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Le marché pétrolier en voie de normalisation ?

Le baril de Brent a enregistré une hausse de 28% depuis mi-juin et s'échangeait aujourd'hui autour de 57,70 dollars. Des facteurs géopolitiques ainsi qu'une hausse de la demande mondiale ont soutenu les prix, même si les analystes demeurent prudents dans leurs anticipations.
Pétrole - forage
Pétrole - forage

Est-on en train de sortir de l'ère du pétrole bon marché ? Les prix du Brent ont grimpé de 28% depuis la mi-juin et le baril s'échangeait aujourd'hui autour de 57,70 dollars le baril, contre 45 dollars le 22 juin dernier. Si l'on est encore loin des niveaux d'il y a trois ans, où le Brent se traitait aux alentours de 85 dollars, le baril s'est tout de même largement repris depuis le krach de début 2016, où il avait atteint un plus bas de 27 dollars. Et la hausse s'est donc accélérée ces quatre derniers mois, sur fond de croissance de la demande mondiale et pour des raisons géopolitiques. 

Du côté de la demande en effet, l'agence internationale de l'énergie a estimé pour la première fois depuis trois ans, que les besoins actuels en pétrole étaient supérieurs à l'offre, et relevé de fait ses estimations de croissance de la demande pour 2017 en juillet, août et septembre dernier. Une robustesse qui concerne aussi bien les secteurs industriels que la consommation des ménages, et qui est largement répartie géographiquement : pays développés comme économies émergentes ont ainsi connu une hausse de leurs besoins en or noir. Sachant qu'une note publiée ce matin par Barclays dévoilait que la demande chinoise pourrait être plus soutenue que prévu : des images satellites révèlent ainsi des niveaux de stocks bien inférieurs aux chiffres officiellement dévoilés par les autorités du pays. Selon des données du fournisseur Ursa Space Systems en effet, les inventaires chinois ont progressé de 360.000 barils par jour entre avril et août, soit deux tiers de moins que le million de barils estimés par les autorités centrales. "La demande des raffineries et des ménages chinois est sous estimée et l'équilibre du marché pourrait être encore plus fragile que le consensus ne le pense," expliquent ainsi les auteurs de la note. 

L'offre de pétrole a dans le même temps diminué, d'une part parce que les membres de l'OPEP ont inhabituellement respecté leur engagement de fin 2016 à réduire leur production d'or noir, et d'autre part parce que la production de schiste américain a été inférieure aux attentes. Les ouragans de septembre en Floride et au Texas ont notamment affecté les exploitations américaines.

Côté géopolitique, deux thèmes ont dominé les marchés ces derniers mois, estime Timothy Lintern, stratégiste chez JP Morgan. Les retombées du référendum sur l'indépendance du Kurdistan le 25 septembre dernier tout d'abord. La région autonome du Nord de l'Irak, a voté son indépendance, que le Président turc Erdogan a refusé de reconnaître, menaçant de bloquer les exportations de pétrole irakienne transitant par son pays. L'Irak s'est également opposé au résultat du vote et envoyé des troupes le 19 octobre dernier, entraînant l'interruption de la production de 350.000 barils par jour. "Il reste à voir si Erdogan va mettre sa menace à exécution ou si la violence va s'intensifier", explique le stratégiste, qui estime que le prix du pétrole pourrait dans ce cas continuer de grimper.

Autre facteur géopolitique qui a soutenu le prix du baril ces derniers mois, le refus du Président Trump de certifier le respect de l'accord nucléaire avec l'Iran, estimant que le pays "ne respectait pas l'esprit de l'accord". Le Congrès dispose désormais de 60 jours pour réimposer des sanctions à l'Iran ou en modifier le contenu. "Nous estimons qu'il y a peu d'appétence du Congrès pour modifier substantiellement les termes de l'accord, mais étant donné que les précédentes sanctions avaient réduit les exportations iraniennes d'au moins 1 million de barils par jour, les marchés continueront à ajouter une prime géopolitique aux cours du pétrole jusqu'à ce que le problème soit résolu", poursuit Timothy Lintern. 

Faut-il pour autant miser sur une poursuite de l'appréciation de l'or noir au cours des prochains mois ? De ce point de vue, les analystes restent prudents, certains estimant même que le Brent pourrait retourner aux alentours de 50 dollars le baril en début d'année prochaine. Et une fois encore, le principal "game changer" pourrait être les Etats-Unis, dont la production de schiste n'a cessé d'influencer le marché ces dernières années. Ainsi, selon Alexandre Andlauer, directeur du secteur gaz et pétrole chez Alphavalue, l'activité dans le pétrole de schiste devrait repartir très fortement en première partie d'année prochaine. "Sur la première partie de l'année 2017, beaucoup de puits ont été forés mais il a ensuite manqué d'équipes de fracking pour les mettre en activité. 7000 puits sont ainsi en attente d'équipes disponibles", explique le directeur. Or une centaine d'équipes ont été récemment embauchées et la production de pétrole de schiste devrait donc repartir à la hausse ces prochains mois. "Nous estimons que le Brent pourrait toucher un point bas de 50 dollars en avril 2018", poursuit ainsi Alexandre Andlauer. D'autant que selon lui, les facteurs actuels de la reprise (hausse de la demande chinoise, baisse de la production du fait des ouragans et de la crise kurde) ne sont que temporaires et ne justifient pas un niveau de prix aussi élevé. Au-delà d'avril 2018, l'évolution du prix du baril dépendra de la décision ou non des membres de l'OPEP de poursuivre leur entente sur la production, estime le directeur d'Alphavalue. La poursuite de la hausse de la demande chinoise sera également un élément déterminant pour anticiper la courbe des prix du pétrole en deuxième partie d'année prochaine.

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