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Télécoms : quand Malone donne une leçon de stratégie à Drahi

Le magnat américain des télécoms a confirmé dans une interview avoir été approché par quatre groupes ces derniers mois, dont Altice. Il estime que les médias et télécoms n’ont pas su répondre à la mondialisation que propose Netflix, mais est optimiste sur la fusion entre AT&T et Time Warner.

Alors que Patrick Drahi a repris les rênes d’Altice et s’emploie à rassurer les investisseurs sur la pérennité de son business model, il pourrait s’inspirer de la Bonne Parole de son mentor, John Malone. Dans une interview donnée hier à CNBC lors de son investor day à New York, le patron de Liberty Media, qui est le premier actionnaire du câblo-opérateur Charter, a confirmé avoir été approché par quatre acteurs dans les derniers mois : Verizon, Softbank (via sa filiale Sprint) et Altice, mais n’a pas voulu révéler le nom du quatrième. « Le problème est qu’aucun d’entre eux n’a fait un pitch qui méritait d’être amené et proposé sérieusement au board », a-t-il ajouté. L’homme d’affaires a confirmé qu’il était ouvert à des projets de rapprochement : « Tout ce dans quoi je suis impliqué est à vendre chaque jour. Le magasin est toujours ouvert. A-t-on vu quelque chose qui méritait de sonner la cloche ? Non », rejetant ainsi l’idée d’un deal imminent.

Le magnat américain des télécoms a par ailleurs donné son avis sur le sujet brûlant du moment, la fusion entre AT&T et Time Warner, qui doit encore obtenir le feu vert du Département de la Justice américain. La semaine dernière, les rumeurs ont fait état de l’ouverture d’un possible litige entre les deux parties, et de la cession éventuelle de CNN, la chaîne télévisée honnie par le Président, qu’il surnomme « fake news ». Le patron d’AT&T Randall Stephenson, est sorti de sa réserve pour démentir formellement un tel projet, laissant craindre une intrusion de la Maison Blanche dans le process. John Malone semble de son côté plus apaisé sur cette fusion verticale entre un opérateur et des contenus, dont il juge la probabilité à 75%, même sans un scénario de vente de CNN.

Le pionnier des télécoms, connu pour son style direct et sans concessions, a analysé la situation actuelle du câble et des médias aux Etats-Unis, mais aussi dans le monde. « Tout est une question d’échelle », a-t-il clamé, estimant que les chaînes traditionnelles comme HBO avaient tardé à lancer une plateforme globale et se sont faites doubler par Netflix. Celui qui a longtemps essayé d’acheter le groupe de Reed Hastings juge qu’il est désormais trop tard pour les acteurs traditionnels et que seul Amazon, de par son business model très différent en termes de coûts, serait capable de menacer le leadership mondial de Netflix.

Ces remarques doivent résonner aux oreilles de Patrick Drahi, qui a lui-même réussi à bâtir un empire des télécoms en Europe. Mais aux Etats-Unis, le marché est à une autre échelle : après avoir favorisé la taille critique aux Etats-Unis et cherché à entrer dans le Top 3 du marché, comme en témoignent ses récents échanges avec son mentor, il est forcé de battre en retraite. La cible est gigantesque – 84 milliards de dollars de capitalisation boursière -, la concurrence est féroce – Sprint est soutenu par le géant Softbank aux moyens démesurés – et surtout Altice est rattrapé par ses propres challenges. D’où un partenariat sur le mobile annoncé avec Sprint au début du mois.

Le cours de Bourse d’Altice chute de plus de 11% ce vendredi, a dévissé de plus de 50% depuis le début du mois et celui d’Altice USA de 40% depuis son IPO en juin dernier. Un avertissement de la part du marché, qui ne semble plus très à l’aise avec le modèle d’acquisitions en chaîne, qui a fait grimper la dette du groupe à 51 milliards d’euros. Car malgré un financement particulièrement favorable à l’heure actuelle, les intérêts ne laissent aucun droit à l’erreur du côté de la rentabilité. L’heure est donc à la diète pour le groupe, qui a promis par la voix de son directeur financier : « Il n’y aura pas de fusions-acquisitions, nous allons faire un retour à l’essentiel ». Une promesse d’exécution que John Malone, la « deal machine » selon son ami l’écrivain Stephen King, approuverait lui-même.


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