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Le bricoleur se rebiffe

Bricorama risque une amende de 20 millions d'euros pour des ouvertures dominicales auxquelles ont droit ses concurrents. Son avenir est en jeu, en raison d'une plainte de FO dont ne voulaient pas les salariés.
Il existe des aberrations dans la loi française qui n'en finissent pas d'étonner. Aujourd'hui, le groupe Bricorama en est victime lors d'une action en justice initiée par le syndicat Force Ouvrière et pourrait se voir condamné à une amende colossale de 19,7 millions d'euros, soit quasiment le montant de son profit net annuel. Dans les faits, Bricorama est coupable d'ouvertures dominicales illégales sur ses 31 magasins franciliens entre début janvier et fin mai 2012. Comme les sanctions prévues par la loi Mallié de 2009 sur le travail dominical sont dures, cela a fait gonfler la facture de façon disproportionnée en peu de temps. Mais pourquoi Jean-Claude Bourrelier, président fondateur de Bricorama, s'est-il acharné contre la loi? Celle-ci permet aux enseignes d'ameublement (comprendre: Ikea) et de jardinerie d'ouvrir le dimanche, mais en matière de bricolage, acheter sa perceuse un dimanche est plus complexe. Un arrêté préfectoral prévoit la mise en place de PUCE (Périmètre d'Usage Commercial Exceptionnel) en Ile-de-France, et Bricorama ne se trouve sur aucune d'entre elles, contrairement à ses principaux concurrents, Leroy Merlin (groupe Adeo) et Castorama (groupe Kingfisher), détenteurs de près de 80% des parts de marché national. Si employer la méthode dure pour réclamer l'équité n'était peut-être pas la méthode idéale, le président de Bricorama a subi un retour de flamme particulièrement injuste. FO a pris la liberté de porter plainte au nom des salariés du groupe, alors que 99% d'entre eux validaient système actuel: choix de travailler le dimanche, au tarif double et en rattrapant cette journée. "Travailler plus pour gagner plus" est donc plus que jamais l'ennemi du bien du côté de nos syndicalistes, et les encartés FO de la société ont décidé de se retirer d'un représentant si peu bienveillant. L'épilogue n'est pourtant pas encore pour aujourd'hui car le juge de l'application des peines a décidé de surseoir à statuer en attendant la décision sur le fond de la Cour d'Appel, qui tient une audience le 19 septembre. Le groupe a donc encore deux à trois mois pour souffler, et surtout pour faire du lobbying auprès des pouvoirs publics. Mr Bourrelier n'y va pas par quatre chemins, lui qui explique que s'il ferme ses magasins le dimanche, cela entraînerait la suppression de 500 emplois. Alors qu'il suffit de rajouter l'activité "bricolage" dans les commerces autorisés à ouvrir le dimanche, ou de modifier la cartographie des fameuses PUCE. Le groupe continue donc son action, qui avait commencé à porter ses fruits auprès du dernier gouvernement puisque Xavier Bertrand, à l'époque ministre du Travail, s'était engagé à faire passer un décret pour intégrer les magasins de bricolage dans la loi. Les députés de l'opposition se sont saisis, un groupe de 11 d'entre eux a envoyé un communiqué à l'adresse du gouvernement pour l'alerter sur la situation de cette société française de 4100 personnes. Comme à son habitude, Arnaud Montebourg repousse toute réaction à un prochain emballement médiatique sur le sujet, qui lui permettra de se lancer dans un grand plaidoyer pour la préservation de l'emploi, sitôt oublié. En attendant, Bricorama compte envoyer une vraie boîte à outils contenant crayons, peinture et mètre afin de mesurer les portées de cette loi et de la rafistoler pour une meilleure mise en application. Un message humoristique et pratique afin de mettre les législateurs face à leurs responsabilités: sauront-ils l'entendre?
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