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Quels risques fait peser Donald Trump sur l’Amérique latine ?

Sous Trump, les incertitudes sont nombreuses, et le repli protectionniste annoncé lors de sa campagne présidentielle représente toujours une menace bien réelle pour les pays latino-américains. Si le Président des Etats-Unis venait à tenir sa parole, certains s’en sortiraient toutefois mieux que d’autres.
Donald Trump
Donald Trump

Depuis son investiture le 8 novembre dernier, Donald Trump a injecté de l’imprévisibilité dans le système international. Ses façons déroutantes de communiquer sur Twitter et de tenir le monde en haleine à chaque prise de décision – les Accords de Paris, le financement du mur à la frontière du Mexique, le limogeage de ses conseillers, etc. – ont créé une incertitude économique et politique ambiante. Et la remise en cause des traités de libre-échange promise lors de sa campagne présidentielle n’est pas en reste.

Donald Trump a commencé sa première semaine à la Maison Blanche en mettant fin à la participation des Etats-Unis au traité de libre-échange transpacifique (TPP) que l’administration Obama avait négocié pendant des années. Mais s’agissant de l’Accord de libre-échange nord-atlantique (ALENA), si le Président des Etats-Unis a largement évoqué son intention de le modifier, jusque-là rien n’a été fait. Même constat pour les mesures protectionnistes qui avaient été annoncées avec le reste du continent latino-américain. C’est dans ce contexte que le leader mondial de l’assurance-crédit Coface, est revenu en détail sur l’impact que l’abrogation de l’ALENA et/ou un repli protectionniste plus large, auraient sur l’économie latino-américaine.

La Coface part de l’hypothèse suivante : si des politiques commerciales restrictives doivent être appliquées, l’administration Trump se concentrera initialement sur les pays avec lesquels les Etats-Unis enregistrent le plus fort déficit. A ce titre, le Mexique subirait de plein fouet cette offensive. Et les marchés semblent tout à fait conscients de la menace que fait peser Trump sur l’économie mexicaine : déjà, à la simple annonce de la victoire de Trump, le peso mexicain s’était déprécié de 19% face au dollar, le pays enregistrant une dépréciation record depuis 1994 lors de la crise Tequila. Et pour cause, 80% des exportations mexicaines sont à destination des Etats-Unis - soit l’équivalent de 24,4% de son PIB réel. Par ailleurs, le déficit américain au Mexique est le plus fort du continent : en 2016 il représente 9% du déficit total des Etats-Unis. D’après l’Institut Peterson pour l’économie internationale, si l’administration Trump venait à abroger l’ALENA, le peso mexicain se dévaluerait ainsi de plus de 25%. En définitive, les biens exportés aux Etats-Unis seraient encore plus compétitifs, ce qui tendrait à renforcer de nouveau le déficit américain et donner l’envie à Trump de prendre des mesures plus radicales.

Parmi les autres pays les plus vulnérables à d’éventuelles prises de décisions américaines, la Coface pointe du doigt le Costa Rica, le Salvador et le Honduras car de nouveau, « le PIB de ces pays dépend davantage des exportations que celui des autres pays de la région ». Alors que l’Equateur et la Colombie sont les seuls pays, avec le Mexique, à afficher un excédent commercial avec les Etats-Unis en 2016. A l’inverse, la Coface prédit un effet positif pour le Chili et le Pérou puisque ces deux producteurs de cuivre devraient profiter de la création massive d’infrastructures, une des autres promesses (non encore tenue à ce jour) de la campagne de Trump.

Concernant les répercussions monétaires des « trumponomics », la Coface ne prédit pas de hausse des taux directeurs latino-américains, avec une exception toutefois pour le Mexique. En effet, c’est même une politique contraire que la Colombie, le Chili, le Pérou et le Brésil ont adopté dernièrement. La tendance inflationniste s’étant dissipée en 2017, les banques centrales ont adopté une politique monétaire plutôt accommodante. Au regard de la volatilité du cours de la monnaie mexicaine face au dollar, seul le Mexique devrait potentiellement envisager un resserrement de sa politique monétaire. La banque centrale mexicaine – Banxico – a d’ailleurs clairement épousé les mouvements de la FED depuis l’investiture de Trump.

Un autre sujet d’inquiétudes souligné par la Coface reste celui de taxer les « remitances », ces fonds envoyés par les travailleurs immigrés mexicains à leur pays. Entre les seules dates de mai 2016 et mai 2017, ils ont atteint un pic de 27,6 milliards de dollars, soutenus par un taux de chômage américain au plus bas depuis 10 ans. Pour le Mexique, ces fonds sont encore plus importants que les revenus du pétrole, du tourisme, et des retours sur investissement à l’étranger. De quoi effectivement laisser les mexicains en haleine quant aux futures décisions du gouvernement Trump.

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