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Spotify: une IPO sans banque ni émission de titres?

Le service de streaming musical songerait à une entrée en Bourse directe, afin d’éviter les frais de banques intermédiaires, même s'il pourrait aussi se montrer plus volatil dans les premiers échanges. Une mauvaise nouvelle pour une activité déjà sinistrée chez les banques.
Spotify 2
Spotify 2

Alors que Snap a réussi la plus grosse introduction en Bourse aux Etats-Unis depuis celle d’Alibaba en mars, les regards se tournent déjà vers le prochain candidat. Le site de réservation de logements entre particuliers Airbnb ne semble pas pressé, pour preuve : il vient tout juste de lever 1 milliard de dollars à une valorisation de 30 milliards, ce qui lui offre le temps de la réflexion avant de songer à une prochaine IPO. Quant à Uber, il affronte de sérieux problèmes de réputation, depuis les accusations de harcèlement d’une ancienne employée jusqu’aux techniques de manipulation pour inciter ses chauffeurs à travailler plus.

Reste le service de streaming musical Spotify, qui est également sur les rangs pour une IPO en 2017. Mais selon les informations de Mergermarket, le groupe envisagerait un tout autre scénario : une entrée en Bourse directe, où il émettrait des titres sur le marché réglementé et les laisserait évoluer librement. Cela signifie que contrairement à la grande majorité des IPO, il n’y aurait aucune vente de titres par les actionnaires existants et/ou émission de titres nouveaux. Il n’y aurait donc pas besoin de banque teneuse de livres pour allouer ces titres en amont de l’opération, mais aussi pour assurer une stabilité du titre lors de son premier jour de cotation.

Selon les rumeurs, Spotify, qui a bouclé un tour de table à 1 milliard de dollars pour une valorisation de 8,5 milliards en juin 2015, pourrait être valorisé plus de 10 milliards de dollars lors de cette opération. Elle pourrait avoir lieu dès septembre pour certains. Le groupe suédois a tout intérêt à passer à l’acte rapidement : il a placé l’an passé une obligation convertible de 1 milliard de dollars auprès de TPG et Dragoneer Investment Group, dont le taux d’intérêt de 5% a vocation à augmenter d’1 point tous les six mois, jusqu’à son entrée en Bourse.

Et si Techcrunch avait révélé en février que l’entreprise aux 100 millions d’utilisateurs pourrait attendre 2018 pour son IPO, Spotify s’est semble-t-il résolu à des concessions sur ses contrats de licences. Alors qu’il était attaché à son modèle « freemium », il a ainsi récemment accepté que les nouveaux albums de certains artistes soient disponibles deux semaines avant pour les membres de la version payante. Un accord qui donne plus de visibilité sur son business model et évite son boycottage de la part d’artistes réputés, comme Taylor Swift ou Adele.

En entrant en Bourse, Spotify devrait également monétiser ses investisseurs et employés, mais en passant outre l’intervention usuelle des banques. Cette décision serait un camouflet pour ces intermédiaires, d’autant que les opérations en equity ont été à leur plus bas depuis plus de 20 ans l’an passé, selon Dealogic. Il existe très peu d’exemples d’entrées en Bourse directes : Freddie Mac avait fait de même en 1989 et Google avait choisi l’enchère hollandaise pour son IPO en 2004, où le moteur de recherche avait laissé le libre jeu de l’offre et de la demande opérer. Cela avait abouti à un prix d’entrée bien inférieur à la fourchette d’estimation, mais le titre avait tout de même bondi dans les premiers échanges.

Plus récemment, les pépites de la tech retardent au maximum le moment de frapper à la porte des marchés, préférant faire appel au venture très liquide et généreux. Et lorsqu’elles se lancent en Bourse, c’est en gardant le maximum de pouvoir avec les droits de vote, comme Snap vient de le démontrer. De ce point de vue, Spotify devrait être un nouvel exemple d’une certaine défiance des jeunes pousses tech envers Wall Street et ses banques.


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