Les grands pays pétroliers de l'OPEC veulent doubler Saudi Aramco
La prochaine IPO de Saudi Aramco est un serpent de mer depuis de longs mois déjà, ralentie par le transfert de pouvoir au bénéfice du Prince Mohammed Bin Salman, officialisée en juin dernier. Le jeune prince de 31 ans est certes le principal promoteur de cette opération, qui devrait conduire le royaume saoudien à vendre 5% de la compagnie pétrolière publique sur les marchés, pour une valorisation allant jusqu’à 2.000 milliards de dollars. Un montant colossal et inédit qui suscite la convoitise, si bien que les dignitaires du pays n’ont pas encore choisi la place d’introduction.
Une chose est sure : pour boucler le budget de son plan Vision 2030, le Prince, qui avait misé sur un rebond des revenus pétroliers autour de 60 dollars (contre 51 dollars pour le Brent aujourd’hui) en 2017, compte sur les fruits du placement en Bourse de Saudi Aramco l’an prochain. L’IPO pourrait lui rapporter 100 milliards de dollars s’il obtenait la valorisation de 2.000 milliards, ce que certains analystes jugent néanmoins irréaliste.
Cette opération très médiatisée a en tout cas libéré des vocations au Moyen-Orient, où les gouvernements ont lancé les IPO de plusieurs majors pétrolières publiques afin d’équilibrer leur budget. Selon Dealogic, pas moins de 32 introductions ont déjà été réalisées depuis le début de l’année pour un total de 1,5 milliard de dollars, soit plus que sur l’ensemble de 2015 et 2016. D’autres ont annoncé leur projet, comme la compagnie pétrolière d’Abu Dhabi (Adnoc), dont la cotation de l’activité retail, qui détient des stations services et magasins de proximité, pourrait lever entre 1,5 et 2 milliards de dollars cette année. Mais aussi Koweït Energy, Emirates Global Aluminium ou encore Oman Oil.
Il s’agit d’une vague nouvelle au Moyen-Orient, où les pays ont jusqu’à présent pu compter sur de solides cash flows issus de leurs revenus pétroliers, lorsque l'or noir flirtait autour des 100 dollars, ce qui a même donné lieu aux plus grands fonds souverains au monde. Du côté des investisseurs, ces opérations sont pain béni pour s’exposer au secteur pétrolier de la région, même s’ils se montrent pour l’instant méfiants, en raison des tensions géopolitiques actuelles entre le Qatar et ses voisins.
Ce regain d’IPO au Moyen-Orient montre la volonté des gouvernements d’anticiper celle de Saudi Aramco, qui sera la plus importante introduction de l’histoire et probablement une des plus complexes, et pourrait se révéler un échec. Les gouvernements de l’OPEC, qui tirent deux tiers de leurs revenus de leurs ressources pétrolières, ont vu les prix de l’or noir divisés par deux et sont ainsi obligés de prioriser leurs investissements, et même de se diversifier. Pour cela, l’appel aux marchés devient un outil essentiel, comme l’a montré l’émission obligataire de 17,5 milliards de dollars réalisée par l’Arabie Saoudite en octobre dernier. Une introduction en Bourse du plus beau joyau du Royaume sera une évolution logique, faute de rebond rapide des prix du pétrole.
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