Elliott Management, ou la stratégie gagnante des activistes
C’est le fonds activiste qui fait transpirer les grands patrons, des deux côtés de l’Atlantique : Elliott Management, l’un des plus actifs de sa catégorie et qui vient de monter au capital de l’allemand Uniper – cible d’une offre à 8 milliards d’euros – a trouvé une nouvelle target aux Etats-Unis. Selon le New York Times, il s’agit d’Alexion Pharmaceuticals, un laboratoire dont le principal médicament, Soliris, traite des maladies du sang. Le fonds dirigé par Paul Singer serait entré au capital de ce groupe qui pèse 24 milliards de dollars au Nasdaq et lui aurait demandé d’améliorer sa performance financière, voire un projet de cession, afin d’optimiser le rendement pour ses actionnaires. La société a connu des problèmes de management et a recruté un nouveau CEO en mars dernier
Elliott Management, qui s’est invité comme actionnaire en avril dernier, aurait adopté une approche conciliante au départ, affichant un soutien sur la stratégie tout en suggérant des changements au sein de l’entreprise. Le nouveau dirigeant s’est déjà attelé à la tâche, puisqu’il a décidé de supprimer 20% des effectifs, et a ajouté des experts du secteur au sein du board. Les analystes financiers sont eux-mêmes assez optimistes sur l’avenir d’Alexion, qui procède à des essais cliniques sur une nouvelle version de son médicament, et pourrait ainsi protéger son brevet pendant encore 20 ans. Pourtant, Paul Singer continue de multiplier les points de pression, et pourrait monter au créneau s’il n’obtient pas gain de cause.
L’homme est un habitué des faits, une sorte de « serial activist », qui a lancé 50 campagnes dans les cinq dernières années, et même 19 sur la seule année 2017, dans une douzaine de pays. Parmi elles, le dossier Samsung est le seul qui a donné lieu à un vote de proxy et sur lequel l’activiste n’est pas parvenu à ses fins, selon Fortune. La montée en puissance est indéniable : Elliott Management gère désormais près de 39 milliards de dollars, ce qui en fait le plus gros activiste avec deux fois plus de capitaux que Third Point de Dan Loeb, en deuxième position.
Elliott n’hésite pas à s’opposer aux plus grands : cet été, il a ainsi acheté massivement de la dette d’Oncor pour s’opposer à l’offre de Berkshire Hathaway, la firme de Warren Buffett. Ses succès contrastent largement avec les défaites vécues par ses adversaires récemment, comme Bill Ackman et ses campagnes ratées contre Valeant et ADP, ou encore David Einhorn chez General Motors. Même Nelson Peltz, qui a engagé la bataille de proxy la plus coûteuse de l’histoire contre Procter & Gamble à l’automne, a gagné à une très faible minorité, et n’a pas encore trouvé d’accord avec la société pour entrer à son board.
Quelle est donc la recette d’Elliott Management ? Selon les douzaines de dirigeants qui ont subi son opprobre, Paul Singer n’hésite pas à aller très loin dans ses campagnes, et à parfois franchir la frontière de l’éthique, notamment via le recrutement d’enquêteurs privés. Surtout, son essor lui donne encore plus de poids – une équipe de 400 personnes, qui creusent toutes les faiblesses des cibles – et de capacité à exercer une pression insoutenable pour des sociétés déjà fragiles. Chez les activistes en tout cas, il semblerait que « big is successful ».
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