Rhodia fait de l'alchimie fine
Le groupe dirigé par Jean-Pierre Clamadieu publie des trimestriels remarquables et revoit en hausse ses perspectives.
Les alchimistes du moyen-âge prétendaient trouver la solution pour transformer le plomb en or. Chez Rhodia, la réponse à cet éternel mystère semble avoir été trouvée lorsque l'on décrypte les comptes du groupe pour le troisième trimestre de cette année. L'EBITDA récurrent atteint le niveau record de 235 millions d'euros, en hausse de 25 % par rapport à un troisième trimestre 2009 déjà très bon. Le résultat opérationnel est en progrès de 33 % à 151 millions d'euros. Et le résultat net s'établit à 56 millions d'euros, soit quatre fois plus qu'il y a un an. Excusez du peu !
On comprend dans ces conditions que l'action Rhodia, qui ne s'est pas toujours bien illustrée, ait rebondit de 63 % depuis le début de l'année et de 15 % au cours du seul mois écoulé. Et cela ne va sans doute pas s'arrêter là lorsque les investisseurs vont apprendre que Jean-Pierre Clamadieu, le patron du groupe, a décidé de réviser en hausse ses objectifs pour l'ensemble de l'année en escomptant désormais un EBITDA de l'ordre de 900 millions d'euros.
Il y a trois facteurs qui expliquent le redressement et la réussite de ce groupe de chimie de spécialités. Le premier, c'est la croissance organique, par le développement du groupe dans les pays émergents. Les produits de spécialités se font rares et chers. Ils sont très demandés par les nouveaux pays industriels. Cela se traduit par une croissance des volumes vendus de l'ordre de 10 %, que beaucoup d'industriels envieraient à Rhodia.
Le deuxième catalyseur de ces bons chiffres, c'est l'innovation. Il faut savoir qu'un cinquième du chiffre d'affaires du groupe est aujourd'hui réalisé avec des produits qui n'existaient pas il y a cinq ans, lorsque Rhodia était au fond du trou. Sans la mise au point de silices, désormais incontournables dans la fabrication de pneumatiques, la croissance de Rhodia ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui.
Et puis dernier booster du groupe, la croissance externe, comme le montre l'exemple réussi de l'achat de Feixiang Chemicals en Chine, qui va asseoir la présence trentenaire de Rhodia dans ce pays-continent. Une croissance externe qui pourrait prendre un peu plus d'ampleur en 2011, dans la mesure où le groupe a retrouvé des marges de manoeuvre, une capacité de retourner sur les marchés de capitaux, et un cash-flow disponible qui atteint déjà 250 millions d'euros sur trois mois.
Autant dire que Rhodia a vraiment trouvé la solution pour sortir du plomb où était englué le groupe et retrouver un statut plus doré. Le groupe affiche une marge désormais de 4 points supérieure à celle de son rival, le chimiste DSM. Il lui reste à retrouver le crédit des agences de notation, et le statut "d'investment grade". Mais c'est désormais une question de semaines !
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17/09/2021 - 10:31

