La chance d'être passé au bord du gouffre
En quatre mois, Mario Monti a réformé l'Italie, comme aucun chef de gouvernement ne l'avait fait. Et maintenant il s'attaque à la flexibilité du marché du travail. C'est à souhaiter que la France soit aussi au bord du gouffre !
Il y a tout juste quatre mois, Mario Monti, qui coulait une paisible semi-retraite à l'Université de Bocconi, était nommé Premier ministre et plébiscité par les deux chambres à une majorité historique. Cet homme intègre, compétent et soucieux de l'intérêt général avait été appelé pour sauver une Italie, alors au bord du gouffre, et attaquée par les marchés financiers au point de ne plus pouvoir se refinancer. Non pas parce que les finances italiennes posaient problème. Chacun sait, en effet, que le budget italien fait apparaître un excédent primaire, c'est-à-dire avant le paiement des intérêts de la dette, à la différence du budget français. Même si, en valeur absolue, la dette est bien supérieure à l'insupportable dette hexagonale.
D'emblée, Mario Monti a mis en place un plan d'austérité pour parer au plus pressé et pour répondre aux attentes des marchés. Le résultat ne s'est pas fait attendre. Puisque depuis sa nomination, l'écart entre les taux italiens et allemands, qui sert de baromètre dans la péninsule, a diminué de 166 points. Ce qui montre que l'Italie se refinance aujourd'hui à des taux beaucoup plus acceptables qu'il y a quatre mois, même si pour elle l'argent à 10 ans vaut encore 4,88 %.
Ensuite, celui qui fut Commissaire européen a cherché à dépoussiérer un système législatif et administratif devenu insupportable et pesant pour tous ceux qui veulent créer de la richesse ou du travail en Italie. Ce qui l'a conduit à abroger pas moins de 300.000 décrets, lois et règlements qui ne servaient plus à rien, sinon à entraver la bonne marche des entreprises et la libre concurrence. En même temps, il a mis en place un plan de lutte contre la fraude fiscale destinée à ramener 270 milliards d'euros qui s'évaporent régulièrement, soit vers la Suisse, soit vers les voitures de luxe...!
Enfin, Mario Monti a dévoilé cette semaine le troisième étage de sa fusée visant à redresser le pays : une réforme concernant la flexibilité du marché du travail. Pour l'heure, il ne souhaite pas imposer de force un texte aux partenaires sociaux, patronat et syndicats, qui se sont déjà rencontrés plusieurs fois. Dans cette réforme, figure notamment la suppression du fameux article 18 du code du travail empêchant les licenciements "sans juste cause", et la mise en place d'un contrat unique d'apprentissage, d'une durée de trois ans, qui rappelle notre fameux "CPE".
L'un des nombreux paradoxes de la situation italienne, c'est que devant les blocages des partenaires sociaux, c'est le communiste Giorgio Napolitano, aujourd'hui Président de la République, qui a appelé les uns et les autres à la responsabilité et qui a soutenu Mario Monti dans cette nouvelle réforme hyper-libérale, dont personne en France n'imaginerait qu'un tel texte puisse, un jour, être examiné. A moins, que nous aussi, nous frôlions le bord du gouffre et que nous ayons la chance d'avoir sous la main un homme politique entièrement voué à l'intérêt général, comme l'est Mario Monti. Ce n'est pas, en tout cas, la petite musique que fait résonner, pour l'heure, la campagne électorale.
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17/09/2021 - 10:31

