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Le fonds Cube avance ses pions dans le dossier Saur
Parmi les quatre offres, le fonds d'infrastructure présente un plan avec 250 millions d'euros de new money et une dette à moins de 5 fois l'Ebitda. Reste à convaincre actionnaires, banquiers et pouvoirs publics.
L'avenir de la Saur, troisième acteur français de la distribution d'eau derrière les mastodontes Suez Environnement et Veolia, se joue dans les prochaines semaines. L'entreprise, qui n'a pas réussi à s'acquitter d'une échéance de dette de 30 millions d'euros en décembre, est depuis placée sous conciliation. Deux mandataires ad hoc, Hélène Bourbouloux et Franck Michel, supervisent cette période de discussions entre actionnaires et créanciers, qui prend fin au 30 juin prochain.
Or la situation financière est complexe, sur fond d'immixtion des pouvoirs publics. La Caisse des Dépôts, Axa Infrastructure et Séché Environnement avaient racheté le groupe à PAI Partners en 2007, sur un prix déjà très ambitieux, avec une dette de 10 fois l'Ebitda. Aujourd'hui, celle-ci culmine à 2 milliards d'euros, alors que l'Ebitda a été comprimé par la concurrence et un marché difficile en période de crise. Résultat, la Saur brise ses covenants en mai dernier: le leverage atteint 12 fois l'Ebitda, et Joël Séché est écarté de la présidence du groupe. Ce dernier, qui avait obtenu un "call" pour racheter 12% des parts à la Caisse des Dépôts et devenir majoritaire, n'aura jamais pu financer ce rachat négocié à prix d'or.
Dans ce jeu à multiples tableaux, les pouvoirs publics ne sont pas très loin non plus puisque le Ciri, en charge du dossier, véhicule aussi les arguments des banques créancières, BNP Paribas en tête avec 500 millions d'euros d'exposition, suivie par Natixis (400 millions) et RBS (300 millions).
Aujourd'hui, quatre propositions sont sur la table. La première, et qui semble avoir les meilleures chances à l'heure actuelle, est celle du fonds Cube. Le financier, dont Natixis détient 51% de la société de gestion, prévoit d'apporter 250 millions d'euros, dont 125 millions d'equity et 125 millions de dette super senior. Il s'est associé les services de Franck Piedelièvre, qui avec une enveloppe de 10 millions d'euros prendrait la présidence non exécutive du groupe. Dans ce cas de figure, la dette du groupe serait réduite à 800 millions d'euros, soit un peu moins de 5 fois l'Ebitda et des frais financiers cantonnés sous les 30 millions d'euros. Cette option aurait déjà la faveur du FSI et d'Axa PE, qui ont repris les participations de la CDC et Axa Infrastructure.
Mais c'est bien au-delà de ce que peuvent accepter les banques, qui ont formulé leur propre offre. Celle-ci prévoit de mettre en place une dette in fine de sept ans, représentant 7 fois l'Ebitda. De quoi repousser le problème du "mur de la dette" et éviter d'avoir à provisionner leurs créances dans leurs bilans, comme l'ont déjà fait tous les actionnaires equity.
De son côté, Joël Séché n'a pas encore dit son dernier mot, mais n'a pas les mêmes moyens financiers. Il propose donc de reprendre la main et de réduire la dette grâce à la cession du pôle loisirs, et non par l'apport d'argent frais. Or, les syndicats actuellement consultés ont à coeur d'éviter tout dépeçage de l'entreprise, et pourraient bloquer la candidature de cet homme clivant. Enfin Jacques Veyrat, à la tête de son fonds Impala, s'est également positionné afin de tirer parti d'un rapprochement avec Direct Energie, le premier fournisseur alternatif d'électricité dont il détient 40%. Mais son principal handicap tient au fait qu'il n'est pas actionnaire et doit convaincre toutes les parties prenantes.
Le contre-la-montre est donc enclenché d'ici à fin juin, date à laquelle le groupe de 12 000 salariés serait placé en redressement judiciaire, faute d'accord. Mandaté pour valoriser la société, Ernst & Young ne l'a estimé qu'entre 800 millions et 1 milliard d'euros, mais elle pourrait être cédée au rabais. Pour éviter cela, il faudra qu'un protagoniste arrive à convaincre les actionnaires, les deux tiers des créanciers... et les pouvoirs publics, omniprésents.
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