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Les exercices de jonglage de la nouvelle administration Trump

Figure de Wall Street, le nouveau secrétaire au Trésor Steven Mnuchin s’est engagé à ne pas offrir de cadeau fiscal aux plus aisés, contrairement au programme de Trump, et à assurer une croissance record malgré la limitation de l’immigration. Il devra aussi composer avec un Congrès républicain hostile aux déficits.
Steven Mnuchin
Steven Mnuchin

Dans l’un de ses derniers spots télévisés, la campagne Trump fustigeait Wall Street qui « a spolié notre classe ouvrière, appauvri notre pays et mis l’argent dans les poches de quelques grandes entreprises ». Mais le milliardaire ne semble pas en faire grand cas aujourd’hui, dans la mesure où il a nommé des patrons de fonds et d’anciens vétérans de Goldman Sachs, objet de toutes les attaques pendant les élections, aux postes économiques les plus prestigieux. Steven Mnuchin, le nouveau secrétaire au Trésor, a passé 17 ans chez Goldman Sachs avant de monter son fonds Dune Management, tandis que Wilbur Ross, secrétaire au Commerce, est resté 24 ans chez Rothschild à New York, où il a dirigé l’activité de conseil en restructuration et a aidé Donald Trump à redresser son groupe immobilier et de casinos, avant de monter sa firme, WL Ross, également spécialisée dans le distressed. Par ailleurs, Gary Cohn, président et COO de Goldman Sachs, serait également pressenti pour prendre un rôle économique au sein de l’administration Trump. Ce qui provoquerait sans aucun doute l’émoi, étant donné que le futur président a basé sa campagne sur un discours populiste, de défiance envers l’establishment.

Pour les nouveaux hommes forts de la politique économique, le défi sera donc désormais de jongler avec les promesses électorales de Mr Trump, la réalité économique et le pouvoir législatif, aux mains des Républicains. Steven Mnuchin a déjà pris de la distance par rapport au programme initial en déclarant qu’il n’y aurait pas de cadeau fiscal pour les plus aisés, mais que ces baisses d’impôts seraient compensées par la suppression de niches fiscales, comme un plafond pour la déduction des prêts immobiliers. Une façon de revenir sur la volonté de ramener le taux d’impôt maximal de 39,6% à 33%, ce qui aurait apporté une économie allant jusqu’à 16% aux 1% les plus aisés, selon la Tax Foundation. Et aurait surtout coûté beaucoup d’argent, ce qui ne serait pas du goût d’un Congrès républicain hostile aux déficits.

Mr Mnuchin a néanmoins réitéré l’engagement de ramener l’impôt sur les sociétés de 35% à 15% et de rapatrier le cash détenu à l’étranger par les sociétés américaines, mais là encore, il juge que cela ne creusera pas le déficit grâce au rebond de croissance que cette mesure entraînera. Or, selon la Tax Foundation, ce plan coûterait entre 2 600 et 3 900 milliards de dollars hormis d’autres économies de dépenses, et nécessiterait un gain de croissance bien plus élevé au PIB historique récent pour compenser ces coûts. Là encore, le Congrès devrait être particulièrement vigilant et réclamer des gages pour équilibrer le budget et éviter à la dette fédérale, déjà abyssale, d’atteindre un nouveau record qui pourrait déséquilibrer le pays.

Mais comme son patron, Steven Mnuchin est optimiste sur la capacité de la nouvelle administration à booster la croissance vers les 3-4%, comme il l’a déclaré hier. Ce rythme de croissance a été atteint lors du Baby Boom, lorsque la démographie a apporté une vague de nouveaux travailleurs, et que les femmes ont commencé à travailler de plus en plus. Cela n’est plus le cas et surtout, l’administration Trump a l’intention de réduire drastiquement l’immigration, accusée de prendre les emplois des américains (même si l’économie US est quasiment au plein emploi), ce qui impactera la main d’oeuvre disponible pour nourrir ce choc de croissance. Steven Mnuchin et ses collègues vont donc devoir apprendre à jongler avec ces données contradictoires, mais aussi les volte-face inopinés de leur patron, auprès du Congrès mais aussi d’un électorat qui a les plus grandes attentes.


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