La hausse du dollar menace les émergents
La chute des devises des Etats émergents contre le billet vert pourraient à première vue apparaître comme une bonne nouvelle pour ces régions, du point de vue de leurs exportations. Il n’en est rien pourtant et la plupart des observateurs et analystes appréhendent la poursuite de l’appréciation du dollar l’an prochain, qui risque au contraire de plomber les marchés des pays en développement.
L’ensemble des devises émergentes en effet, s’est sensiblement déprécié contre le dollar depuis quelques mois : ainsi, l’indice Bloomberg qui traque les devises des 20 principales nations émergentes, a atteint un plus bas depuis avril 2003, et chuté de 10,2% depuis le début de l’année soit la plus forte baisse en 11 mois depuis 2008. Dans le détail, le rouble a particulièrement souffert et s’est effondré de 60% contre le dollar cette année, sa pire performance en 16 ans, tandis que le real bréisilien a lui perdu plus de 18% contre le billet vert. Selon les prévisions des analystes, la couronne tchèque ainsi que le peso argentin seront les devises qui connaîtront la plus forte dépréciation contre le billet vert l’an prochain.
La chute des devises aurait été une bonne nouvelle si ces Etats en avaient profité pour exporter davantage ; sauf que cette dépréciation traduit plutôt l’affaiblissement de leur économie qu'un mouvement de reprise pour l’an prochain. Ainsi, explique Anton Brender, chef économiste chez Candriam, "la croissance n’a cessé de décélérer dans les économies émergentes depuis 2010, et le FMI ne prévoit qu’une faible accélération de la croissance des BRICS d’ici à 2016". Le ralentissement de l’économie dans les pays développés a pesé sur les exportations des émergents, dont le moteur de la croissance repose essentiellement sur les ventes à l’étranger. Et si ces derniers sont en train de redéfinir leurs modèles, à l’image de la Chine qui se tourne progressivement vers le soutien à sa demande intérieure, l’impact sur leur PIB respectif ne sera pas immédiat.
Dans ce contexte, la hausse du dollar n’apparaît donc pas nécessairement comme une bonne nouvelle pour les émergents : d’une part parce que, selon la Banque des Règlements Internationaux dans un rapport publié cette semaine, les ¾ de la dette de ces Etats est libellée en billet vert. La chute de leurs devises, au plus bas depuis près de dix ans, augmente donc considérablement leur facture à rembourser. Leurs économies pourraient alors être entraînées dans une spirale infernale qu’elles ne connaissent que trop bien, où la crise de changes se mue en crise de la dette puis en dépression économique.
Surtout, la hausse du dollar risque de créer un nouveau mouvement de retrait massif des investisseurs étrangers, comme cela avait été le cas à l'été 2013. Les obligations des émergents apparaîtront en effet beaucoup moins attractives si les taux US repartent à la hausse. La politique d’assouplissement monétaire de la BCE avait largement bénéficié à ces marchés, les investisseurs américains obligataires tels que BlackRock ou Pimco plaçant une partie de leurs abondantes liquidités dans les titres d’Etats de ces régions, très rémunérateurs.
Le mouvement de retrait a déjà commencé puisque, selon Morningstar, les investisseurs ont enlevé plus de 2,6 milliards de dollars de ces marchés entre août et octobre. Et selon les analystes, les retraits se sont accélérés au mois de novembre : ainsi, les seules obligations corporate des émergents ont connu des outflows de l’ordre de 235 millions de dollars le mois dernier. Selon les analystes, les investisseurs craignent un nouveau ralentissement des émergents, analysant l’effondrement des devises comme un signe de faiblesse. Plusieurs géants obligataires, dont Pimco, jusqu'ici fortement exposés en obligations émergentes liées à l'énergie, se retirent également dans un contexte d'effondrement des matières premières.
Les marchés des régions émergentes devraient donc connaître un regain de volatilité dans les prochains mois et pourraient avoir du mal à encaisser l'appréciation du billet vert, alors que leurs perspectives de croissance sont modérées et que leur changement de paradigme économique n'est pas achevé.
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