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Le LBO, victime d'Alzheimer
Trois fonds travaillent sur l'acquisition de Fidelity Information Services, valorisé à plus de 10 milliards de dollars en Bourse. Preuve que le private equity n'a pas tiré les conséquences de la crise.
Ils avaient juré que, jamais ô grand jamais, on ne les y reprendrait. En janvier dernier, encore remué par la traversée du désert de 2009, le CEO de Carlyle David Rubenstein affirmait que "les LBO supérieurs à 5 milliards de dollars sont désormais improbables", et qu'en tout état de cause, les transactions de 20 milliards de dollars appartenaient au passé.
C'est pourquoi le Wall Street Journal a provoqué l'émoi en affirmant que Blackstone, TPG Capital et Thomas H. Lee Partners travaillaient à la reprise de Fidelity National Information Services (FIS), un spécialiste du traitement de données financières coté à New York. Ce dernier, qui affiche une capitalisation boursière de 10,8 milliards de dollars et 3 milliards de dette, pourrait être valorisé plus de 16 milliards de dollars.
Surtout, la presse anglo-saxonne affirme que les fonds investiraient jusqu'à 30% de la somme en equity, tandis que les banques - Bank of America et JP Morgan en tête, ainsi que quatre autres établissements - apporteraient 10 milliards de dollars de dette senior. Et cela, alors que le même David Rubenstein avait déclaré que les futures transactions se boucleraient plutôt avec une part d'equity de 45%.
Les belles paroles n'ont donc eu qu'un temps. Le printemps et son cortège de belles opportunités ont mis à mal les bonnes résolutions du private equity. En raison aussi de l'activisme des banques outre-Atlantique, qui emballées par la bonne tenue du marché high yield et les bas taux d'intérêt, sont prêtes à rouvrir largement les vannes du financement. Si cette opération était finalisée, elle démontrerait donc l'amnésie dont sont frappés le grands pontes du private equity mondial.
Certes, les investisseurs en capital ont les poches très pleines: on estime à 500 milliards de dollars le "dry powder" (l'argent collecté, mais pas encore appelé) dont ils disposent. Et les groupes cotés comme FIS offrent des valorisations attractives et des revenus récurrents. Mais ce n'est pas une raison pour oublier que les méga LBO d'hier ont fait des dégâts. Que les business plans sur lesquels étaient calculés les échéances étaient trop optimistes et serrés. Et que les banques ne sont pas au bout de leurs peines, elles qui doivent renoncer à une partie de leurs créances et rééchelonner les remboursements, dans nombre de dossiers en restructuration.
Certes, le deal FIS envisagé est loin du LBO record de l'histoire: le rachat de TXU par TPG, KKR et Goldman Sachs, pour 43 milliards de dollars. Mais on le voit, les fonds de private equity ne peuvent, comme les enfants, résister à une sucrerie qui leur est accessible. Seule une régulation internationale pourrait empêcher le retour de LBO over-leveragés et surpayés. Ce que ne devraient pas imposer les députés européens, dans la directive AIFM, qui fait l'objet d'un vote aujourd'hui.
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