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L'économie allemande patine
L’économie allemande va-t-elle s’enrayer ? Si on s’en tient à l’étude que vient de publier le Crédit Agricole, le ciel se charge outre-Rhin. Les nuages qui viennent, notamment de Grande-Bretagne et des Etats-Unis, pourraient venir doucher la politique commerciale allemande axée sur les exportations. “Même si la consommation privée et la consommation publique garantissent un socle de croissance “minimum”, la demande extérieure reste encore un élément déterminant du cycle de production et de l’investissement pour garantir une croissance durable”, relève Philippe Vilas Boas, auteur de l’étude. Ainsi, il estime que l’Allemagne va dans les prochains mois “affronter les limites de son modèle de croissance”. Déjà pour 2017, la banque verte révise ses prévisions de croissance à +1,5% en moyenne annuelle contre +1,6% précédemment. “L’économie allemande devra faire face à un investissement productif moindre, très dépendant des taux de marge et des commandes à l’exportation qui restent très vulnérables, développe l’étude. En 2018, la croissance est attendue en légère accélération à +1,6% en moyenne annuelle, sous l’impulsion d’une reprise modérée du commerce mondial.”
Pourtant, comme ailleurs dans la zone euro, l’économie est plus active sur la fin de l’année. Et cela se retrouve en particulier sur le marché de l’emploi où les créations de postes ont bondi à 25 000 par mois sur les trois derniers mois de 2016 contre 3 000 pendant les trois précédents. Ce qui permet au taux de chômage allemand de se stabiliser à 6%. Mais là aussi, les choses semblent se compliquer. “Même si la pénurie de main-d’œuvre qualifiée reste un problème durable pour les entreprises allemandes, le nombre de personnes inscrites au chômage est susceptible d’augmenter progressivement avec les demandeurs d’asile arrivant sur le marché du travail, soutient Philippe Vilas Boas. Ceux-ci obtiennent, à court terme, plus difficilement un emploi, en raison des exigences de formation requises et de la barrière de la langue. Le rythme de création d’emplois devrait donc être plus faible que celui observé en 2016 sur les deux années qui viennent.”
“Cependant, la hausse des salaires réels s’amenuisera avec la remontée des prix à la consommation qui viendra éroder le pouvoir d’achat des ménages et affaiblir la croissance de la consommation”, anticipe le Crédit Agricole. Et pour cause : de +0,3% en 2016, l’inflation allemande devrait passer à +1,7% en 2017 pour redescendre à +1,4% en 2018. “Pour ces raisons, nous estimons que la consommation privée devrait légèrement fléchir, à +1,6% de croissance annuelle en 2017 (contre +1,7% en 2016) et +1,5% l’année suivante, indique Philippe Vilas Boas. Elle demeurera cependant la principale contribution à la croissance des deux années à venir.” Et cette solidité de la consommation paraît précieuse. “A court terme, les commandes domestiques en biens d’équipement enregistrent une détérioration accentuée au quatrième trimestre, suggérant ainsi une baisse de l’investissement productif, s'inquiète le Crédit Agricole. De plus, le taux de marge dans l’industrie s’est détérioré tout au long de l’année 2016, pour atteindre son plus bas niveau observé depuis fin 2013, alors que la santé financière des entreprises ne s’améliore pas. Le taux d’endettement des sociétés non financières (en pourcentage de la valeur ajoutée) demeure encore aujourd’hui, plus de 12 points supérieur à ce qu’il était avant la crise de 2008.” L’étude prédit donc des décisions d’investissements très prudentes de la part des entreprises. L’investissement global ne devrait progresser que de +0,9% en 2017 contre +1,9% en 2016. Un aspect préoccupant qui repose aussi sur un autre constat : “Les exportations vers les Etats-Unis semblent se détériorer davantage et laissent peu d’espoir d’un vif rebond à court terme, note la banque verte.
Bref, l’économie allemande semble atteindre un haut de cycle. Et les inquiétudes autour de la robustesse de la demande extérieure commencent à écorner la confiance des acteurs économiques. La mise en oeuvre des barrières commerciales outre-Atlantique pourraient être l’élément détonateur d’une période chahutée pour le bon élève de la zone euro.
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