Arkema ou la bonne pioche d'Albert Frère
De tous les industriels de la chimie, Arkema, ex-spin-off de Total, a enregistré la meilleure performance boursière, financière et industrielle. Au profit de son premier actionnaire, le Groupe Bruxelles Lambert.
Albert Frère a ceci d'exceptionnel que l'on retrouve chez très peu d'hommes d'affaires ou d'investisseurs aujourd'hui. Voici quelqu'un qui a fait, il y a quelques années, un pari audacieux sur Rhodia. Un pari qui s'est transformé en une véritable déroute. Il aurait pu en garder un souvenir vraiment amer à l'égard de ces métiers de la chimie, décidément très cycliques, très capitalistiques et très dépendants des cours des matières premières.
A l'inverse, le co-actionnaire du Groupe Bruxelles Lambert, aux côtés de la famille canadienne Desmarais, a regardé de près comment se déroulait la scission des activités de chimie de spécialité, autrefois détenues par Total (groupe qu'Albert Frère connait bien). Il a étudié comment le management conduit par Thierry Le Hénaff a restructuré l'outil industriel, le portefeuille de produits, la composante de recherche et d'innovation. Et enfin, il a été naturellement attiré par le succès du groupe en Asie, où Arkema réalise plus du quart de son chiffre d'affaires, et dans le domaine des polyamides.
Résultat : Albert Frère a décidé de devenir le premier actionnaire d'Arkema dont il détient désormais 10 % du capital, aux côtés de fonds de pension de toutes nationalités. A fin 2010, sa participation dans le chimiste représentait un investissement de 166 millions d'euros. Quinze mois plus tard, elle s'établit à 430 millions. Cela inclut à la fois la montée en puissance de la holding belge au capital d'Arkema et la hausse du titre du chimiste. Au cours des six derniers mois, la valeur s'est appréciée de 39 % !
Tout ce pari se retrouve dans les comptes annuels publiés aujourd'hui par Arkema au titre de l'exercice écoulé, qui font apparaître des chiffres records avec notamment un résultat opérationnel supérieur au milliard d'euros (au-dessus des prévisions), en hausse de 28 %, avec un résultat d'exploitation en progrès de 36 % et un résultat net courant par action en hausse de 31 % à 9,2 euros (ce qui correspond à un PER de seulement 7,5 fois).
Ces chiffres justifient en partie la capitalisation boursière actuelle (4,3 milliards d'euros), mais semblent à peine tenir compte des perspectives que le groupe affiche à court terme comme à plus longue échéance, ainsi qu'en témoigne le relèvement de ses objectifs d'ici à 2016. C'est dire si Albert Frère n'a pas fini de se frotter les mains avec cette sacrée pépite.
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17/09/2021 - 10:31

