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L’Etat sort son porte-monnaie pour nationaliser STX

Bruno Le Maire a décidé de faire jouer son droit de préemption sur la totalité du capital des chantiers navals français. Les italiens s'étonnent d'une telle opération, alors que le Président est revenu sur l'accord signé avec son prédécesseur. Elle est aussi en contradiction avec les annonces faites par le gouvernement de vouloir sortir de certaines entreprises.
STX
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Alors même qu’Emmanuel Macron avait prévu d’alléger ses participations dans les entreprises privées, voilà que l’Etat se met à nationaliser. C’est Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie et des Finances, qui l’a annoncé aujourd’hui : « Nous avons pris la décision d'exercer le droit de préemption de l'Etat sur STX », a déclaré le ministre lors d'une conférence de presse à Bercy. L’opération est censée être temporaire, les chantiers navals de Saint Nazaire n’ayant « pas vocation » à rester dans le portefeuille de l’Etat. Un discours qui va à l’encontre de ce qu’il disait il y a encore quelques semaines, à savoir qu'il souhaitait vendre pour 10 milliards d’euros de participations de l’Etat. Une nationalisation temporaire qui coûterait tout de même 80 millions d’euros à l’Etat et dont l’idée avait été soufflée par Arnaud Montebourg en début d’année.

Certes STX fait partie des fleurons de l’industrie française. Mais avec l’aval du gouvernement de François Hollande, son concurrent italien Fincantieri s’engageait à reprendre 48% du capital et reste minoritaire pendant sept ans, auquel viennent s’ajouter les 7% détenus par Fondazione CR Trieste. Dans ce schéma, l'Etat français conservait la minorité de blocage à 33,34% et un droit de veto. Mais le 19 mai dernier, Emmanuel Macron a annoncé vouloir revenir sur cet accord. A compter de cette date, les annonces discordantes se sont suivies avec un point d’orgue hier. Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, a assuré sur BFMV TV que l'objectif n'était « pas de nationaliser STX, notamment parce que les partenaires italiens sont des partenaires majeurs ». Et d’ajouter : « STX fait partie des intérêts nationaux, à la fois pour les emplois (2.600 salariés directs, ndlr) qu'il représente » et « pour la particularité de ces chantiers qui ont un savoir-faire unique ». Mais « dans une négociation avec les partenaires internationaux, il est normal que l'Etat puisse hausser le ton ».

Pourtant, Bruno Le Maire n’a pas haussé le ton. Il a tout simplement menacé de sortir de l’accord en nationalisant STX, si son offre était rejetée. La proposition sur la table laissait à Fincantieri 50% du capital, le reste étant détenu par l'Etat français (via Bpifrance), Naval Group (ex-DCNS) et les salariés de l'entreprise. Rien à voir avec le schéma initial prévu sous Hollande. Les Italiens, quelque peu échaudés par ce retour de veste, ont peu apprécié la nouvelle. La Stampa soulignait ce matin que « le nouveau locataire de l'Elysée donne une piètre image de lui ». Le quotidien dit ainsi ne pas « comprendre pourquoi les Français considèrent acceptable qu'une société coréenne détienne 66% d'une société française mais refusent à une italienne d'en détenir 51% »…

STX rejoint donc le portefeuille de l’Agence des participations de l’Etat, déjà bien fourni entre sociétés de services, de transport, d’énergie ou encore d’industrie, et qui est valorisé près de 60 milliards d’euros. Car les opérations permettant à l’Etat d’intervenir dans la sphère privée n’ont pas été en reste ces dernières années, utilisées comme arme de défense contre les attaques d’investisseurs étrangers, à gauche comme à droite. Rien que sous l’ère Hollande à la présidence et Macron aux finances, ce sont Kem One (2015) et PSA (2014) qui ont été sauvées grâce à l’Etat, le marché des télécoms a été rationalisé comme le souhaitait le gouvernement, autrement dit en autorisant la fusion SFR/Altice mais en faisant capoter celle d’Orange et de Bouygues. Enfin, l’Etat a choisi de nationaliser Areva TA (ex Technicatome) pour 253 millions d’euros en 2015, arrêtant de fait la guerre des nerfs entamées entre EDF et Areva. Et même si la puissance publique n’a plus les moyens financiers de continuer à agir comme sauveur des entreprises françaises, il semble pourtant qu’elle n’hésite pas à le faire pour sauver un actif hautement stratégique pour l’armée française : STX est la seule entreprise française à pourvoir fabriquer des grandes coques nécessaires pour la flotte militaire.

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