Les pigeons ou l'émergence d'un Tea Party à la française
Le mouvement des pigeons, qui rassemble déjà près de 40.000 adhérents sur Internet, a beaucoup de points communs avec l'émergence d'un Tea Party à la française.
En 1768, le royaume britannique était confronté, comme aujourd'hui le gouvernement de François Hollande, à de lourds problèmes de trésorerie. Cette situation amena le roi Georges III à augmenter très fortement les taxes commerciales sur les denrées importées par les colonies et notamment le thé. Ce geste fut considéré comme une goutte d'eau dans la tasse de thé fiscale des américains, que la Grande-Bretagne surchargeait de taxes depuis 1765, sans que ceux-ci aient le droit d'être représentés à la Chambre des Communes. Si bien que ne pouvant exprimer leur ras-le-bol par d'autres moyens, les habitants de Boston finirent par jeter par-dessus bord le thé arrivant par bateau en provenance de Londres.
Ce qui se passe en France depuis 48 heures a quelque chose de commun avec cette jacquerie. Une mesure qui devait passer inaperçue (la taxation des produits tirés de la cession d'une entreprise comme un salaire et non comme une plus-value) a créé un tollé, non pas chez les patrons du CAC 40 - sortes de nouveaux fermiers généraux, issus la plupart du temps de la haute administration - mais chez les jeunes entrepreneurs, notamment dans le secteur de l'Internet. Justement un domaine qui enregistre la plus forte croissance et constitue un véritable réservoir d'emplois. Et sans l'aide d'aucun mouvement politique, ces jeunes créateurs de start-up ont vu près de 40.000 sympathisants adhérer à leur mouvement virtuel des pigeons lancé sur la Toile.
Là où ce mouvement est important c'est qu'il émane justement de la base, de ces fondateurs de sociétés qui ne comptent pas leurs heures de travail, qui -bien souvent- ne se payent pas pendant les premières années d'existence de leur entreprise, et qui ne pensent pas à "faire Charlemagne", c'est-à-dire à revendre leurs parts au plus vite avec une forte plus value. Mais si l'idée de ce nouveau mode de taxation les révolte, c'est qu'il apparaît à la fois injuste et liberticide.
Injuste car il confond justement la rémunération d'un salaire touché régulièrement et celle d'un investissement en capital, donc d'un énorme risque pris, sans compter les désagréments d'une vie consacrée à faire émerger une entreprise, un projet, donc à innover, à créer des emplois. Au mépris des 35 heures, des vacances et autres facilités d'une France installée dans la fatalité du déclin.
Liberticide également, car désormais, comme l'a très bien expliqué l'un de ces créateurs de start-up, son principal associé est l'Etat. Un associé pas comme les autres. Un associé allergique au risque, aux augmentations de capital, aux investissements, voire même aux embauches. Mais un associé qui demande in fine plus de la moitié des gains. Autant dire que ce mouvement des pigeons, que le gouvernement essaye de désamorcer en ouvrant en catastrophe le dossier du coût du travail, va continuer à prendre de l'ampleur et à décrédibiliser un peu plus la classe politique, tellement ignorante des mécanismes de création de richesses.
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