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Jamais plus de crise systémique ? Pas si sûr
Jean-François Lepetit, ancien d'Indosuez et de la COB qui vient de publier un livre sur le sujet en est convaincu : compte tenu d'une spéculation toujours aussi importante et d'une régulation pas forcément adéquate, les banques risquent d'aller sur de nouveaux terrains mouvants.
JF Lepetit
Jean-François Lepetit est une personnalité bien connue des habitués des marchés financiers. Il faut dire qu'il a pratiqué presque tous les métiers de la finance. Trader puis banquier chez Indosuez, il a ensuite pris la casquette de régulateur au CMF et à la COB, l'ancêtre de l'AMF pour atterrir au CNC (Conseil national de la comptabilité) devenu l'ANC. Il est aujourd'hui membre du conseil de BNP Paribas et de la Qatar financial centre regulatory authorithy. Il vient de publier un livre sur les " dysfonctionnements des marchés financiers " aux Editions Economica.
L'occasion, pour lui, de revenir sur les causes des dernières crises financières, d'apporter sa vision des choses et surtout son analyse sur la situation actuelle. Dans un entretien accordé à WanSquare, il estime notamment que malgré les garde-fous élaborés par les différents régulateurs mondiaux, nous ne sommes toujours pas à l'abri d'une nouvelle crise systémique. Et ce, pour la bonne raison que les banques sont actuellement en train de développer un nouveau business, susceptible de contrebalancer leurs nouvelles contraintes de fonds propres : la titrisation. Business qui consiste à mettre dans la boucle des crédits des investisseurs. Or, selon Jean-François Lepetit, cette tendance est hautement dangereuse puisqu'elle revient à faire monter en puissance des interlocuteurs qui ne connaissent pas vraiment la matière dans laquelle ils investissent, à la différence des banquiers qui maitrisent tous les paramètres des crédits. Pari d'autant plus audacieux qu'il ne faut pas compter sur les agences de notation pour donner une réelle idée des risques pris.
A entendre ce haut responsable, la planète financière est donc loin d'être sortie d'affaires. A commencer parce que la spéculation n'a jamais été aussi importante et que celle-ci véhicule de très nombreux dangers. " D'abord, il est faux de croire que la spéculation apporte de la liquidité. Elle en retire plutôt puisque tous ceux qui achètent des titres dans un marché haussier ne font que restreindre les flux. Dans ce sens, on peu d'ailleurs dire que la spéculation est inutile ", lance Jean-François Lepetit pour qui les ventes à découvert sont particulièrement critiquables puisqu'elles peuvent servir à attaquer un pays. " De quel droit peut-on porter atteinte au crédit d'un pays ? La spéculation n'est pas un droit, tous les comportements ne sont pas permis ", ajoute le responsable.
Et de pointer du doigt le " shadow banking ", cette finance non cartographiée et par définition très dangereuse. Celle-ci passe par les plateformes alternatives, ces fameuses dark pools qui véhiculent les transactions OTC. Avec ce paradoxe : on est aujourd'hui face à deux mondes parallèles, un premier ultra (trop ?) régulé et un autre non régulé. Deux situations, un paradoxe qui n'est pas tenable dans la durée. Et qui s'est déjà traduit par une réforme : celle de loger toutes les transactions dans une seule et même chambre de compensation. Mais n'est-on pas simplement en train de concentrer les risques dans un seul et même endroit ?
Enfin, Jean-François Lepetit n'est pas sans s'inquiéter de l'évolution de la gestion des capitaux. Pour lui, une bonne gestion nécessite du temps, de la discrétion et de la souplesse. Or, avec l'obligation d'une liquidité quotidienne, d'une transparence totale vis-à-vis des clients (aussi bien au niveau du choix des valeurs que de la stratégie), et de la contrainte de suivre toujours la même ligne d'investissement, les gérants de fonds ne sont plus en mesure de " bien faire ". D'où la multiplication des hedge funds dans des contrées moins régulées et d'une finance alternative née d'une gestion mondiale à 70% passive puisque dès que les fonds ont atteint les objectifs de rendement de leurs clients, ils se mettent en mode indiciel.
Au final, cet ancien patron de la COB est donc en alerte. " Les marchés doivent être impérativement réglementés. Une trop grande déréglementation n'est pas bonne et les banques doivent surtout faire ce qu'elles savent faire sans aller sur des terrains instables et finalement très dangereux ", lance-t-il. A voir maintenant comment les grands établissements financiers américains, dans un contexte de belle reprise, vont se comporter. 2008 servira-t-il de leçon ? Jean-François Lepetit a l'air dubitatif.
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Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
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01/01/1970 - 01:00

