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Mario Draghi rappelle qui est le chef
A l’issue de sa réunion mensuelle, le Conseil des gouverneurs a maintenu sa politique monétaire actuelle : Le taux d’intérêt des opérations principales de refinancement ainsi que ceux de la facilité de prêt marginal et de la facilité de dépôt restent ainsi inchangés, à respectivement +0,00 %, +0,25 % et -0,40 %. "Les taux d’intérêt directeurs de la BCE resteront à leurs niveaux actuels ou à des niveaux plus bas sur une période prolongée, et bien au-delà de l’horizon fixé pour les achats nets d’actifs".
“On ne peut que se réjouir du maintien d’une politique hyper accommodante de la BCE, réagit l’économiste Véronique Riches-Flores. Ceci devrait permettre de maintenir l’euro aux alentours de ses très faibles niveaux présents, voire en deçà selon ce que fera la FED. Par ailleurs, le niveau des taux d’intérêts devrait échapper à toute pression haussière, quand bien même les échéances à plus de cinq ans seront très sensibles à la tournure de la politique américaine. Alors que les indicateurs économiques européens sont nettement mieux orientés et que la remontée de l’inflation soutient les marges des entreprises, ce statu quo constitue un véritable facteur de soutien aux marchés boursiers européens.” Cette annonce intervient alors que l'inflation a augmenté significativement, a reconnu Mario Draghi. “Il est très clair que la BCE envisage une inflation temporaire causée par les prix des matières premières, et qu'elle souhaiterait une reprise plus soutenue, analyse Jon Day, gérant obligataire chez Newton Investment Management. Les taux de la BCE resteront à -0,4% pendant un certain temps. Cependant, si les données s'améliorent d'ici à l'été, la BCE pourrait choisir de repenser la durée et la taille de son QE, d'autant plus qu'à ce stade, les deux premières élections majeures de l'année aux Pays-Bas et en France auront eu lieu”.
Justement, pour le moment, la question de revoir à la baisse l’intervention de la BCE et en particulier réduire le programme de rachat d’actifs reste aux yeux du président de la BCE “un problème de riche”. Il préfère redire que “si cela est nécessaire pour atteindre ses objectifs, le Conseil des gouverneurs agira en utilisant tous les instruments disponibles dans le cadre de son mandat. En particulier, si les perspectives deviennent moins favorables, ou si les conditions financières deviennent incompatibles avec de nouveaux progrès vers un ajustement durable de la trajectoire d'inflation, nous nous tenons prêts à augmenter notre programme d'achat d'actifs dans son montant et/ou sa durée." Surtout, il a rappelé que l’objectif de la BCE d’avoir une inflation sur la zone euro autour de 2% était encadré par quatre critères à réunir : “Premièrement, l’horizon de référence de notre action est le moyen terme. Deuxièmement, il faut constater une convergence durable et non pas transitoire. Troisièmement, elle doit être stable y compris après la fin de la période du programme de rachats d’actifs (QE). Quatrièmement, elle doit valoir pour l’ensemble des pays de la zone euro.” Or pour les gouverneurs centraux de la zone euro, ces critères ne sont pas encore remplis. La BCE se veut prudente car "les conditions pour la transmission de notre politique monétaire se sont améliorées, mais cela ne veut pas dire qu'il puisse être question de se relâcher”, a ainsi déclaré le président de la BCE pressé de questions sur un réajustement à la baisse de la politique monétaire et le rappel de la position critique de l’Allemagne quant à une politique des taux bas.
“Cette posture est surprenante dans le contexte présent, reconnaît Véronique Riches-Flores. Non seulement parce que la situation économique s’est incontestablement améliorée ces derniers temps mais surtout parce que le contexte inflationniste est en train de rapidement changer. Nous attendions que l’Allemagne fasse pression pour infléchir le communiqué de la BCE en ouvrant éventuellement la porte à la possibilité d’ajuster le degré de soutien monétaire en place dans le futur, rien de cela ne transparaît dans la publication de ce jour.” Au contraire, Mario Draghi a recadré les allemands en leur indiquant qu’ils n’étaient pas moins bien traités que les autres européens et qu’ils devaient être capables d’attendre. “Les taux réels négatifs vont disparaître à mesure de la reprise et ce de manière accélérée”, leur lance-t-il pour calmer leur impatience. Cela étant, le président de la BCE ne s’est pas privé de signaler que lors de la réunion des gouverneurs, “il y a eu une satisfaction générale sur le fait que la politique [monétaire] fonctionne”. Il n’a pas hésité non plus à mettre à l’actif de cette politique le fait que “depuis 2015, nous constatons que tous les trimestres le PIB augmente entre +0,3 et +0,6%. En décembre 2016, la confiance des consommateurs n’a jamais été aussi élevée que depuis avril 2015. Le PMI est au plus haut depuis mars 2011 ! Le taux de chômage à 9,8% en novembre 2016 est le plus bas depuis le mois de juillet de 2009. Dans son ensemble, la zone euro a créé 4,9 millions de nouveaux emplois”.
Alors quand viennent les sujets qui fâchent et qui inquiètent, la politique de Trump et le Brexit par exemple, Mario Draghi préfère botter en touche. Il a tenu toutefois à signaler que la politique de change n’est pas dans les objectifs de la Banque centrale européenne et qu’au G20 et G7 il y avait un large consensus pour éviter d’avoir recours à des dévaluations concurrentielles. Quant au Brexit, il s’en remet aux résultats des négociations qui serviront de base dans les décisions à prendre pour la BCE : “Le résultat final des négociations sera très important mais à la question de savoir s'il aura des conséquences économiques, dépendra de la forme et de la durée qu'il prendra", a indiqué Mario Draghi.
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