Emploi : la Grande-Bretagne nargue la France
Alors que le gouvernement français ne sait plus comment baisser le nombre d’inscrits à Pôle emploi (hausse de 42 000 personnes sur le premier trimestre), et alors que le chômage atteignait 10,1% fin mai, de l’autre côté de la Manche, les conservateurs ont quasiment rétabli le plein emploi. Le pays a publié ce matin des chiffres encore meilleurs que prévu, avec 345 000 nouveaux postes créés entre février et avril (+1,1%), alors que les analystes anticipaient une hausse de 270 000 emplois seulement. Du coup, le chômage a reculé plus fort que prévu et atteint 6,6% fin avril contre 6,8% fin mars, s’inscrivant ainsi à son plus bas niveau depuis décembre 2008, selon l’Office des statistiques nationales.
Selon les économistes de RBS, ces données sont particulièrement positives puisque les créations de postes ne résultent pas d’une hausse du nombre d’auto-entrepreneurs (+73 000) mais bien d’embauches nouvelles de la part des entreprises (+265 000).
L’embellie du marché du travail britannique résulte en grande partie de la reprise bien plus dynamique de l’autre côté de la Manche. Ainsi, selon les dernières prévisions de la Commission européenne, la croissance britannique devrait atteindre 2,7% cette année et 2,5% l’an prochain, contre 1% et 1,5 pour l’Hexagone. Il y a un an et demi pourtant, la Grande-Bretagne était en aussi mauvaise posture que la France. Mais contrairement à la France, où les entreprises restent encore frileuses en raison du manque de visibilité économique et de mesures fiscales qui ont pesé sur le moral des chefs d’entreprise, la confiance est de retour depuis de nombreux mois au Royaume d'Elizabeth II.
Notamment grâce au programme "funding for lending" de la Banque d’Angleterre, qui a permis de relancer le marché du crédit aux PME. « La Banque d’Angleterre a réagi plus rapidement et de façon plus agressive que la BCE pour relancer la machine économique », explique James Knigtley, analyste chez ING. Les mesures dévoilées par Mario Draghi jeudi dernier pour faciliter l’accès au crédit des petites et moyennes entreprises pourraient permettre à la France de commencer à rattraper son retard.
Mais, selon les analystes, l’embellie du marché du travail britannique résulte surtout de la modération salariale et de la politique de l’offre menée par les conservateurs depuis leur arrivée au pouvoir (baisse de l’impôt sur les sociétés et baisse des charges pour l’emploi des jeunes). De quoi inciter le gouvernement Valls à accélérer la mise en place du pacte de responsabilité, qui prévoit justement des baisses d’impôts sur les sociétés. Car si la création d’un million d’emplois d’ici la fin du mandat de François Hollande relève de plus en plus du mirage, la Grande-Bretagne est elle parvenue à instaurer plus de 1,5 million de nouveaux postes depuis février 2010…
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