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Le Portugal au pied du mur

L'absence de gouvernement rend l'intervention du FESF plus compliquée. En attendant, l'affolement des marchés devrait empirer et affecter l'Espagne, la plus exposée aux banques portugaises.
Le gouvernement portugais démissionnaire "continuera à lutter de toutes ses forces contre l'éventualité d'un recours à une aide extérieure", a affirmé jeudi le porte-parole du conseil des ministres du pays, Pedro Silva Pereira, peu avant l'ouverture d'un sommet européen à Bruxelles. Une déclaration qui semble bien téméraire si l'on observe l'évolution du marché obligataire portugais depuis que le premier ministre a échoué à faire passer au Parlement son nouveau plan d'austérité. Au vu du niveau auquel le pays doit désormais emprunter à cinq et dix ans, il semble difficile de continuer à lutter contre la pression des investisseurs. Surtout, plus l'appel à l'aide tardera, plus le risque d'emballement des marchés sera grand, ce qui n'est ni souhaitable pour le Portugal, ni pour son voisin ibérique. La démission de José Socrates ne va pas faciliter les négociations entre le Portugal et les autorités européennes. De deux choses l'une: soit un gouvernement provisoire dirigé par Socrates est formé. Il devrait alors tenter de retarder un peu plus le recours au fonds, afin de ne pas nuire à son image en attendant la tenue des élections, probablement en mai. Les propos de Pereira prouvent que Socrates penche pour cette solution. Soit le Président de la République nomme lui-même un gouvernement de transition, sans couleur politique particulière et qui sera peut être plus enclin à accepter une aide extérieure et à entamer les négociations. D'autant que l'Europe semble désormais prête à aider le pays, d'après les déclarations de plusieurs ministres des Finances européens aujourd'hui avant le conseil et celles de Jean-Claude Juncker. Le chef des ministres des Finances a même annoncé que le Portugal pourrait recevoir 75 milliards d'euros environ s'il demandait l'aide du fonds. En attendant que le Portugal se décide, comment apaiser les marchés et les investisseurs ? Ils ont fait monter les taux à dix ans jusqu'à près de 8% et pourraient atteindre les mêmes niveaux que l'Irlande (10%), selon les économistes de RBS. La BCE peut éventuellement jouer le rôle de pompier, selon Gilles Moec, économiste de Deutsche Bank. Elle rachèterait des titres sur le marché secondaire pour faire baisser les taux. Les avis divergent sur cette question, "la BCE n'a acquis aucun titre portugais depuis le début de cette semaine", explique Dominique Barbet, économiste chez BNP Paribas. Pour lui, l'institution de Francfort a clairement démontré sa volonté de se retirer du marché. Une intervention rapide du fonds est souhaitable, non seulement pour éviter que les taux portugais ne s'envolent mais aussi pour empêcher les mouvements de spéculation vis-à-vis de l'Espagne, la plus exposée au Portugal. Selon les derniers chiffres de la Banque des règlements internationaux, elle est la plus grosse détentrice de dette bancaire portugaise, à hauteur de 110 milliards de dollars. Il serait dès lors tentant pour les marchés, tant que le Portugal et l'UE n'ont pas prouvé leur détermination à arrêter la crise, de tester la résistance espagnole à la pression sur ses titres d'Etat.
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