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Quels sont les risques d'un retournement économique brutal ?

Une étude publiée par le FMI souligne la difficulté des prévisionnistes à anticiper les épisodes de récession. Le retournement pourrait donc être plus brutal que prévu, alors que les économistes tablent eux sur un affaiblissement graduel du rythme de croissance à partir de 2019.
Graphe en baisse
Graphe en baisse

La croissance mondiale peut-elle encore durer ? Alors que le PIB devrait dépasser cette année les 3%, comme les huit années précédentes, la question du prochain retournement de cycle taraude les économistes et les marchés, soucieux de ne pas se laisser surprendre par l'arrivée de la récession. Il faut dire que la phase de croissance que connaît l'économie mondiale depuis huit ans est d'une régularité et d'une ampleur inédite depuis les années 1970, et si les enquêtes restent bien orientées, la plupart des économistes estime désormais que la phase d'accélération du cycle est terminée.

"L'épisode de croissance soutenue et partagée de l'économie mondiale ne durera sans doute pas jusqu'en 2022, vu la position très avancée dans le cycle de certaines économies", expliquent ainsi les équipes de CoeRexecode. Qui soulignent que la production a dépassé son potentiel aux Etats-Unis, en zone euro et dans plusieurs économies émergentes. Jusqu'en 2022, moins d'un quart de la croissance du PIB mondial proviendra des pays de l'OCDE, estiment ainsi les membres de l'institut de recherche, tandis que les 2/3 viendront d'Asie émergente, dont 35% de la Chine... La crainte d'un hard landing chinois, qui avait plombé les Bourses début 2015 est donc désormais effacée...

Si les équipes de CoeRexecode prévoient un affaiblissement graduel du rythme de croissance passé 2022, il est cependant difficile de ne pas envisager le scénario d'une brutale récession, tant l'histoire économique a prouvé que les retournements étaient parfois violents et imprévisibles. Une étude publiée par le FMI début mars souligne justement la difficulté des indicateurs avancés à identifier les risques de retournement conjoncturel. "Les récessions ne sont pas rares", affirment ainsi les auteurs de l'étude, notant que "les économies sont en récession 10% à 12% du temps". "Ce qui est plus rare est de réussir à prévoir ces récessions", poursuivent-ils. Se basant sur les données de 63 pays entre 1992 et 2014, ils soulignent ainsi que les prévisions des économistes au mois d'avril de l'année précédent une récession sont en moyenne de 3% de croissance, avant d'être révisées à la baisse en octobre, sans pour autant indiquer l'ampleur du retournement à venir l'année suivante. "Si les prévisionnistes échouent à prévoir les récessions dans la plupart des cas, ils commencent à se rendre compte des potentielles vicissitudes économiques à venir à l'automne précédent l'année de récession", souligne ainsi l'étude. Et c'est seulement en décembre de l'année de la récession, soit tout à la fin, que les prévisions sont enfin cohérentes avec la réalité et reflètent l'amplitude du retournement. Selon les auteurs, cette difficulté à prévoir à temps les récessions résulte à la fois du manque de données et d'informations à disposition des analystes, de modèles économiques peu fiables pour prédire les retournements et du fait que les crises sont parfois la conséquence de chocs externes impossibles à anticiper. 

Un indicateur cependant est suivi de près en ce moment, celui de la courbe des taux longs et courts américains. Aux Etats-Unis en effet, l'inversion de la courbe des taux a toujours été suivie d'une récession, depuis 60 ans, sauf lors d'un épisode dans les années 60, note Alexandre Vincent, de CoeRexecode. "Les taux courts, souvent proches des taux directeurs, suivent en général une tendance à la hausse dans les phases d'expansion, tandis que les taux longs reflètent mieux les anticipations à moyen terme : le décalage entre les deux signale donc l'éventualité d'un retournement conjoncturel", explique l'économiste. Pour le moment en tout cas, la pente de cette courbe est plus plate qu'il y a trois ans, mais encore loin d'une inversion... Pas encore de signe avant coureur d'une crise donc... pour le moment.


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