Telecom Italia: Elliott fait monter la pression
Elliott est connu pour être un activiste coriace, prêt à aller à toutes les confrontations pour obtenir gain de cause dans ses dossiers. C’est aujourd’hui cette stratégie frontale qu’il adopte dans Telecom Italia, comme il vient encore de le démontrer ce lundi lorsqu’il a annoncé qu’il était monté à 8,8% du capital. L’activiste pourrait même aller encore plus loin puisque selon un document envoyé à la SEC américaine, il détient également des options d’achat qui pourraient lui permettre de prendre 4,9% supplémentaires, soit une part totale de 13,7%. Il a surtout profité de cette occasion pour publier une longue présentation afin de critiquer les méthodes de Vivendi et expliquer sa stratégie pour le groupe.
Dans ce document, Elliott pointe tout d’abord la sous-performance de Telecom Italia depuis l’entrée de Vivendi au capital fin 2015 : le titre du groupe et de sa filiale brésilienne a chuté de 62% contre une hausse de 10% pour l’indice de la Bourse italienne sur cette période. Le fonds dirigé par Paul Singer remet surtout en cause l’action de Vivendi, qui selon lui a utilisé sa part pour servir ses intérêts et ceux de son propriétaire le groupe Bolloré, au détriment des actionnaires de l’opérateur télécoms italien. Il réfute tout conflit de son côté, étant donné qu’il ne cherche pas à prendre le contrôle du groupe et soutient le management actuel.
Il se livre ensuite à une analyse détaillée de la situation de l’entreprise, qui a massivement investi dans ses infrastructures et la fibre ces dernières années, et a réduit significativement ses coûts. Il en voit enfin les fruits, avec une hausse des revenus et de son Ebitda, et une amélioration de ses capex de 3,2 milliards d’euros attendue sur trois ans, selon les analystes. Pourtant, le groupe a sous-performé en Bourse car Vivendi a connu des problèmes de management avec trois CEO en deux ans, a pris le contrôle du board en intégrant des administrateurs que l’activiste juge non indépendants et a utilisé ce contrôle de fait pour faire avancer ses intérêts par exemple pour vendre sa filiale Persidera, selon l’activiste.
Elliott montre certes une approche constructive, soutient le plan stratégique du CEO Amos Genish et tente ici d’amadouer les autorités italiennes, qui vont monter à 5% du groupe. Il soutient ainsi le spin-off du réseau fixe, soutenu par le gouvernement italien, qui pourrait lui permettre de dégager 7 milliards d’euros de valeur et de réduire sa dette de moitié, à 1,9 fois l’Ebitda. Il promeut aussi les six membres du board qu’il souhaite faire élire le 24 avril prochain, qui pourraient selon lui faire doubler le cours dans les deux prochaines années, et la tenue d’une nouvelle AG une fois ces personne élues.
L’activiste a déjà obtenu l’appui de l’association des minoritaires du groupe, mais aussi pendant le week-end, de la société de conseil en vote Glass Lewis. "Les propositions d'Elliott offrent la possibilité d'évincer (...) ces administrateurs qui servent clairement les intérêts de Vivendi et de les remplacer par de nouveaux candidats, indépendants, apportant une expérience et une expertise pertinentes pour la stratégie de Telecom Italia", a-t-il déclaré. Une nouvelle victoire pour l’activiste, et qui met surtout un coup de pression supplémentaire, à deux semaines de l’AG cruciale du 24 avril. Le groupe de Vincent Bolloré n’a donc d’autre choix que de lui aussi monter au créneau pour faire la preuve de sa valeur ajoutée dans cette dernière ligne droite, mais aussi de montrer patte blanche face à un gouvernement italien particulièrement vigilant. Le jeu promet d’être serré.
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