Rôle politique de Bruxelles : quand deux visions européennes s’affrontent
C’est une évocation qui en dit long sur les inquiétudes de Berlin. Le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, a soulevé l’idée lors d’une réunion de l’Eurogroupe il y a deux semaines de la possibilité de modifier l’équilibre entre le rôle politique de la Commission et celui de garant des règles communautaires. Une information révélée en fin de semaine dernière par le Frankfurter Allgemeine Zeitung. Si cette idée est loin d’aboutir, elle est révélatrice de l’idée que se font certains Allemands du futur de l’Europe.
Wolfgang Schäuble envisagerait de confier à une autorité politiquement indépendante la charge de veiller au respect de la concurrence et du marché intérieur. Ce qui reviendrait pour la Commission européenne à laisser filer deux de ses prérogatives majeures. « Le ministre (…) a évoqué le rôle des institutions. Considéré dans son ensemble, ce qui importe ici, c’est que la Commission maintienne un équilibre juste entre sa fonction politique et son rôle de gardienne des traités », a précisé la porte-parole, qui a bien mis le doigt sur le fait que cette proposition était le fait d’un homme. Cette dernière a toutefois démenti la volonté de Wolfgang Schäuble d’affaiblir Bruxelles.
La suggestion de l’Allemand s’inscrit dans une réflexion européenne plus large. C'est ainsi qu'un rapport publié le 22 juin et signé par les cinq présidents du Vieux Continent -Jean-Claude Juncker, Jeroen Dijsselbloem, Donald Tusk, Martin Schulz et Mario Draghi- s'est penché sur le sujet. Le document en question a présenté un plan pour renforcer l’Union économique et monétaire européenne.
De son côté, Wolfgang Schäuble a multiplié les sorties sur la nécessité de réformer les institutions à l’aune de la crise hellène. Le ministre d’outre-Rhin n’a jamais caché son animosité vis-à-vis des facilités offertes par Bruxelles à certains pays. Comme la France qui a obtenu un délai de deux ans pour se conformer aux règles budgétaires de l’UE. Or parallèlement, la légitimité démocratique et donc politique de la Commission européenne a été renforcée, notamment via le scrutin de 2014 qui a joué sur la désignation du président de l’organe exécutif -Jean-Claude Juncker. Rôle politique qui ne serait pas compatible pour Wolfgang Schäuble avec celui de gardien des traités.
C’est d’ailleurs pour cela que le ministère réfléchirait à mettre en place un ministre des Finances de la zone euro, lequel aurait son propre budget alimenté par un impôt dédié. Une proposition proche des souhaits émis par François Hollande de doter la zone euro d’un budget. Ces idées vont d'ailleurs ans le sens d’une plus grande intégration en matière de politique économique et européenne du territoire, sujet sur lequel se rejoignent Paris et Berlin.
Toutefois, les avis communs s’arrêtent là. Dimanche, dans un entretien accordé au Handelsblatt, Michel Sapin, ministre des Finances français, a déclaré que son homologue allemand se trompait en proposant une sortie temporaire d’Athènes de la zone euro. « Sur ce point, il y a un désaccord, un désaccord clair », a-t-il affirmé. Toutefois, Angela Merkel n’a pas fait le choix d'un Wolfgang Schäuble, qui verrait probablement en une sortie de la Grèce une ouverture pour aller vers une plus grande intégration européenne en écartant ceux qui refusent de se conformer à la ligne dure des textes. En revanche, les positions du ministre allemand pourraient aider David Cameron, le dirigeant britannique, dans sa quête de révision des traités.
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