendement serait désormais intéressant. Malgré ces ressemblances, plusieurs éléments devraient permettre d'éviter la violence de l'effet teqila quand Jenet Yellen passera à l'action. En 1994, Alan Greenspan avait procédé à une hausse très rapide des taux d'intérêt puisqu'ils avaient été redressés de 300 points de base en moins d'un an. Cette fois-ci le président de la Fed et celle qui prendra sa suite devraient procéder de façon beaucoup plus graduelle: en commençant tout d'abord par un ralentissement des achats mensuels de titres puis par une remontée des taux d'intérêt qui ne devrait pas avoir lieu avant 2015 voire 2016. Ensuite, le président de la Fed n'a aucunement intéret à ce que les rendements des TNotes remontent trop rapidement puisque c'est la Fed elle-même qui détient la plus grande partie du dix ans américain. Enfin, les émergents "disposent désormais de régimes de change plus souples", explique Laurent Geronimi, directeur de la gestion taux chez Swiss Life. "Notamment parce qu'ils disposent de réserves de change plus importantes qu'en 1994", poursuit-il. Surtout, ils sont davantage préparés à cette éventualité après la crise de cet été. Une inquiétude demeure cependant et qui pourrait déclencher un effondrement des émergents: le risque déflationniste. "En cas de déflation tous les actifs risqués vont chuter et les rendements des titres des pays émergents monter en flèche tandis que les investisseurs se reporteront vers les actifs plus sûrs; les émergents seront alors confrontés à un grave problème de financement", termine le gérant.
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